Burkina Faso : Les ex-travailleurs de Faso Tour enfin indemnisés après 30 ans d’attente
C’est la fin d’un marathon judiciaire qui aura duré près de 30 ans,. Ce dossier emblématique, opposant les ex-agents de la société Faso Tour à leur ancien employeur, a trouvé son épilogue en 2026 grâce à l’« Opération casier vide » initiée sous l’impulsion du ministre de la Justice, Me Edasso Rodrigue Bayala. Après trois décennies d’incertitudes, de procédures collectives et de deuils parmi les plaignants, un compromis historique a été scellé au tribunal de commerce de Ouagadougou. Ce dénouement, qui allie rigueur juridique et conciliation humaine, permet enfin l’indemnisation effective des travailleurs survivants et des ayants droit, tournant ainsi l’une des pages les plus longues de l’histoire sociale burkinabè.
Dans la cour du tribunal de commerce de Ouagadougou, l’émotion est palpable. Pour Amadé Sig, Laurent Désirou ou encore Suleiman Cafando, ce moment semblait inatteignable : la reconnaissance de leurs droits après trente années de lutte ininterrompue. Ce dossier, qui a vu se succéder de nombreux syndics liquidateurs, a enfin été « vidé ».
Au cœur de cette interminable attente se trouvait une difficulté majeure liée à la liquidation des actifs de cette ancienne société de transport. Le seul patrimoine d’envergure, un terrain servant de gare, avait été initialement vendu pour 300 millions de FCFA, alors que sa valeur réelle était estimée à plus d’un milliard 155 millions. Entre-temps, l’acquéreur y avait érigé un immeuble R+6. Face à cette situation complexe, le tribunal a dû annuler la vente, ouvrant un dilemme : détruire l’édifice pour récupérer le terrain nu ou négocier avec le propriétaire actuel. C’est finalement la voie de la conciliation et de l’expertise qui a été privilégiée pour désintéresser les créanciers.
Le règlement ne se limite pas au paiement des arriérés calculés sur la base des données de la CNSS. Pour compenser le préjudice lié à cette attente hors norme, chaque travailleur reçoit, en plus de ses droits légaux, une somme de 250 000 FCFA à titre de dommages et intérêts. Pour les anciens employés, ce dénouement est perçu comme une « grande victoire » et un signe de changement dans la célérité du traitement des dossiers judiciaires par les autorités actuelles.
Si la satisfaction morale est réelle, elle reste teintée de tristesse. Comme le rappelle le syndic actuel, E. Drago, des dizaines de travailleurs sont décédés avant de voir ce jour. Pour ces derniers, le combat continue pour leurs familles. Les fonds destinés aux agents disparus sont désormais sécurisés à la Caisse des dépôts et d’investissement du Burkina, en attendant que leurs héritiers produisent les actes de filiation nécessaires.
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