Home » Lu pour vous-Hommage : il s’appelait Moustapha Laabli Thiombiano

Je m’associe aux héritiers Moustapha Laabli Thiombiano pour lui rendre hommage ce 6 avril 2026.

Je publie une série d’article en un seul que j’avais écrit à l’occasion de son décès il y a quelques années. Ceux qui trouveront de l’intérêt pourront se donner le temps de lire. Pour les éventuels lecteurs qui n’auront pas ce temps, toute mes excuses pour la longueur du papier.

Du Sun Boys à « Je m’en fou »
Sun Boys, Djinaroux rappelant des souvenirs inoubliables aux dandys des années 60. Ces groupes ont connus des noms emblématiques dont celui de Moustapha Thiombiano. En plus de l’aventure des deux orchestres qui ne se souvient pas du titre ? : « Je m’en fou ». « La vie est une scène de théâtre ou chacun vient jouer son rôle et disparait » avait dit cet autre regretté, Aurluis Mabelé. Moustapha vient de finir sa mission sur terre. Son œuvre immense survivra à sa chair.

Dans la soirée du 6 avril dernier la triste nouvelle s’est propagée comme une trainée de poudre. Moustapha Laabli Thiombiano a dit un adieu définitif au Burkina Faso. De son vivant il portait plusieurs casquettes. Dans le domaine de la musique, c’était un excellent instrumentiste. Dans le Sun Boys de même que dans le Djinaroux, deux orchestres connus de la Haute-Volta pendant la décennie de 1960, il jouait le rôle de batteur. On le découvrira chanteur après son retour de l’odyssée américain dans les années 1980 avec le titre « Je m’en fou ». Moustapha Laabli Thiombiano était l’ami d’enfance du fils aîné du premier président de la Haute-Volta, Maurice Yaméogo. M. Maurice comme les humbles gens l’appelait était mélomane à ses temps libres.

La preuve était sa proximité avec les musiciens de l’Harmonie Voltaïque qui étaient régulièrement convié à la présidence quand il y avait des réceptions. Antoine Saré, un instrumentiste (accordéoniste) de l’Harmonie dans un témoignage expliquait que c’est lors d’une soirée de gala à la présidence qu’on était venu lui annoncé qu’il a eu bébé. Aussitôt appris le président Yaméogo a dit que l’enfant s’appellera Victoire. Ce qui confirme les bons rapports qu’il avait avec les musiciens. Il n’était donc pas étonnant que dans le sillage du président de la République un groupe de musique naisse. La naissance du Sun Boys, le premier groupe dans lequel Moustapha avait joué était lié aux circonstances du voyage de Maurice Yaméogo aux Etats-Unis.

C’est pendant son séjour américain avec certains de ses enfants qu’on lui avait fait cadeau d’instruments de musique. De retour en Haute-Volta, le groupe fut constitué avec comme batteur Moustapha Thiombiano, à la guitare basse il y avait Hermann Yaméogo (l’actuel président de UNDD), au chant Esther Yaméogo (l’une des premières femmes chanteuse en Haute-Volta, Jean-Pierre Bétis était à la guitare solo, Karim Bakayoko au chant, Jean Claude Nabyouré second soliste, Denise Raymond faisait les chœurs et Cheik Ouédraogo jouait le rôle de l’impresario. Le Laabli national va imprimer sa marque dans ce groupe. Compte tenu de son amitié avec Hermann Yaméogo, il avait fini par devenir un membre de la famille du président Yaméogo. En 1968, Moustapha intègre un autre groupe toujours à Ouagadougou. Certains des membres constitueront plus tard le « Bozambo ». L’orchestre s’était fait appelé le Djinaroux. Il a aussi fait la pluie et le beau temps dans la capitale voltaïque. Au sein du Djinaroux Moustapha occupe la même place qu’au Sun Boys. Il est batteur. Dans son nouveau groupe figure N’Goran Jimmy Hyacinthe qui était chanteur et soliste, Jean Bouzous Tapsoba, était à la guitare basse. Il est l’un des frères de Wendyida Opportune Tapsoba (une des pionnières de la musique en Haute-Volta), Rato Venance Mobio était au clavier. Après l’expérience des deux orchestres Moustapha Thiombiano se rend au Ghana et entreprend après son voyage sur le continent américain.

