20 juillet 2026
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Le Cardinal Sarah accuse l’Union européenne d’exercer une « néocolonisation culturelle et économique » sur l’Afrique

Ouagadougou, 19 juillet 2026 (AIB)-Le Cardinal Robert Sarah (81 ans), éminente figure de l’Eglise catholique romaine, a accusé le 15 juillet dernier, l’Union européenne d’exercer des pressions économiques, politiques et diplomatiques pour contraindre l’Afrique à adopter des valeurs qui lui sont étrangères et à renoncer à sa souveraineté.

Le Cardinal guinéen Robert Sarah a livré, le mercredi 15 juillet 2026, une leçon magistrale devant le Parlement européen à Bruxelles, au cours de laquelle il a formulé de sévères griefs à l’encontre de la politique africaine de l’Union européenne (UE), qu’il accuse d’imposer au continent des conditionnalités idéologiques déguisées en coopération.

« Les mots ne signifient plus ce qu’ils disent », a-t-il averti d’entrée, donnant le ton de son intervention.

Le prélat a d’abord attaqué le vocabulaire employé par l’Union européenne dans ses relations avec l’Afrique, estimant que des termes comme « droits humains », « santé sexuelle et reproductive (utilisée pour promouvoir l’avortement) » ou « égalité de genre » sont détournés de leur sens véritable.

Selon lui, les traités et plans d’action qui en résultent ne servent plus la coopération mais deviennent des instruments de perversion et de pouvoir silencieux, un moyen pour l’UE d’imposer sa volonté à l’Afrique sans que celle-ci ne s’en rende compte.

« Lorsque les droits de l’homme sont invoqués pour imposer des catégories juridiques étrangères à notre histoire, à notre foi, à notre culture et à notre vision anthropologique, nous ne sommes plus face à une coopération entre partenaires égaux », a-t-il affirmé, dénonçant ce qu’il a qualifié de « néocolonialisme culturel et économique ».

Le Cardinal a ensuite détaillé ce qu’il présente comme un système de pression à trois niveaux : les résolutions du Parlement européen prises sur l’avortement et les droits des personnes LGBTQI+, l’Accord de Samoa qui encadre juridiquement les relations entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, et enfin les instruments financiers européens, dont une nouvelle proposition de règlement portant sur plus de 200 milliards d’euros d’aide extérieure.

« L’utilisation du commerce et de la finance pour intervenir dans la législation pénale et familiale d’un État souverain viole frontalement le principe d’autodétermination des peuples », a-t-il dénoncé.

Robert Sarah a cité en exemple le cas de l’Ouganda, où le Parlement européen avait demandé en 2023 l’usage de moyens diplomatiques et commerciaux pour dissuader Kampala de légiférer contre l’homosexualité, allant jusqu’à évoquer un retrait des préférences commerciales accordées au pays.

Le religieux a également dénoncé la création, dans certains pays africains, de ministères consacrés à la théorie du genre en échange de soutiens économiques, ainsi que des pressions exercées par le passé par les Nations unies en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité comme condition de « civilisation », alors que des besoins plus urgents – hôpitaux, écoles, eau potable – restent insatisfaits sur le continent.

Il a par ailleurs salué les dispositions constitutionnelles du Kenya et de l’Ouganda protégeant la vie dès la conception, ainsi que l’initiative du président ougandais Yoweri Museveni, qui avait appelé en mai 2025 les pays africains à rejeter les clauses de l’Accord de Samoa jugées contraires à leurs valeurs familiales.

Le Cardinal Sarah a surtout invité les eurodéputés à un « examen du langage », leur demandant de préciser sans ambiguïté ce qu’ils entendent réellement par les notions de droits humains, de genre et de famille, et de proposer à l’Afrique une coopération libre de tout agenda idéologique.

« L’Europe, vieillissante et fatiguée, a beaucoup à apprendre et à recevoir de l’Afrique », a-t-il lancé, avant de lancer un appel direct aux responsables européens : « Faites un sérieux examen de conscience. Écoutez l’Afrique. Respectez sa souveraineté culturelle. Offrez une coopération libre, non conditionnée par des agendas idéologiques. »

Né le 15 juin 1945 à Ourous, en République de Guinée, Robert Sarah a été archevêque de Conakry de 1979 à 2001 avant de rejoindre la Curie romaine, d’abord comme secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, puis comme président du Conseil pontifical Cor Unum.

Créé cardinal en 2010 par Benoît XVI, il a occupé jusqu’en 2021 la fonction de préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, l’une des charges les plus en vue du Vatican.

Considéré comme l’un des chefs de file du courant conservateur au sein de l’Eglise catholique, il s’est fait connaître par ses prises de position fermes en faveur de la liturgie traditionnelle et contre l’avortement, l’euthanasie et la théorie du genre, notamment à travers plusieurs ouvrages à succès.

 


Agence d’Information du Burkina

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