Ouagadougou d’autrefois
Les premiers croquis à vocation cartographique connus de Ouagadougou, établis par l’explorateur Binger en 1892, ne permettent pas de décrire un vieux noyau d’urbanisation puisqu’à cette date, Ouagadougou est un bourg rural d’une quinzaine de hameaux disparates de 5 000 habitants, impliquant d’autres logiques pour justifier qu’un village puisse détenir le haut commandement du royaume. Binger écrit alors : « Je m’attendais à trouver quelque chose de mieux que ce qu’on voit d’ordinaire comme résidence royale dans le Soudan, car partout on m’avait vanté la richesse du Naba, le nombre de ses femmes et de ses eunuques. Je ne tardais pas à être fixé, car le soir même de mon arrivée, je m’aperçus que ce que l’on est convenu d’appeler palais et sérail n’est autre chose qu’un groupe de misérables cases entourées de tas d’ordures autour desquelles se trouvent des paillotes servant d’écuries et de logements pour les captifs et les griots. Dans les cours on voit, attachés à des piquets, quelques bœufs, moutons ou ânes reçus par le Naba dans la journée, offrandes n’ayant pas encore reçu de destination. » Les fondements territoriaux de Ouagadougou sont en effet originaux, correspondant en quelque sorte à une mise à plat de la pyramide du pouvoir mossi. Traditionnellement, les Mossis sont des guerriers, des colonisateurs et leur organisation sociétale et politique est militaire, centralisatrice, ultra hiérarchisée et inégalitaire. Pour investir un nouvel espace, les Mossis doivent négocier avec les gens de terre, ces derniers étant par définition les autochtones des lieux convoités. Chaque lieu conquis, à toutes les échelles, reproduit en miniature l’organisation de la chefferie du Mogho Naaba, chef suprême, qui détient un pouvoir d’ordre quasi divin, le Nam, l’autorisant au contrôle social absolu des populations. De cette façon, la hiérarchisation se trouve renforcée de même que la centralisation du pouvoir politique. La position et l’organisation des hameaux trouvés par Binger en 1892 sont fonction de leur orientation géographique, de la nature de la population qui y réside, des compétences qui leur sont attribuées par le pouvoir mossi et de la distance qui les sépare du palais royal. Les quartiers de Ouidi, Larhalle et Gounghin sont ceux des guerriers. Bilibambili est le quartier des pages, Samandin, celui de la chefferie de l’accueil et des grandes manifestations et Kamsaoghin, est le quartier responsable de la jeunesse. Le quartier Koulouba accueillait les étrangers de même que Zogona tandis que les commerçants Haoussa se concentraient à Zangouettin. Les Mossis des autres royaumes pouvaient s’installer dans les hameaux de Tampouy, Tanghin et Wogodogo qui constituent ainsi une zone tampon entre les royaumes mossi rivaux et les hameaux guerriers. L’organisation polynucléaire dessine quatre empreintes spatiales : le palais royal et son auréole centrale de serviteurs de cour, un rideau ouest guerrier sécuritaire à la fois offensif et défensif, un arc de cercle nord-ouest comme amortisseur et enfin, une vaste trame d’accueil à l’est pour les étrangers. La spécialisation des lieux de vie est imposée par une ségrégation territoriale d’ordre institutionnel organisée selon un centre et des périphéries de telle sorte que le pouvoir central commande et exerce son contrôle social sur des périphéries différenciées. Or, cette organisation n’est pas observée dans tous les types de territorialisation mossi, et la question d’un agencement préurbain peut être posée.

Les embryons d’un mode d’urbanisation fonctionnel, hygiéniste et ségrégationniste
Premiers tissus urbains légal de Ouagadougou, on prévoit des bâtiments et quelques lots résidentiels pour les européens. L’équipement de ce nouveau quartier débute par le forage d’une vingtaine de puits. L’importation des matériaux de construction se révélant très rapidement compliquée, le banco sera conservé, contrairement aux ambitions du lieutenant-gouverneur Hesling. L’électricité est installée en 1923 tandis qu’un réseau important de caniveaux est creusé pour permettre l’évacuation des eaux usées. L’adduction d’eau potable est envisagée mais le projet n’aboutit pas. Le quartier administratif devient peu à peu la ville européenne de Ouagadougou alors que le quartier commercial implanté entre le camp militaire et le quartier administratif, accueille le premier dispensaire urbain, une école, un marché et des commerces. L’enjeu foncier se met au service du pouvoir économique. Quant au troisième quartier qui se veut résidentiel, quelques lots sont créés au sud du camp militaire et à proximité des quartiers Saints. La création des nouveaux quartiers a bel et bien extrait trois fonctions principales du centre historique de Ouagadougou et une urbanisation groupée sans réelle discontinuité s’est dessinée. Dans la ville africaine, un seul quartier est loti entre 1919 et 1932, celui de Bilbaogo qui abrite le palais royal et quelques-uns des principaux serviteurs de cour du Mogho Naaba. L’entente, la flatterie, la prudence et la composition entre pouvoir colonial et pouvoir traditionnel sont les grandes actrices de ce lotissement à l’origine d’un nouvel axe urbain est-ouest, perpendiculaire à celui du triptyque des pouvoirs de la période précédente. Finalement l’organisation mise en place par le lieutenant-gouverneur Hesling offre donc à voir un centre cerné de deux couronnes. Au nord, la ville européenne est délimitée par une barrière de bâtiments publics et par le camp militaire. Au sud, l’importante mission catholique forme un espace tampon avec les quartiers africains et à l’est, la zone administrative doit faire barrage à l’urbanisation africaine. Lorsque Ouagadougou devient commune mixte en 1926, elle acquiert une nouvelle compétence territoriale qui se traduit par des apports financiers et par voie de conséquence, des aménagements sans que l’on sache si cette transformation de statut était destinée à favoriser l’aménagement de la ville ou à rassurer la chefferie mossi. Il est cependant difficile d’évoquer un réel développement industriel et économique. Quant aux indigènes, ils sont mécontents du colonisateur à cause des recrutements de main-d’œuvre forcés, d’une taxation excessive, de l’inflation permanente et enfin d’une forte inégalité dans la mise en œuvre des aménagements. Jugée non rentable et peu digne d’investissements, la colonie de la Haute-Volta est démantelée en 1932. Ouagadougou perd son statut de capitale et ne retrouve pas sa position centrale et privilégiée au sein d’un maillage territorial administratif dorénavant désuet. Elle prend alors l’image d’un pôle répulsif, d’une ville désertée où le colonisateur va devoir tenir compte du pouvoir mossi pour mener à bien ses projets urbains. Si la morphologie urbaine a bien changé avec la création des quartiers européens et des services urbains comme l’hôpital et l’école, la majeure partie du bâti reste en banco, d’où le surnom de « Bancoville » attribué à Ouagadougou dès cette époque. L’aménagement des quartiers africains est quasi inexistant et il en est de même des travaux d’envergure devant répondre aux besoins de l’ensemble de la population. Il reste cependant capital de retenir de cette période, qu’un nouveau droit foncier a été introduit dans un espace aux lois traditionnelles, même si l’urbanisation est restée précaire.
Eléments rassemblés par Bernadette W Gansonré
in La Cohésion 2023
