Récit d’un procès : Elle poursuit son ex-copain en justice pour abus de confiance de 2 400 000 F CFA
Le tribunal correctionnel de Bobo-Dioulasso a examiné, le jeudi 9 juillet 2026, une affaire d’abus de confiance présumé portant sur la somme de 2 400 000 F CFA. Le prévenu, John (nom d’emprunt), un sexagénaire, est poursuivi à la suite d’une plainte déposée par son ancienne compagne, Tata (nom d’emprunt). Les débats ont mis en lumière une relation sentimentale qui s’est progressivement transformée en contentieux judiciaire.
Une relation amoureuse au cœur du litige
À la barre, John et Tata ont reconnu avoir entretenu une relation amoureuse. Selon le prévenu, leur rencontre est intervenue après que Tata lui eut confié qu’elle était à la recherche d’un mari.
John affirme qu’il n’était, au départ, pas intéressé par cette relation, mais que Tata aurait insisté jusqu’à le convaincre. Les deux finiront par vivre une relation au cours de laquelle ils affirment s’être mutuellement soutenus, notamment sur le plan financier.
Une somme de 2 400 000 F CFA au centre des débats
À l’origine de la procédure figure une plainte pour abus de confiance. Tata soutient que, le 26 mai 2025, elle a remis à John la somme de 2 400 000 F CFA, destinée à l’achat d’une de ses parcelles.
« Il a pris mes 2 400 000 F CFA qui étaient prévus pour l’achat d’une de mes parcelles et il refuse de me les rembourser », a-t-elle déclaré devant le tribunal.
John rejette catégoriquement cette version.
« Je ne reconnais pas les faits portant sur 2 400 000 F CFA », a-t-il affirmé.
Le prévenu reconnaît toutefois l’existence de plusieurs transactions financières entre eux, mais explique qu’elles s’inscrivaient dans le cadre de leur vie de couple et visaient notamment à développer son activité d’élevage.
Selon lui, la somme réellement due à Tata s’élève à 692 500 F CFA, montant qu’il affirme avoir commencé à rembourser par versements mensuels.
De son côté, la plaignante maintient que John lui doit l’intégralité des 2 400 000 F CFA.
Des enregistrements téléphoniques produits comme preuves
Estimant que son ancien compagnon refusait de la rembourser, Tata explique avoir demandé à son cousin de contacter John par téléphone afin d’évoquer la question de l’argent.
Les conversations ainsi enregistrées ont été diffusées à l’audience. Les échanges, particulièrement tendus, opposaient John au cousin de Tata autour des sommes réclamées.
Toutefois, après analyse de ces enregistrements, le ministère public a estimé qu’aucun passage ne permettait d’établir clairement que le prévenu reconnaissait avoir reçu les 2 400 000 F CFA invoqués par la plaignante.
Le parquet requiert la relaxe
Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que les éléments constitutifs de l’infraction d’abus de confiance n’étaient pas suffisamment établis.
Le procureur a relevé que cette affaire trouve son origine dans une relation sentimentale aujourd’hui rompue et que les preuves produites ne permettent pas de caractériser l’infraction poursuivie.
« Les faits sont basés sur une relation amoureuse qui n’a pas abouti. Dans tous les enregistrements audio produits, les éléments constitutifs de l’infraction ne sont pas suffisamment caractérisés », a soutenu le parquet, avant de requérir la relaxe du prévenu.
La défense évoque une plainte déposée contre l’ancienne compagne
Prenant la parole, l’avocat de John a indiqué que son client avait lui-même engagé une procédure contre Tata après leur séparation. Selon lui, cette dernière aurait déposé sa plainte en réaction à cette initiative.
Le conseil affirme que Tata serait partie du domicile avec plusieurs biens appartenant à son client, notamment des sacs de maïs et un téléviseur.
Pour étayer ses déclarations, il a produit un message que Tata aurait adressé à John après avoir emporté ces biens.
Dans ce message, elle écrivait : « J’ai ramassé ces biens pour partir afin de pouvoir m’installer et me poser financièrement. Sinon, ce n’était pas pour te voler. Mais je n’ai rien contre toi».
L’avocat a également attiré l’attention du tribunal sur les enregistrements téléphoniques produits par la partie civile, estimant que la voix de son client avait été enregistrée sans son consentement et demandant au tribunal d’en tenir compte dans son appréciation des faits.
Pour son dernier mot, John s’est remis aux plaidoiries de son avocat, tout en affirmant faire confiance à la justice.
À l’issue des débats, le tribunal a mis l’affaire en délibéré.
Le jugement est attendu le 16 juillet 2026.
Amadou OUÉDRAOGO pour Justice Infos Burkina.
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