Je l’avais écrit : l’Algérie n’est pas la France.
Au plus fort de la crise entre Bamako et Alger, j’avais appelé ici à la prudence. Pas parce qu’Alger aurait toujours raison. Parce qu’un État sérieux ne fait pas sa politique étrangère à l’émotion. Il regarde une carte, mesure les rapports de force, connaît ses vulnérabilités, et choisit ses batailles.
Les faits viennent de trancher. Les ambassadeurs ont repris leurs postes. L’espace aérien algérien a rouvert. Le Premier ministre malien, qui portait hier la parole d’un bras de fer frontal, s’apprête à se rendre à Alger pour y parler dialogue et coopération. Je m’en réjouis pour les deux peuples. Mais quelle énergie perdue pour revenir, au bout du compte, exactement là où la géographie et le rapport de force nous attendaient depuis le premier jour.
Que ceux qui gouvernent aujourd’hui le Sahel en tirent la leçon. La souveraineté n’est pas un concours d’invectives. Le courage d’État, ce n’est pas provoquer plus fort que soi puis appeler « victoire » l’isolement qui s’ensuit. On peut être ferme, on peut même affronter une grande puissance quand l’intérêt national l’exige mais il faut savoir pourquoi, jusqu’où, et avec quels moyens. Sinon, le discours de puissance finit toujours par rencontrer la puissance réelle.
L’Algérie, elle, n’a eu besoin d’aucun grand discours( mis à part la séquence logorrhée de soudards). Sa géographie, sa frontière, son armée, sa diplomatie, son poids économique, et le temps. Elle a laissé le rapport de force faire son travail. Et Bamako est revenu s’asseoir à la table.
C’est la leçon qui compte, bien au-delà du Mali, nos États sont trop fragiles pour que l’orgueil de leurs dirigeants leur invente des ennemis supplémentaires. La souveraineté véritable ne se proclame pas au micro. Elle se construit, économie forte, armée efficace, institutions solides, diplomatie intelligente, partenaires multipliés sans jamais devenir l’otage d’aucun.
Je souhaite sincèrement au Mali, pays frère, de reconstruire avec l’Algérie une relation apaisée. Personne ne devrait souhaiter son humiliation. Mais c’est précisément parce qu’on respecte un pays qu’on lui doit la vérité. En diplomatie, mieux vaut toujours négocier debout, tant qu’on en a encore le choix, que d’être ramené à la table par le rapport de force.
À qui, ailleurs dans le Sahel, serait tenté par les mêmes aventures, regardez d’abord la carte, pesez vos forces.
Les slogans font du bruit. Les rapports de force, eux, font l’Histoire.
Idrissa WAZIRI
Reveil-info

