ELIZABETH ASANTEWAA : L’ENFANT QUI A PRIS LA BOMBE À LA PLACE DE NKRUMAH

Elle avait 13 ans. Elle portait simplement un bouquet de fleurs. Quelques secondes plus tard, son enfance venait de voler en éclats.
Le 11 août 1962, à Kulungugu, dans le nord du Ghana, Elizabeth Asantewaa, une jeune écolière de 13 ans, est choisie pour remettre un bouquet de fleurs à Kwame Nkrumah, alors président du Ghana.
Elle ne savait pas qu’elle avançait vers la mort.
Au moment où elle s’approche du président, une explosion déchire la scène. Une bombe avait été dissimulée dans le bouquet. La cible était Nkrumah. Mais c’est l’enfant qui reçoit la violence de l’attentat de plein fouet.
Elizabeth survit, mais au prix d’une terrible mutilation : elle perd une jambe.
Nkrumah vient alors à son chevet. Des années plus tard, Elizabeth racontera que le président avait les larmes aux yeux devant son lit. Elle, l’enfant qui aurait pu mourir à sa place.
Et pourtant, l’histoire ne s’arrête pas à l’explosion.
Nkrumah aurait pris en charge son traitement et organisé son transfert au Royaume-Uni. Mais les années passent, les régimes changent, les promesses politiques s’effacent et celle qui avait été projetée au cœur d’un événement historique sombre progressivement dans l’oubli.
Elizabeth Asantewaa décédera finalement en juin 2021.
Voilà peut-être la partie la plus cruelle de cette histoire : une enfant devenue victime d’un attentat politique peut entrer dans les livres d’histoire sans jamais y trouver la place qu’elle mérite.
On célèbre les présidents. On célèbre les indépendances. On célèbre les héros politiques.
Mais qu’en est-il de ceux qui, sans uniforme, sans fonction et sans l’avoir choisi, ont payé le prix du pouvoir et de l’histoire ?
Elizabeth n’était ni ministre, ni militaire, ni militante.
Elle était une enfant avec un bouquet de fleurs dans les mains.
Et ce jour-là, entre elle et le président du Ghana, il y avait une bombe.
Elle a survécu.
Nkrumah aussi.
Mais Elizabeth a porté les cicatrices de cette journée jusqu’à la fin de sa vie.
L’histoire retient souvent le nom de celui qui était visé. Elle oublie parfois celui qui a reçu le coup à sa place.
Elizabeth Asantewaa mérite, elle aussi, d’être retenue.
Source : amoudronhh
