GEORGES OUÉGNIN : L’HOMME QUI A INCARNÉ LE PROTOCOLE D’ÉTAT IVOIRIEN PENDANT QUATRE DÉCENNIES
De Félix Houphouët-Boigny à Laurent Gbagbo, Georges François Ouégnin aura traversé les grandes étapes de la vie politique ivoirienne en occupant une fonction aussi stratégique que discrète : celle de directeur du protocole de la présidence de la République.
Bouazo Bolou Alexandre Kabila
Dans l’histoire politique et diplomatique de la Côte d’Ivoire, certains hommes ont occupé le devant de la scène. D’autres ont travaillé dans l’ombre, au plus près du pouvoir, sans jamais rechercher la lumière. Georges François Ouégnin appartient incontestablement à cette seconde catégorie.
Né le 13 juin 1934 à Alexandrette, en Turquie, Georges Ouégnin est issu d’un père ivoirien, François Ouégnin, et d’une mère d’origine française et arménienne. Après son arrivée en Côte d’Ivoire, il entreprend des études de droit et commence sa carrière professionnelle chez Renault, à Abidjan, où il est notamment responsable du contentieux.
DE RENAULT À LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE
Son destin va basculer au lendemain de l’indépendance.
En décembre 1960, alors que le Premier ministre nigérian doit se rendre à Yamoussoukro, Félix Houphouët-Boigny recherche un interprète capable de traduire les échanges en anglais. Georges Ouégnin, alors âgé de 26 ans et travaillant chez Renault, est sollicité.
Sa prestation aurait particulièrement impressionné le premier président ivoirien. Quelques semaines plus tard, le 13 janvier 1961, sa nomination comme directeur du protocole de la présidence est entérinée en Conseil des ministres.
C’est le début d’une carrière exceptionnelle.
L’OMBRE DU « VIEUX »
Pendant les années Houphouët-Boigny, Georges Ouégnin devient progressivement l’un des personnages les plus reconnaissables de l’entourage présidentiel, sans pour autant être un homme politique au sens classique du terme.
Le protocole présidentiel est alors une fonction stratégique. Il faut organiser les visites officielles, les déplacements du chef de l’État, les cérémonies, les réceptions de dirigeants étrangers et les grandes rencontres internationales.
Dans cet univers où le moindre détail peut avoir une portée diplomatique, Georges Ouégnin impose une réputation fondée sur la rigueur, la discipline et le sens de l’organisation.
Des témoignages le décrivent comme un homme particulièrement exigeant sur les règles protocolaires. Il pouvait rappeler à l’ordre des responsables, y compris des ministres, lorsque les usages ou la tenue exigée lors d’une cérémonie n’étaient pas respectés.
UN TÉMOIN PRIVILÉGIÉ DE LA DIPLOMATIE D’HOUPOUËT
La fonction occupée par Georges Ouégnin lui permet également d’être au cœur des relations internationales de la Côte d’Ivoire.
Il accompagne Félix Houphouët-Boigny dans les grandes rencontres diplomatiques et participe à l’organisation de nombreuses visites officielles et manifestations internationales.
Des travaux universitaires consacrés aux relations franco-ivoiriennes citent d’ailleurs Georges Ouégnin parmi les principaux acteurs du dispositif présidentiel de l’époque, aux côtés notamment de Guy Nairay et d’autres collaborateurs français et ivoiriens.
Son influence ne se limite toutefois pas à l’organisation matérielle des cérémonies. Au fil des années, il développe des relations avec de nombreuses personnalités africaines et étrangères et devient un interlocuteur connu des milieux diplomatiques.
IL NE QUITTE PAS LE PROTOCOLE À LA MORT D’HOUPOUËT
Contrairement à une idée souvent reprise, Georges Ouégnin ne quitte pas ses fonctions après le décès de Félix Houphouët-Boigny en décembre 1993.
Il poursuit sa mission sous Henri Konan Bédié, puis sous le général Robert Guéï, avant d’accompagner également les premiers mois de la présidence de Laurent Gbagbo.
Il restera ainsi près de quatre décennies au protocole d’État ivoirien, jusqu’à son départ à la retraite en janvier 2001.
Cette longévité constitue l’une des caractéristiques les plus remarquables de son parcours : Georges Ouégnin aura servi plusieurs chefs d’État et traversé différentes périodes politiques sans abandonner sa fonction de serviteur de l’État.
UNE FIGURE DISCRÈTE DE L’HISTOIRE POLITIQUE IVOIRIENNE
Au-delà des cérémonies officielles et des photographies de chefs d’État, le parcours de Georges Ouégnin raconte une autre histoire de la Côte d’Ivoire : celle des hommes de l’ombre qui ont contribué au fonctionnement quotidien de l’État.
Son nom reste étroitement associé à Félix Houphouët-Boigny, mais son parcours dépasse largement la période du premier président ivoirien.
Il aura connu l’époque de l’indépendance, les grandes années de la diplomatie ivoirienne, la disparition d’Houphouët-Boigny, les changements de régime des années 1990 et le passage à une nouvelle génération politique.
UN HÉRITAGE PROTOCOLAIRE
Georges Ouégnin a ainsi laissé une empreinte particulière dans l’histoire administrative et diplomatique de la Côte d’Ivoire.
Pendant près de quarante ans, il a incarné une conception exigeante du protocole : la précision, la discrétion, la maîtrise des codes diplomatiques et la fidélité à la fonction de l’État.
Aujourd’hui encore, son nom demeure associé à une époque où le protocole présidentiel ivoirien était considéré comme une véritable école de rigueur et de savoir-faire diplomatique.
Georges Ouégnin n’a peut-être pas été celui que l’on voyait le plus. Mais pendant quatre décennies, il fut l’un de ceux qui savaient exactement où chacun devait se trouver lorsque l’histoire s’écrivait.
Source Mémoire d’éléphant Médias
