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Liberia : Prince Johnson : l’homme qui fit capturer, torturer et assassiner le président Samuel Doe

Monrovia, 9 septembre 1990. Le Liberia est plongé dans la première guerre civile. La capitale est assiégée et le pouvoir du président Samuel Kanyon Doe vacille.

Par Bouazo Bolou Alexandre Kabila

Ce jour-là, l’ancien militaire devenu chef de l’État se rend au port de Monrovia, où sont présentes les forces de l’ECOMOG, la force d’interposition de la CEDEAO. Selon les différents récits historiques, il espère trouver une issue à la crise ou négocier avec les forces régionales.

Il n’en ressortira pas vivant.

Blessé aux jambes lors d’une violente confrontation, Samuel Doe est capturé par les hommes de l’INPFL, la faction dirigée par Prince Yormie Johnson.

Ce qui suit va devenir l’une des scènes les plus glaçantes de l’histoire politique contemporaine de l’Afrique de l’Ouest.

Le piège du port de Monrovia

Samuel Doe arrive dans la zone du port avec son escorte.

Une fusillade éclate. Plusieurs membres de sa garde rapprochée sont tués. Doe est touché aux jambes avant d’être maîtrisé et capturé.

Des témoignages historiques indiquent que sa capture s’est déroulée alors que des éléments de l’ECOMOG étaient présents dans le secteur.

Le président est ensuite conduit vers le quartier général de Prince Johnson, à Caldwell.

À partir de cet instant, il n’est plus le chef de l’État du Liberia.

Il devient prisonnier.

Face à Prince Johnson

Les images qui vont suivre feront le tour du monde.

Samuel Doe apparaît dépouillé de ses vêtements, réduit à un simple sous-vêtement, les jambes ensanglantées et les mains attachées derrière le dos.

En face de lui, Prince Johnson est assis dans un fauteuil.

Une caméra filme la scène.

Le contraste est saisissant : d’un côté, un président déchu, blessé et impuissant ; de l’autre, le chef rebelle qui contrôle désormais son destin.

La scène n’est pas seulement une séance d’interrogatoire. Elle devient une véritable mise en scène de la victoire de Johnson sur son ancien adversaire.

Une bière à la main, l’interrogatoire commence

L’une des images les plus célèbres de cette séquence montre Prince Johnson buvant tranquillement une bière pendant qu’il interroge Samuel Doe.

Johnson veut notamment obtenir des informations sur les éventuels comptes bancaires du président déchu.

Doe nie disposer de l’argent que les rebelles recherchent.

Il supplie ses ravisseurs.

Mais l’interrogatoire ne s’arrête pas.

La caméra continue de tourner.

La torture filmée

La scène bascule alors dans l’horreur.

Des témoignages et des récits consacrés à l’événement rapportent que les hommes de Prince Johnson mutilent Samuel Doe, notamment en lui coupant les oreilles et des doigts.

La vidéo montre un président qui souffre et supplie tandis que ses ravisseurs poursuivent leur interrogatoire.

Prince Johnson reste au centre de la scène.

Il parle, donne des ordres et continue de boire.

Cette cassette deviendra par la suite l’une des images les plus emblématiques de la brutalité de la guerre civile libérienne.

Elle ne montre pas simplement la mort d’un président.

Elle montre la destruction publique d’un pouvoir.

Le dernier jour de Samuel Doe

Samuel Kanyon Doe ne survivra pas à ses blessures.

Le 10 septembre 1990, il est mort.

Les circonstances exactes des dernières heures de sa vie ont donné lieu à différents récits. Les sources historiques s’accordent toutefois sur le fait qu’il a été capturé, torturé puis tué par les forces de Prince Johnson.

Son corps est ensuite exhibé publiquement à Monrovia.

La disparition ultérieure de sa dépouille alimentera pendant des années les rumeurs et les spéculations.

Une cassette qui devient un symbole

La vidéo de la torture de Samuel Doe circule largement au Liberia et en Afrique de l’Ouest.

Elle devient un symbole macabre de la guerre civile.

Prince Johnson assumera longtemps son rôle dans la mort de Doe, affirmant notamment avoir participé à la chute d’un dictateur.

Mais aucune justification politique ne pourra effacer la violence des images.

Des décennies plus tard, cette séquence demeure l’une des représentations les plus brutales de la manière dont la guerre civile libérienne a transformé les adversaires politiques en ennemis à éliminer.

De chef militaire à président, puis victime

L’histoire de Samuel Doe est d’autant plus tragique qu’elle avait elle-même commencé par un coup de force.

En avril 1980, le jeune sergent prend le pouvoir après avoir renversé le président William Tolbert.

Il dirige ensuite le Liberia pendant dix ans.

Son régime est marqué par la répression politique et par de nombreuses accusations de violations des droits humains.

En 1990, le rapport de force s’inverse.

Celui qui avait pris le pouvoir par les armes est finalement capturé par des hommes qui veulent eux aussi imposer leur propre ordre par les armes.

La violence politique change simplement de camp.

Trente-cinq ans sans véritable tombe

Après son assassinat, la dépouille de Samuel Doe disparaît.

Pendant plus de trois décennies, son absence de sépulture officielle restera une plaie dans la mémoire de sa famille et dans l’histoire du Liberia.

En juin 2025, le gouvernement libérien organise finalement des funérailles nationales en son honneur.

Mais le cercueil enterré est symbolique : les restes de l’ancien président n’ont jamais été retrouvés.

Une cérémonie tardive, plus de trente ans après sa mort, vient ainsi refermer symboliquement un chapitre particulièrement douloureux de l’histoire libérienne.

Une histoire qui dépasse Samuel Doe

L’assassinat de Samuel Doe ne raconte pas seulement la disparition d’un ancien président.

Il raconte la spirale d’un pays passé du coup d’État à la dictature, puis de la rébellion à la guerre civile et à la vengeance.

Le 9 septembre 1990, une caméra a capturé les dernières heures d’un homme qui avait dirigé le Liberia.

Mais elle a surtout capturé l’image d’un pays en train de sombrer.

Prince Johnson était devenu le maître de la scène. Samuel Doe était devenu prisonnier. Et le Liberia entrait dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire.

 

 

 

 

 

MÉMOIRE D’ÉLÉPHANT MÉDIAS

 

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