Ibrahim Diarra : Le Mur des Etalons
On ne choisit pas d’être gardien de but. On naît avec des gants dans l’âme et du feu dans les yeux.
De Bobo à Ouaga, du JCB à la pelouse du Stade du 4-Août, Ibrahim Diarra n’a pas juste arrêté des ballons. Il a arrêté le doute. Il a arrêté la peur. Il a arrêté l’histoire… pour l’écrire.
Né à Bobo le 16/02/1971, Diarra fut un gardien mythique des Étalons. Capitaine. Pilier de la CAN 98.
Mais 2 matchs ont changé sa légende avant l’épisode de la CAN98:
– Le 7 décembre 1992 : EFO 2 – 0 ASEC Mimosas. Face à l’ASEC de Philippe Troussier, Diarra sort le grand jeu. Dans les buts bleu et blanc, il éteint les Mimosas. Victoire historique de l’EFO dans ce match amical.
Ce soir-là, toute l’Étoile a brillé. Et Diarra a confirmé : il était au-dessus.
– 1997 : Éliminatoires Mondial 98, Burkina 2 – 4 Kenya à Bobo. Suspendu, Diarra était donc absent. Le coach n’a pas le choix . Il titularise Ibrahim Traoré dit Baya. À la 15e mn, Baya prend rouge. Abdoulaye Soulama entre. Et il explose. Le public découvre un nouveau mur.
La suspension de Diarra lors de ce match contre le Kenya a révélé le futur N°1 des Étalons: Soulama. Paix à son âme !
Un arrêt contre l’ASEC. Une absence contre le Kenya: Deux tournants. Une carrière.
Ibrahim Diarra : celui qui a tout gagné, même en manquant un match.
De 1982 à 1999, Diarra a porté nos couleurs : JCB, ASFB, ASFA-Yennenga, EFO. Ensuite à Oman, aux Émirats et au FUS de Rabat au Maroc. Il a raté de justesse d’enfiler le maillot de Ramongo FC
Chaque maillot, une promesse. Chaque parade, un serment.
17 fois Étalon. 17 fois le Burkina debout derrière lui.
Et puis il y a 1998.
La CAN à la maison. Le pays entier était mobilisé. Débout .
Le 7 février 98, face aux Lions indomptables du Cameroun, il défie un inarrêtable Patrick M’Boma et tout le Cameroun et fait trembler les filets… de ses arrêts. Défaite des Étalons 0-1 certes, mais victoire d’un peuple qui découvre son héros: Ibrahim Diarra
Le 21 février, quart de finale de cette CAN98. Contre la Tunisie.
1-1 . Les cœurs explosent. Puis viennent les tirs au but.
8 à 7. Le capitaine Diarra et ses coéquipiers triomphent. Une séance d’ éternité. Un mental d’acier. Ce soir-là, quand Ibrahim Diarra plonge, c’est tout le Burkina qui s’envole en demi-finale. Du jamais vu.
La « tâche noire » ? Ce match de classement de cette même CAN perdu aux tirs au but contre la RDC, alors que le Burkina menait 4-1. Incroyable remontada congolaise dont les séquelles sont toujours présentes dans nos esprits. Rappel de ce braquage en plein ciel de Ouagadougou: Le Burkina Faso mène 4-1. Le match semble plié. La médaille de bronze file vers les Étalons.
Et là, 3 minutes pour changer l’histoire. 3 buteurs congolais :
86e : Banza. 4-2
87e: Tondelua. 4-3
89e : Mungongo. 4-4
Égalisation expresse donc de la RDC. Coup de tonnerre.
Aux tirs au but, les Léopards sont de glace. Ils gagnent et s’emparent du bronze.
De 4-1 à 4-4 en 180 secondes. La plus folle remontada de la CAN.
Mais, même dans la chute, un grand gardien se relève. Car les légendes ne se mesurent pas qu’aux trophées. Elles se mesurent aux frissons qu’elles nous donnent.
Porté par le « Sorcier blanc », Philippe Troussier, Ibrahim fut le dernier rempart d’une épopée fondatrice. Celle qui a mis le football burkinabè moderne sur la carte du monde.
Et l’histoire ne s’est pas arrêtée au coup de sifflet final.
Licence A CAF en poche, il est fondateur de « L’Envolée » — son école pour faire naître les gardiens de demain.
Secrétaire général de la Fédération de Maracana. Président. Dirigeant. Bâtisseur.
Ibrahim Diarra, ce n’est pas juste un nom dans les archives de la CAN 1998.
C’est le bruit des gants qui claquent.
C’est le silence d’un stade avant la parade.
C’est la preuve qu’avec du courage, même un mur peut faire rêver un pays entier.
Merci, Capitaine. Merci, Mur des Étalons. Ton envolée ne finit jamais. Sur l’étendue de ton majestueux 1,90m!
Alexandre Le Grand Rouamba
Reveil-info
