Il y a problème
Au 19ème siècle, des esclaves libérés des Etats Unis s’établissent sur un territoire en Afrique de l’Ouest et y fondent une république qu’ils baptisent Liberia.
La devise du pays est « l’amour de la liberté nous a amenés ici. » Ces Noirs venus des Etats Unis où ils étaient des esclaves, ont trouvé des populations autochtones sur place. Ils les ont réduits en esclavage et en ont même vendu quelques-uns comme esclaves, avant que les puissances occidentales ne les obligent à arrêter ce commerce honteux qu’ils venaient eux-mêmes d’abolir. Il n’empêche que les nouveaux arrivants ont dominé ceux qu’ils avaient trouvés sur place pendant très longtemps, jusqu’à ce que l’un de ceux-ci, Samuel Doe, perpètre un coup d’Etat en 1980 et fasse assassiner toute la nomenklatura des Afro-américains. Dix ans plus tard, l’un de ceux-là, Charles Taylor, a voulu venger sa communauté et cela s’est terminé par une sanglante guerre dont les séquelles sont encore visibles dans le pays. Au Bénin aussi, des anciens esclaves libérés venus du Brésil sont revenus s’installer dans ce pays, précisément à Ouidah, où leurs ancêtres avaient été vendus, pour se livrer à leur tour au commerce des esclaves.
Remarquez que pendant plusieurs siècles, les Arabes et les Européens sont venus puiser des esclaves dans toute l’Afrique, du Sénégal au Mozambique, dans la Corne de l’Afrique, partout, partout. Et l’histoire que nous connaissons ne nous a pas rapporté une grande révolte ou une guerre des Africains contre ces personnes venues d’ailleurs pour les razzier. D’ailleurs, lorsque vous visitez les forts construits par les Européens sur nos côtes et où étaient gardés les futurs esclaves avant leur embarquement, notamment au Ghana, vous verrez que les canons étaient tous tournés vers le large, parce que le danger ne venait jamais des terres, mais de leurs concurrents européens marchands d’esclaves eux aussi. Et c’étaient des Africains qui parcouraient les brousses pour aller chercher des êtres comme eux à vendre aux Européens. Pour ce qui est du commerce d’esclaves avec les Arabes, ce fut pareil. C’étaient des Africains islamisés qui faisaient la guerre à leurs semblables qui, du fait qu’ils n’étaient pas convertis à la religion des Arabes, étaient devenus leurs ennemis.
L’Afrique du sud fut pendant longtemps dominée par les Blancs qui pratiquaient l’apartheid, à savoir le développement séparé, mais qui consistait à priver la majorité noire de tous droits et à les mettre au service de la minorité blanche. Le monde entier, y compris l’Afrique se mobilisa, pour mettre fin à ce système. Lorsque les Noirs accédèrent au pouvoir, ils commencèrent à se faire la guerre, entre Zoulous et Xhosas, et depuis peu, ce sont les autres Africains qui vivent chez eux qu’ils ne veulent plus voir dans leur pays.
Le Soudan était un pays unifié, où des Noirs et des Arabes vivaient ensemble. Mais les Noirs étaient sous la domination des Arabes et ils ont décidé de prendre leur indépendance. Ils ont fait une longue guerre et depuis quinze ans, les Noirs ont créé leur propre Etat, le Soudan du sud. Mais depuis quinze ans, ils n’ont pas arrêté de se faire la guerre entre eux. Et ce pays, qui avait conservé la quasi-totalité des immenses réserves de pétrole du Soudan lorsqu’il était unifié, est aujourd’hui l’un des plus pauvres de la planète.
Quel est le problème avec nous ? Pourquoi ne pouvons-nous pas vivre en paix les uns à côté des autres, et pourquoi laissons-nous les autres venir nous piller, y compris nos ressources humaines, sans broncher ? Concernant l’Afrique du sud, j’ai entendu récemment quelqu’un parler d’une possible manipulation de certains pays occidentaux à cause de la position sud-africaine sur Israël. Possible. J’avais aussi entendu la même chose à propos du Soudan. Effectivement les Etats Unis avaient joué un rôle très actif dans la création du Soudan du sud. A cause du soutien du Soudan aux ennemis d’Israël. Mais alors, si cela est vrai, comment sommes-nous fabriqués pour nous laisser manipuler ainsi par les autres ? En tout état de cause, nous devons regarder en nous-mêmes et reconnaitre qu’il y a problème. Et dès cet instant, nous pourrions chercher la solution à ce problème. Parce que là où le monde s’en va actuellement, si nous ne nous secouons pas, nous risquons de ne plus exister.
Venance Konan