C’est quand il était à Vancouver au Canada qu’il prend contact avec ses camarades du Djinaroux disloqué qui s’étaient retrouvés à Abidjan pour qu’ils le rejoignent au Canada. Mais Jimmiy Hyacinthe qui avait effectué un déplacement en Allemagne était revenu avec un contrat pour le groupe. C’est ce qui n’a pas permis aux ex-Djinaroux de rejoindre Moustapha à Vancouver. Jimmy et les autres avaient fait option d’une autre aventure à Munich en Allemagne. Ils avaient aussi fait le choix d’abandonner le nom Djinaroux pour Bozambo. L’enfant prodige de la Haute-Volta s’essaie à beaucoup de choses dans le Nouveau Monde mais fini par rentré au bercail dans les années 1980 avec un album dont le titre qui cartonne est « Je m’en fou ». La chanson est jouée en boucle pendant les plages musicales à la Radio nationale. C’est à partir de ce morceau que le grand public avait découvert Moustapha Thiombiano.

Moustapha et le défi de la Radio privée
On avait déjà vécu l’expérience de la Radio Entrée Parlée sous la Révolution mais la particularité d’Horizon FM était son caractère privé. En plus de cela, son promoteur avait une autre manière de concevoir la Radio. Le diplôme ne constituait pas une barrière pour travailler « à la petite Maison aux grandes idées ». Le talent inné et l’envie de se perfectionner étaient ses seuls préoccupations.

Dans les années 80 jusqu’à la fin de la décennie 90, les spécialistes de l’information et de la communication, principalement les universitaires déconseillaient aux investisseurs de créer des radios ou des télévisions. Selon les tenants de cette thèse, ces deux supports de communication n’étaient pas rentables. Moustapha Laabli Thiombiano va démentir les assertions du monde académique. Il entreprend les démarches auprès des autorités révolutionnaires. Un récépissé lui est délivré par Basile Guissou alors Ministre de l’Information pendant la période. Il s’installe à l’immeuble SOFA Pile non loin de la Loterie Nationale. L’aventure de la Radio privée s’arrête aussitôt. Il attendra 5 ans pour rebondir. En 1991, le projet se concrétise. Les auditeurs assistent à une autre manière de faire la Radio avec les noms des nouvelles stars. On est loin des années de quasi-monopole de Radio Burkina ou la Radio était la voix de son maître. Une Radio avec toute la fraîcheur qui diverties mais qui n’oublie pas d’informer.

Au début Horizon FM synchronisait avec Radio Burkina pour les éditions des journaux parlés mais « La petite Maison aux grandes Idées » finira par s’émancipé de la vieille mère pour présenter elles même ses éditions d’information. S’en suivra des innovations. Aboubacar Zida Sidnaaba, l’actuel patron du groupe Savane Médias qui a fait ses armes à Horizon FM introduit le journal parlé en mooré. La grande majorité des auditeurs qui étaient laissés en rade pour cause de la barrière linguistique rejoint la classe de privilégiées et ont l’information en temps réel. Un peu plus tard les émissions des débats de société comme l’Opinion animée par Aïcha Junior était prisée par les auditeurs qui n’est manquaient pas d’émettre leurs avis puisque c’était une émission interactive. Confidence, une autre émission qui concerne surtout les affaires sentimentales a connu ses moments de pic avec à l’animation Madeleine Bonané alias Madouss et Thierry Ky.

Au plan politique Horizon FM va ouvrir les espaces de débats politiques nourris qui sont Sondage démocratique et bien d’autres émissions. Pendant la crise universitaire de 1997, les étudiants en grève investissent la Radio pour faire passer leurs messages. Moustapha à l’époque va croiser le fer avec le Conseil supérieur de l’information (CSI) dont le premier responsable était Adama Fofana. Ces émissions interactives à coloration politique vont connaître des suspensions. Dans le domaine de l’animation musicale l’auditeur mélomane avait l’embarras de choix. Koko Jean, un américano-sénégalais jouait de la musique Pop, Michel le Doux et Clarisse Nabyouré dite Clara entretenaient les âmes sensibles dans l’émission nocturne au nom évocateur de « Sono Tendresse », un canal de passage de toutes les mélodies Zouk. Pour les noctambules ou si vous voulez « les couches tard » comme la Radio se plaisait à les appeler, c’est souvent le boss lui-même Moustapha Thiombiano qui est aux manettes. Il joue de la musique douce des années Yé-yé avec les musiciens comme Claude François, Sylvie Vartan, Jean Claude le Normand… ou du Country américain.

Horizon FM à ses débuts ne lisait pas de communiqué nécrologique sauf exception. Les auditeurs de la Radio pour ceux qui étaient accros de la Radio France Internationale (RFI) étaient soumis à un choix cornélien entre l’édition de 12h 30 d’Alpha Barry (alors Ministre des Affaires Etrangères sous le MPP) et Afrique Midi de RFI. Sans oublier les journaux de sport animé par le même journaliste avec pour générique un des titres du groupe Cris cross. Deux jeunes musiciens américains qui portaient leurs casquettes inversées. Horizon FM c’est également les années de synchronisation avec Africa N1.

