Le taux de divorce est en pleine expansion depuis de nombreuses années à Ouagadougou. Au même titre que les mairies bondent de monde pour les mariages, les tribunaux de grande instance le sont également pour cause de divorce. Ce phénomène devient de plus en plus inquiétant. On se pose alors des questions sur ce phénomène semble être celui des temps modernes selon certains. Quelles sont les causes des divorces et leurs conséquences sur la cellule familiale et la société ? Quelles solutions pour réduire les divorces à défaut d’éradiquer le phénomène ?
Vieux comme jeunes couples, le divorce semble ne point épargner quelqu’un. Il concerne aussi bien les jeunes couples que les vieux couples. Sur 1 098 dossiers enregistrés et 589 dossiers en jugement en 2022, 550 décisions ont été rendues. Pourtant, les week-ends, ils sont nombreux à se dire oui et à prendre d’assaut les salles de réception. Hélas, pour la plupart cette joie qu’on « immortalise » est de courte durée. Une aventure qu’on n’avait pas jugé périlleuse devient pour un calvaire. Les masques tombent, les vrais visages et les vrais caractères se dévoilent. Et entrainent le plus souvent les divorces.
Les causes des divorces sont nombreuses
La loi au Burkina a prévu cinq causes de divorce à l’article 367 du code de la famille. Premièrement, le divorce peut être demandé par un époux lorsque la vie commune est devenue intolérable par suite d’adultère, excès d’incivisme ou d’injures grave. Deuxièmement, lorsque la vie familiale et la sécurité des enfants sont gravement compromises par l’inconduite notoire ou l’abandon moral du partenaire du foyer. La troisième concerne le cas d’absence déclarée. Pour la quatrième cause, il s’agit du cas de situation continue. Et enfin, en cas d’impuissance ou de stérilité. Les causes les plus récurrentes que Mohamed Ouattara, juge au Tribunal de Grande Instance Ouaga I (TGI 1) a eu à traiter tournent autour de l’adultère, de la situation de fait continue depuis trois ans. « C’est fréquent, les couples se séparent, chacun vit de son côté. Et cela peut atteindre cinq ou dix ans. Puis ils viennent demander le divorce », affirme t’il. A cela vient s’ajouter l’abandon moral et matériel du foyer « ce cas se traduit par l’abandon du foyer par l’un des époux » précise-t-il. Le Juge Ouattara indique qu’au-delà de ces causes récurrentes, une autre pas trop récurrente figure. Il s’agit des violences physiques et verbales. Emmanuel Sadoum, étudiant en compatibilité rejoint les propos du juge en soulevant l’infidélité comme la cause majeure de divorce. Pour lui, cela pourrait s’expliquer par le manque d’amour et le manque d’engagement. En effet, une personne ayant été habituée aux petites attentions de la part de son conjoint et qui se retrouve à ne plus les recevoir sans aucune raison se met à penser immédiatement que son partenaire ne l’aime plus véritablement. Pour certains, il s’explique par la recherche de fantaisie ou le fait de vouloir « pimenter » sa vie sexuelle. Quant à Madina Sawadogo responsable communication, les violences conjugales font parties des causes du divorce. Elles peuvent être d’ordres physiques ou morales. Elles proviennent de souvent de l’éducation, des préjugés envers les femmes et des privilèges accordés aux hommes dans notre société. Plus loin, on pourrait dire que la violence conjugale est le résultat des inégalités entre les hommes et les femmes. Elle cite également les mariages sans réelles convictions. « Les mariages aujourd’hui se font pour certaines en fonction du rang, de la pression familiale, du matériel, le luxe » soutient-elle. Tout porte à croire que les partenaires ne prennent pas le temps de mieux se connaître.
Quelles peuvent être les conséquences du divorce ?

Les conséquences des divorces selon Parfait Zida, professeur en psychologie, la culpabilité est l’une des conséquences du divorce. A l’entendre le divorcé culpabilisera de telle sorte à se poser des questions telles que « est-ce que j’ai une bonne conduite ? Est-ce que je ne suis pas la cause de mon divorce ? On n’aurait pas pu éviter le divorce si j’avais une bonne conduite ? ». Cette culpabilité peut même s’accroître lorsque le divorcé voit un couple ayant vécu longtemps ensemble sans avoir divorcer. Le divorce peut également avoir un impact important sur les relations interpersonnelles d’une personne. Si une personne divorce après une longue relation conjugale, il est possible qu’elle perde contact avec certaines personnes qu’elle connaissait pendant le mariage. De plus, elle pourrait également se sentir gênée ou mal à l’aise en présence de sa famille ou de ses amis car elle aurait honte de sa situation. En outre, les personnes divorcées ont tendance à avoir moins confiance en elles-mêmes et ont souvent du mal à se reconnecter avec d’autres personnes. La crainte du rejet ou du jugement rend difficile la recherche d’amitiés et de relations significatives. Elle se fait une mauvaise image du sexe opposé. Le divorcé est aussi stigmatisé en raison de son nouveau statut. Chaque personne veut se faire une interprétation de la situation. D’autres accusent le divorcé d’être coupable de la situation dans laquelle il se trouve. Zida renchérit que le divorce peut impacter sur le rang social « Le divorcé peut perdre sa place sociale car tout le monde se demandera si on peut lui accorder ces privilèges d’autant plus que tu n’as pas pu gérer un foyer ». Par ailleurs, lors d’un divorce, le conjoint qui n’a pas décidé de divorcer peut-être frapper d’un syndrome dépressif réactionnel. C’est une blessure narcissique qui entraîne un sentiment de tristesse, de culpabilité, de péjoration de l’avenir. On pense qu’on ne va plus arriver à rien. La personne n’est pas bien, dort mal, a du mal à se concentrer. Le syndrome joue sur tous les registres, se diffuse dans tous les secteurs de la vie de la personne. La personne atteinte est généralement submergée par des sentiments très forts comme le désespoir, la haine ou le dégoût de soi. En on ne saurait ignorer les conséquences du divorce sur les enfants dans le cas où le couple a des enfants
Par quels moyens peut-on limiter les divorces ?
Le couple Kafando nous confie que l’amour à lui seul ne suffit pas. Il faut des sacrifices de part et d’autre. Pour eux, le pardon doit être le socle même du mariage. La compréhension et le soutien doivent être monnaies courantes dans le couple car le mariage n’est pas un long fleuve tranquille. Aussi à l’exemple de l’église Catholique qui organise et donne des cours de mariage, nous devons penser à mettre des organes et associations qui ont pour but d’éduquer et de préparer les mentalités aux réalités du mariage afin de limiter les divorces. Il ne s’agit pas seulement de mettre ces structures en place mais d’inciter tout de même les aspirants à passer par cette étape avant celle du mariage. La mise en place d’une politique en vue de décourager toute personne nourrissant un projet de divorce serait un excellent moyen. Cela pourrait passer par des procédures coûteuses, longues et compliquées. Il existe des initiatives et des programmes qui visent à aider les couples à renforcer leur relation et à résoudre les conflits de manière constructive, tels que la thérapie de couple, la médiation et les programmes de formation en compétences relationnelles. Il convient aussi de reconnaître l’importance de la communication, de la compréhension mutuelle, du respect et de l’engagement pour construire des relations saines et durables. Le juge Ouattara est d’avis que le manque de dialogue, de communication rend compliqué la résolution des problèmes de couple. Pour lui s’il y’a le dialogue et la communication, les couples ont une grande chance de réussir leur vie de commune.
Bernadette W GANSONRE
In la Cohésion 2023
