Home » Burkina Faso : hommage aux FDS à travers un témoignage poignant !

 » J’ai parcouru 260 km à moto, avec mon bébé de 8 mois au dos, pour rejoindre mon poste à Dori. Mais ce que j’ai vécu sur cette route m’a profondément marquée…

« Ne filez pas… n’abandonnez pas la dame derrière. »

Cette phrase restera longtemps gravée dans ma mémoire.

Mais avant d’en arriver là, laissez-moi vous raconter cette histoire.

À la suite de mon affectation à la DRAERAH du Liptako, je devais rejoindre mon nouveau poste à Dori.

Je suis mère de deux enfants.

N’ayant pas trouvé de place dans une compagnie de transport, j’ai laissé mon premier enfant dans ma famille dans la nuit du 24 août 2026 afin de pouvoir prendre la route à 4 heures du matin, avec mon bébé de seulement 8 mois au dos.

Mon mari, lui-même FDS et actuellement en stage, ne pouvait malheureusement pas m’accompagner.

Mon petit frère m’a donc accompagnée jusqu’à la sortie de Ouagadougou, avec mes bagages et mon bébé.

Il voulait continuer jusqu’à Kaya, dans l’espoir de m’aider à trouver une place dans le convoi qui devait partir à 8 heures.

Mais avec le cœur serré, je lui ai dit :

« Retourne. J’ai foi que tout ira bien. »

Et je suis partie.

À la sortie de Loumbila, deux FDS à moto, avec leurs bagages, m’ont dépassée.

Je me suis dit qu’ils cherchaient certainement, eux aussi, à rattraper le même convoi.

Alors…

je les ai suivis.

Ils roulaient vite, mais je me suis accrochée jusqu’à Kaya.

Arrivée à Kaya, j’ai appelé mon mari ainsi qu’un ancien promotionnaire du lycée, aujourd’hui cadre dans une unité des FDS, pour leur demander de m’aider à trouver une place dans les véhicules du convoi.

Quelques instants plus tard, un promotionnaire militaire de mon mari m’a appelée et m’a demandé de venir le retrouver.

Et là… quelle surprise !

Les deux FDS qui m’avaient dépassée à Loumbila étaient justement ceux qu’il voulait me confier pour la suite du trajet.

Pendant qu’ils m’aidaient à réorganiser mes bagages et à compléter mon carburant, mon téléphone a sonné.

C’était mon promotionnaire qui me demandait :

« Rafia, tu es où ? »

Je lui ai donné ma position.

Un cadre qu’il avait envoyé à ma recherche est alors arrivé.

Et, comme par une incroyable coïncidence, il nous a retrouvés tous les trois au même endroit : les deux FDS et moi, en train d’arranger mes bagages.

Au téléphone, il lui a simplement répondu :

« Mes respects ! Je suis avec la classe de son mari. C’est géré. »

Mon promotionaire me rappela ensuite :

« C’est bon, Rafia. Ce sont eux que je voulais te confier. »

Je suis alors passée le téléphone au promotionaire de mon mari.

Après les salutations, mon promotionaire lui expliqua la situation.

Mais il insista surtout sur un point :

« Elle a un bébé de 8 mois avec elle. »

Il fallait trouver une solution adaptée à ma situation.

Mon interlocuteur lui expliqua alors qu’il n’y avait malheureusement pas de place pour ma moto dans les véhicules.

Et là, mon promotionaire insista encore.

Il expliqua qu’il ne s’agissait pas seulement de transporter une femme avec son bébé.

Il fallait aussi penser à l’après.

Car si j’arrivais à Dori sans ma moto, comment allais-je me déplacer une fois sur place ?

Il lui fit comprendre que si je rejoignais Dori sans moyen de déplacement, les difficultés risquaient d’être encore plus grandes pour moi.

Et c’est là que j’ai encore une fois mesuré la chance d’être entourée de personnes qui ne se contentaient pas de dire :

« Elle est arrivée à Kaya, c’est bon. »

Non.

Ils réfléchissaient déjà à la suite.

À mon bébé.

À mon déplacement.

À ma prise de service.

À mes conditions de vie une fois arrivée.

C’était ça aussi, la solidarité.

Puis le départ du convoi fut annoncé.

Avant de partir, le promotionaire de mon mari rappela une dernière fois les deux FDS :

« Ne filez pas, n’abandonnez pas la dame derrière. J’espère qu’il y a une réserve de carburant pour elle une fois à Tougouri ? »

Ils répondirent simplement :

« Ça va aller. »

L’un d’eux, Jacob, prit alors mon sac à dos pour me soulager davantage.

Puis il me dit :

« Range ton téléphone. Dans quelques instants, on sortira de la zone de couverture. »

J’ai quand même appelé une dernière fois mon mari.