Il n’y avait pas de confort d’écoute en onde courte ou en onde moyenne. Quand Horizon FM reprenait les émissions comme l’Aventure Mystérieuse et bien d’autres, les auditeurs étaient accrochés. Mais avec les autorités du Ministère de l’Information, Moustapha Laabli Thiombiano finira par n’est pas trouvé un terrain d’entente. On invitera ces stations Radios internationales pour celles qui voulaient, à installer les antennes relais sur la bande FM pour la diffusion de leurs émissions.

Hermann et Moustapha
Deux potaches en prison
Vers la fin de la décennie de 1960, le premier président de la Haute-Volta Maurice Yaméogo était passé devant un tribunal spécial pour connaître le jugement de la gestion du pays pendant son magistère. A l’issue du procès, il a été déchu de ses droits civiques. Pendant ce laps de temps on avait accusé les proches de Maurice Yaméogo de tentative de complot contre le régime Lamizana. Parmi les présumés comploteurs figuraient Hermann Yaméogo le fils aîné du président Yaméogo, certains de ses camarades plus un sous- officier proche de Maurice Yaméogo. Au milieu des années 90 dans les apartés avec l’équipe d’IPN Horizon, un groupe des jeunes qui animait une émission sur le monde noir à la Radio Horizon FM, Moustapha Laabli Thiombiano s’était ouvert à eux. Ils leurs avait dit qu’il a fait la prison avec son ami Hermann Yaméogo. Il assurait en outre que ceux qui les accusaient de complot disait que s’ils réussissaient c’est lui qui allait devenir le Ministre des Affaires Etrangère. Les adolescents « putschistes » certains ont passé le BAC étant en prison. Ainsi Moustapha aussi a fait un séjour à la MACO mais en tant que prisonnier politique.

Moustapha et l’Affaire Norbert Zongo
Avant que Norbert Zongo ne soit assassiné, Il avait avec une ligue créée par Eric Sibiri Kam soutenu les Radios qui avaient vu leurs émissions suspendues par le Conseil Supérieur de l’Information (CSI). Deux émissions d’Horizon FM faisaient partie de la suspension : Sondage démocratique, ça va ça ne va pas La ligue à l’époque a même intenté un procès contre le CSI. Elle a été par la suite déboutée par la Justice. C’est dans ce contexte de musèlement de la liberté de presse et d’expression qu’interviendra l’assassinat du directeur de publication du journal l’indépendant, Norbert Zongo. La rue manifeste sa désapprobation. Le pouvoir tente de bander les muscles pour finir par revenir à la raison. Une commission d’enquête indépendante (CEI) est mise en place avec comme président le regretté président du Conseil Constitutionnel Kassoum Kambou. La commission dépose son rapport et l’un des membres Robert Menard du Reporter sans Frontière est invité à se prononcer sur les conclusions du travail de la commission sur Horizon FM.

L’émission démarre et Ludo Tierno assure l’animation. Quelques minutes après Moustapha appelle en direct et dit d’arrêter l’émission. On met fin à l’émission mais Moustapha du haut de sa résidence de Kossodo après aperçoit un cargo de gendarmes qui s’amène à la Radio. Il escalade deux murs et se fait la belle. Il se planque en entendant qu’une opportunité de sortir du territoire se présente. C’est du Ghana qu’appellera régulièrement pour donner de ses nouvelles.

Quand le climat s’est apaisé, il a regagné le bercail. Pendant la commémoration du 10ème anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, une initiative des jeunes qui consistait a animé une série d’émission sur les actions de la Révolution d’Août avec l’onction d’Horizon FM avait été aussi stoppé. Dès le début de la première émission les autorités ont menacé Moustapha de représailles et le patron de la Radio à son tour a enjoint de sursoir à l’émission.

La Révolution et Laabli
A l’an I de la Révolution en Août 1984 grâce à entregent de Laabli, un reggaeman de renommé mondial Jimmy Cliff avait répondu à l’invitation des autorités révolutionnaires. La trouvaille de la Rue Marchande est du Laabli national. L’épave de l’avion qui trônait sur l’Avenue de l’Indépendance pendant l’édition du FESPACO de 1985 est de l’initiative de Moustapha. Il avait été associé à un gigantesque projet musical qui tenait à cœur le président Thomas Sankara, le Festival international de la musique de Ouagadougou (FESIMO).

Avant que le terrorisme n’envahisse le Sahel, il voulait remettre au goût du jour cette initiative mais il disait vouloir le faire au Sahel sur les dunes de Sable. Pendant plusieurs jours les musiciens devraient se retrouver au Sahel pour prester et les jeunes devraient aussi venir de partout du Burkina Faso pour assister à ces grands concerts. Le projet était coûteux et avec l’accélération des événements, il a dû se résoudre à l’abandonner.

Pa Noufou Zougmoré

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!