Sortie du Général français Christophe Gomart sur le Burkina Faso.
L’AES et le défi de l’union face aux enjeux géopolitiques.
Pour ceux qui ne le savent pas, Christophe Gomart est un Général de corps d’armée de l’armée française qui a supervisé, dans le passé, des opérations militaires en Afrique. C’est lui qui a supervisé les opérations de l’armée française contre la Libye en 2011. Il a aussi supervisé le lancement de l’opération Serval au Mali. Après son départ de l’arme française en 2017, il est élu au parlement européen en 2024 pour le compte du Parti Populaire Européen. C’est cet officier général de 66 ans qui a fait une sortie au parlement européen contre le Burkina Faso. Il affirme que le Burkina Faso sombre dans le chaos après le coup d’état du 30 septembre 2022 qui a conduit le Capitaine Ibrahim TRAORE au pouvoir. Il invite les pays de l’Europe à assumer leurs responsabilités face à la situation que vit le Burkina Faso, car, le dit-il: » Quand l’Afrique de l’Ouest vacille, c’est l’Europe qui va vaciller ». Que dire de la sortie du Général français Christophe Gomart ?
Il y a une évidence dans la sortie du Général français. Le Burkina Faso est un centre d’intérêt stratégique pour les Etats de l’Europe, et l’Afrique de l’Ouest est le pré-carré des États Européens. Alors, il appartient à l’Europe de protéger ses intérêts dans cette partie du monde. Et l’Europe ne devrait pas accepter que le Burkina Faso remette en cause ses intérêts dans cette partie du monde. Le député français appelle le parlement européen à s’engager pour mettre fin au pouvoir du Capitaine Ibrahim TRAORE au Burkina. Il présente une situation macabre du pays en disant que plus de la moitié du pays est occupée par les terroristes, et cela est la conséquence de l’échec du pouvoir du Capitaine Ibrahim TRAORE. Selon le Général français, la situation du Burkina Faso nécessite l’engagement stratégique des pays européens pour arrêter le pouvoir de Ouagadougou. Il y a aussi quelques mois de cela, précisément le 12 mars 2026, le parlement européen faisait une sortie contre le Niger en exigeant la libération immédiate et inconditionnelle de l’ancien président Mohamed Bazoum. Comment les Etats de la Confédération du Sahel doivent comprendre ces sorties?
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger doivent savoir qu’ils ont engagé une lutte qui remet en cause les intérêts de la France et de l’Europe dans cette partie du monde. La politique de rupture engagée dans les trois pays de la confédération vient aussi bouleverser l’ordre géopolitique dans le monde. Et c’est la survie de la France et de nombreux pays européens qui est en jeu. Et la France et ses partenaires ne vont jamais pardonner aux pays de la Confédération, car leur position dominante dans le monde dépend de ces trois pays. Alors, ils feront feu de tout bois pour rétablir l’ordre impérialiste et néocolonial dans les trois pays. Le message est sans ambages et les pays européens sont plus que déterminés à chasser les trois présidents de la confédération. Les prochains mois connaîtront de sérieuses préoccupations dans ces trois États désormais tenaillés de l’intérieur comme de l’extérieur.
Les États de l’AEs manquent-ils de solutions face à cette réalité géopolitique qui se dessine? L’hiver noir dont a parlé le Capitaine Ibrahim TRAORE à Bamako mettrait-il fin aux ambitions souverainistes des États de la Confédération ? Je ne suis pas un pessimiste, mais je suis aussi réaliste. La lutte pour la souveraineté de nos États n’est pas facile. Et la confédération des États du Sahel fait face à de nombreux défis. Face aux menaces, il faudrait que les dirigeants de l’AES sachent une chose: il s’agit de s’unir ou de périr. Et Kwamé Nkrumah l’avait dit en 1963 lors de la création de l’OUA à Addis Abebas en Ethiopie. Le défi que devraient relever les trois Pays-le Burkina Faso, le Mali et le Niger-, c’est le défi de l’union et de la solidarité en cette période désormais très difficile et cruciale. Le Mali a connu une grande attaque le 25 avril 2026, le Niger a connu deux grandes attaques sur l’aéroport Hamani DIORI le 28 janvier 2026 et tout dernièrement le 18 juin 2026. Ces attaques montrent la complexité de la situation sécuritaire dans les pays de la Confédération.
« Quand on prend le lionceau de la mère lionne, on ne repart pas pour dormir’ disait le Dr Adamou SIDDO lors du panel international du RISA en 2025. Les Etats de l’AES sont effectivement dans cette situation. Ils doivent mesurer de façon lucide les enjeux géopolitiques et géostratégiques et ils doivent savoir que la politique n’est ni le terrain des sentiments ni celui de la non-méthode et du simple volontarisme. La politique aujourd’hui est une science humaine et sociale qui se mesure à l’aune des enjeux et des défis géopolitiques. Face à ces menaces, les Etats de la Confédération ont l’obligation d’une union de corps et d’esprit. Ils doivent sérieusement revoir leurs stratégies politiques conduites dans des lenteurs incompréhensibles et dans des incohérences visibles à plusieurs niveaux..La Force Unifiée devrait être un outil stratégique de défense en cette période. Et elle devrait être une réalité et non pas un éléphant blanc..
L’autre défi, c’est la mobilisation des masses autour des autorités. Il faut un véritable engagement et une grande volonté de vaincre dans les trois États. Et pourtant, les divisions internes sont déjà assez visibles dans deux pays de la Confédération. Il s’agit du Mali et du Burkina. Des politiques internes gérées sans une grande maîtrise de la sociologie et de la dynamique sociale ont aussi fissuré la mobilisation des masses au Burkina et au Mali. Si le Niger affiche moins de tensions internes, il n’est pas à l’abri des soubresauts qui pourraient venir de l’intérieur du pouvoir.. Les Etats de la confédération jouent ici leur avenir et l’avenir de l’Afrique. Les trois Présidents en sont certainement conscients et ils devraient mesurer de façon lucide les défis et les enjeux de cette lutte. Il s’agit de se battre pour l’histoire et pour l’avenir des futures générations..
La lutte pour la souveraineté exige plus que de la passion et du volontarisme. Elle devrait s’inscrire dans la méthode, dans le réalisme sociologique et culturel, dans la maitrise des enjeux sociologiques et culturels des trois États. L’union est la chose qui exige plus de méthodes et de responsabilités dans la gouvernance, et dans le contexte actuel, il est utopique de croire que nos États peuvent gagner individuellement ce combat. Et si l’union ne demande pas de la compromission, il est aussi difficile de l’établir sans compromis.
Dieu sauve les Etats de l’AES et protège nos peuples.
Adama Amadé SIGUIRE
Écrivain Professionnel
Consultant/ Expert en diplomatie, médiation et gouvernance éthique
Enseignant de philosophie.


