Guinée : Kankan : Mariée de force à 13 ans, elle tue son mari et écope de deux ans de prison ferme.
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Le tribunal de première instance de Kankan a rendu un verdict très attendu ce vendredi 31 juillet 2026, dans une affaire qui a secoué la région. Une adolescente, poursuivie pour l’assassinat de son mari, Ousmane Diané, a été condamnée à deux ans d’emprisonnement ferme. Le tribunal a fondé sa décision sur les circonstances exceptionnelles de l’affaire, en premier lieu le mariage forcé dont la mineure a été victime à l’âge de 13 ans.
L’affaire remonte à 2024, dans un district de la sous-préfecture de Bathè Nafadji. La jeune fille, qui n’avait que 13 ans au moment des faits, a poignardé au ventre Ousmane Diané pendant son sommeil, après onze jours seulement de vie commune. Son procès s’est tenu à Kankan du 27 au 31 juillet 2026.
Devant le tribunal, l’adolescente, en larmes, a livré un témoignage bouleversant sur son calvaire. Elle a affirmé avoir été contrainte par ses parents d’épouser un homme qu’elle refusait. « Je n’étais pas d’accord avec ce mariage. Mes parents m’ont obligée à épouser cet homme alors que je n’avais que 13 ans », a-t-elle déclaré, expliquant avoir acheté un couteau pour « lui faire peur » et le dissuader de maintenir cette union. Durant les onze jours passés chez son époux, elle affirme avoir subi des violences physiques et sexuelles, des éléments qui ont pesé dans les débats judiciaires.
Un mariage promis à la naissance
La problématique des mariages forcés, profondément ancrée dans certaines régions de Guinée , a été mise en lumière par le témoignage d’un oncle de l’accusée. Selon lui, la promesse de mariage avait été faite à la naissance de l’adolescente, après le décès de son frère jumeau. Il a également reconnu que de telles pratiques sont « fréquentes » dans leur village, où les jeunes filles sont souvent « données » sans leur consentement.
Ce triste fait divers s’inscrit dans une réalité nationale alarmante. Selon les données de l’UNICEF et de l’organisation Girls Not Brides, la Guinée affiche l’un des taux de mariage d’enfants les plus élevés au monde : 47% des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans, et 17% avant 15 ans . Cette pratique est particulièrement prévalente en Haute-Guinée, région de Kankan, où le taux atteint 69% . Malgré un code de l’enfance fixant l’âge légal du mariage à 18 ans, les exceptions pour « raisons sérieuses » et la persistance des coutumes alimentent ce fléau .
La justice entre clémence et fermeté
Après délibération, le tribunal a reconnu la jeune fille coupable mais a prononcé une peine de deux ans de prison ferme, en retenant plusieurs circonstances atténuantes, notamment son jeune âge et les violences subies. « Les juges ont retenu plusieurs circonstances atténuantes, notamment l’excuse de minorité, ce qui a conduit au prononcé de cette peine », a expliqué le substitut du procureur de la République, Mamadi II Kébé.
Cette affaire, qui a profondément ému l’opinion publique, relance le débat sur la protection des mineures en Guinée. Les associations, comme le Club des jeunes filles leaders ou Plan International, multiplient les campagnes de sensibilisation pour faire appliquer la loi et protéger les filles des violences et des mariages forcés . L’histoire de cette adolescente de Kankan illustre tragiquement les conséquences désastreuses de ces pratiques sur la vie des jeunes filles.
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