MAMIE FAITAI : LA FEMME DE L’OMBRE QUI COMPTAIT DANS L’UNIVERS DE FÉLIX HOUPHOUËT-BOIGNY
Par Bouazo Bolou Alexandre Kabila
Derrière le « Vieux » qui dirigeait la Côte d’Ivoire, il y avait aussi une femme dont la voix pesait lourd dans la famille et dans la tradition. Son nom : Anne-Marie Faitai Houphouët-Boigny.
Dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, certains noms ont traversé les décennies sous les projecteurs. D’autres ont marqué leur époque loin des micros, des tribunes et des discours officiels.
Anne-Marie Faitai Houphouët-Boigny, affectueusement appelée « Mamie Faitai », appartient à cette seconde catégorie.
Sœur aînée de Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République de Côte d’Ivoire, elle occupait une place particulière dans l’environnement familial et traditionnel du père de la nation.
Une femme au cœur de la tradition
Née en 1901 à Yamoussoukro, Anne-Marie Faitai était issue de la famille de Kimou N’Dri et de N’Doli Houphouët.
Dans la société baoulé, où les liens de filiation maternelle occupent une place importante, le statut de sœur aînée conférait une autorité particulière.
Mamie Faitai n’était donc pas simplement une parente du président.
Elle représentait également une mémoire familiale, une autorité traditionnelle et un lien avec les racines de la famille Houphouët.
Dans l’univers politique extrêmement complexe de son frère, cette dimension avait toute son importance.
Quand la politique s’invitait jusque dans la famille
La vie de Mamie Faitai est aussi liée aux grands bouleversements politiques de la Côte d’Ivoire de l’époque.
Son mariage avec Nanan Koba Kouamé, chef du canton Nanafoué d’Attiégouakro, la plaça au cœur d’un environnement où les rapports de pouvoir, les traditions et la politique pouvaient parfois se croiser.
Son époux évoluait lui-même dans un contexte politique différent de celui de Félix Houphouët-Boigny.
Pourtant, au milieu de ces divergences, Mamie Faitai aurait contribué à préserver les liens familiaux et le dialogue.
C’est peut-être là que se trouve l’une des grandes particularités de son parcours : elle n’avait pas besoin d’occuper un fauteuil politique pour exercer une influence.
Une maternité qui dépassait les liens du sang
Mamie Faitai n’aurait pas eu d’enfants biologiques, mais son rôle familial ne s’est pas arrêté là.
Elle aurait accueilli et élevé plusieurs enfants de la famille, participant à leur éducation et à leur transmission des valeurs traditionnelles.
Parmi ceux qui ont grandi dans cet environnement figure notamment Augustin Thiam, qui deviendra plus tard une personnalité importante de Yamoussoukro.
Dans les familles africaines traditionnelles, la maternité ne se résume pas toujours au lien biologique.
Éduquer, conseiller, protéger, transmettre : autant de responsabilités qui peuvent faire d’une femme une mère pour toute une génération.
Une influence discrète, loin des projecteurs
Ce qui intrigue encore aujourd’hui dans le parcours de Mamie Faitai, c’est justement son absence des grandes scènes officielles.
Elle n’était ni ministre, ni parlementaire, ni chef de parti.
Et pourtant, son statut de sœur aînée de Félix Houphouët-Boigny lui donnait une place particulière dans l’univers familial et coutumier du président.
Au fil des années, sa personnalité a également été entourée de récits et de représentations parfois très fortes sur son influence auprès de son frère.
Il convient cependant de distinguer les faits historiques documentés des récits transmis par la mémoire familiale et populaire.
Un nom qui continue de vivre
Félix Houphouët-Boigny a choisi de donner le nom de sa sœur au Lycée Mamie Houphouët-Faitai de Bingerville, contribuant ainsi à inscrire son nom dans le paysage éducatif ivoirien.
Un symbole fort.
Car si l’histoire retient souvent les hommes qui ont gouverné, elle oublie parfois celles et ceux qui, dans l’ombre, ont accompagné les grandes trajectoires.
Anne-Marie Faitai Houphouët-Boigny s’est éteinte le 17 janvier 1998, à l’âge de 97 ans.
Elle repose à Yamoussoukro, au sein de la famille Houphouët.
Mamie Faitai, une page méconnue de notre histoire
Aujourd’hui encore, son histoire mérite d’être racontée.
Non pas pour fabriquer une légende autour d’une femme de pouvoir, mais pour rappeler une réalité souvent oubliée : l’histoire politique d’un pays ne s’écrit pas uniquement dans les palais, les bureaux et les assemblées.
Elle s’écrit aussi dans les familles, dans les villages, dans les traditions et dans ces conversations discrètes où se transmettent les conseils, les valeurs et la mémoire.
Mamie Faitai n’a jamais porté de couronne officielle. Mais dans la mémoire de ceux qui l’ont connue, elle demeure une femme dont la voix comptait.
MÉMOIRE D’ÉLÉPHANT MÉDIAS