Il m’a dit :

« Courage. N’aie pas peur. »

J’ai laissé deux messages vocaux à mes frères.

Puis j’ai rangé mon téléphone.

Et nous sommes partis.

La route était longue.

Et parfois, j’avais peur.

Je voyais des véhicules brûlés, des passages difficiles, des ouvrages mobiles, des nids-de-poule et toutes ces choses qui, dans ce contexte sécuritaire, peuvent susciter beaucoup d’appréhension.

Mais chaque fois que la peur montait…

je regardais autour de moi.

Et je voyais les FDS.

Parfois visibles.

Parfois plus loin.

Mais présents.

Alors je me disais :

« Ils sont là. Continue. »

Et je continuais.

À Tougouri, ils m’ont aidée à compléter mon carburant.

Jacob a même donné de l’eau à mon bébé qui commençait à s’agiter.

Puis nous avons repris la route.

Et enfin…

DORI.

260 km.

Une mère.

Un bébé de 8 mois.

Une moto.

Beaucoup de peur.

Mais surtout…

beaucoup de foi.

Lorsque nous sommes arrivés au péage de Dori, l’un d’eux m’a demandé :

— Madame, c’est votre première fois de venir à Dori ?

— Oui.

Il m’a regardée et m’a dit :

— Ah ! Donc c’est Dori comme ça ?

J’ai simplement répondu :

« Alhamdoulilah ! Merci mon Dieu ! »

J’étais arrivée.

J’ai appelé pour qu’on m’indique le chemin de mon service, à la direction en charge de l’agriculture, de l’eau, des ressources animales et halieutiques.

Puis je les ai remerciés.

Et j’ai continué vers mon lieu de service.

POURQUOI EST-CE QUE JE RACONTE CETTE HISTOIRE ?

Parce que je veux rendre hommage à nos Forces de Défense et de Sécurité.

On parle souvent de leur courage au front.

Mais il y a aussi tous ces gestes que personne ne voit.

Un FDS qui ralentit pour ne pas abandonner une mère.

Un autre qui porte son sac.

Un autre qui veille à son carburant.

Un autre qui donne de l’eau à son bébé.

Et deux hommes qui, pendant des kilomètres, vous donnent simplement cette assurance :

« Nous sommes là. Continuez. »

Messieurs, vous avez peut-être simplement pensé faire votre devoir.

Mais sachez que, pour moi, ce jour-là, vous avez fait bien plus que cela.

Vous avez accompagné une mère.

Vous avez rassuré une femme.

Vous avez protégé une voyageuse.

Vous avez aidé une agente de l’État à rejoindre son poste.

Et surtout, vous avez contribué à ce que mon bébé et moi arrivions à destination.

ET MOI, DANS TOUT ÇA ?

Je suis agent du Ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques.

Je suis mère.

Je suis une femme.

J’ai eu peur.

Mais j’avais une mission.

J’avais une responsabilité.

J’avais un engagement.

J’ai choisi de servir mon pays.

Et je crois profondément que le patriotisme, ce n’est pas l’absence de peur.

Le patriotisme, c’est parfois avoir peur… et avancer quand même.

C’est accepter d’aller là où la Nation a besoin de nous.

C’est quitter son confort.

C’est rejoindre son poste malgré les difficultés.

C’est croire que chacun, à son niveau, peut contribuer à faire avancer le Burkina Faso.

Nos FDS font leur part.

Nous devons aussi faire la nôtre.

Moi, je veux continuer à faire la mienne dans mon domaine, au service de nos populations.

À NOS FDS : MERCI.

À ceux qui sont au front :

Que Dieu vous protège.

À ceux qui sont tombés pour la Nation :

Nous ne vous oublierons jamais.

À ceux qui continuent de tenir :

Courage et force à vous.

Et à vous, mes frères rencontrés sur cette route :

Merci.

Merci pour votre patience.

Merci pour votre vigilance.

Merci pour votre solidarité.

Merci d’avoir pris soin d’une mère et de son bébé.

Merci d’avoir compris qu’aider quelqu’un, ce n’est pas seulement l’accompagner jusqu’à une destination.

C’est aussi penser à ce qui l’attend après.

Le 25 août 2026, vous avez peut-être simplement pensé faire votre devoir.

Mais moi, je me souviendrai toujours de vous.

Je pensais simplement chercher un moyen d’arriver à Dori.

Je ne savais pas que cette route allait me donner une raison supplémentaire de croire en la solidarité burkinabè.

Je ne veux pas seulement dire que nos FDS nous protègent.

Je l’ai vécu.

Que Dieu protège nos FDS.
Que Dieu protège nos familles.
Que Dieu protège tous ceux qui servent cette Nation avec sincérité.
Et que Dieu protège le Burkina Faso.
La patrie ou la Mort, Nous Vaincrons ! »

 

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