Le Moog-Naaba Wobgo de Ouagadougou (1850-1904)
Extrait
I. Le prince (Na-biiga)
1.1. Le milieu familial
Le Moog-naaba Wobgo de Ouagadougou, de son vrai nom Bukari Kutu, est né vers 1850 de Naaba Hallilou Kutu² monté sur le trône du Moogo la même année et de Hawa, tous musulmans. Kutu a huit fils :
Alassane (futur Moog-Naaga Sanem)
Salifou
Masi
Kuka
Tarbiga
Mahmadou
Moumouni
Bukari
Naaba Kutu, d’après Binger, est un musulman sachant même lire et écrire (Binger, 1892, p.461). Bukari Kutu fréquente l’école coranique et reçoit une éducation à la fois traditionnelle et musulmane.
1.2. Le portrait de Bukari Kutu
Bukari Kutu est non seulement le benjamin de ses frères, mais aussi le plus chéri et le plus choyé (Salfo Albert Balima, 1969, p. 46). Contrairement à son frère aîné, Alassane, plus vulgaire, moins intelligent, Bukari Kutu est distingué et intelligent : «Cet homme a des idées larges, il aime le progrès et serait tout disposé à écouter les conseils d’un Blanc. Tout en étant d’une intelligence au-dessus de la moyenne chez les Noirs, il se considère comme bien inférieur à l’Européen.» (Binger, 1892, p. 470).
Bien que moins intelligent, c’est Alassane qui a la préférence du collège électoral à la mort de leur père en 1870 et qui n’hésite pas à exiler son frère par peur ou par jalousie. S’estimant lésé, Bukari Kutu recrute des partisans et décide de mener dans le sud-ouest du royaume une vie d’exil assortie de brigandages, de pillages et de razzias.
Bukari Kutu se montre prudent et méfiant. Binger qui lui rend visite en 1890 dans le village de Banéma où il vit en exil, le trouve accueillant, hospitalier : «Je puis dire que jamais un chef ne m’a donné aussi souvent que lui des aliments, des kolas, du dolo. Je recevais deux ou trois fois à manger par jour.» (Binger, 1892, p. 456).
C’est encore Bukari Kutu qui invite le capitaine Binger à la fête de la Tabaski à Sakhaboutenga et qui, à la veille du départ de son hôte, lui envoie trois jeunes femmes de 20 à 25 ans en exprimant le désir de le voir les épouser.
Binger ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Bukari Kutu :
« Il [Bukari] me fit donc conduire chez un vieux captif guerrier et m’envoya une grande calebasse de riz cuit au jus de viande, des galettes, de farine de haricots et du dolo (…). Après avoir pris un peu de repos et avoir quitté mon vêtement de route, je mis mon uniforme et allai rendre visite à Boukari pour le remercier de son bon accueil (…) Il m’accueillit fort bien, me serra la main … ». (Binger, 1892, p. 450).
Il le trouve également fort bien élevé : « Boukari Naba est du reste fort bien élevé pour un nègre. Par ses manières il laisse de suite deviner qu’il appartient à une classe élevée de la société noire » (Binger, 1892, p. 450).
Physiquement, « c’est un grand et bel homme d’une quarantaine d’années ; il a la figure pleine et plutôt ronde qu’ovale ; son menton se termine par une toute petite barbiche, et, quoique tatoué en Mossi, il n’est pas défiguré. Son regard est franc. L’ensemble de sa physionomie dénote l’intelligence. » (Binger, 1892, p. 450).
L’auteur présume ensuite de son caractère : « Il doit être très bon, mais en même temps ferme dans ses résolutions » (Binger, 1892, p. 450) et de le comparer au chef de Kanniara (Etats de Kong), Iamory Ouattara.
Bukari Kutu est ferme dans sa conduite comme dans ses décisions, « ne se départit pas une seule fois de sa ligne de conduite, très digne de la part d’un Noir » (Binger, … p. 469) ; bienveillant, « il me traita avec beaucoup de bienveillance, et me fit parvenir tous les jours des vivres et de la viande. » (Binger, 1892, p. 469).
Bukari Kutu est musulman, mais Binger dit de lui qu’il « n’est musulman que pour la forme » (Binger, 1892, p. 456), c’est-à-dire non pratiquant.
Bukari Kutu mène une vie errante. Sans ressources, « pour subsister et tenir un certain rang, il est forcé de vivre de pillage et même de brigandage » (Binger, 1892, p. 470).
Il a un tempérament belliqueux aiguisé par son long exil mais aussi par sa volonté d’accéder au pouvoir suprême (Bretout, 1976, p.13).
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Samuel SALO, Le Moog-Naaba Wobgo de Ouagadougou (1850-1904)
In Burkina Faso, cent ans d’Histoire, page 633-635
Source : Archives Burkina

