Au moment où les langues nationales sont élevées au statut de langues officielles, il importe de donner à voir la richesse de la culture moaaga. Cet article porte sur le Busmdi, identité singulière des Moosé du Riungu de Nabigswendé, fondé en 1530. Le Moogo est un territoire homogène de l’extérieur, chaque royaume possède une singularité par son histoire et sa dynamique culturelle propre. Ils sont fortement marqués par leur géographie et leurs relations d’intégration des peuples du voisinage. Pour ce qui concerne le Riungu de Busma, le royaume aux 333 collines, il a su créer une identité originale et singulière qui le distingue des autres royaumes moosé. Au-delà d’être une entité politique qui s’est anticipée par la guerre, le Riungu a su créer et développer une culture propre. S’inspirant de l’ouvrage historique « Le Royaume de Busma des origines à la fin de l’occupation coloniale » et d’autres sources écrites et orales sur le Riungu, les lignes qui suivent présentent le Busmdi.
Tout peuple qui se forme par la conquête et par les alliances doit sa survie à une capacité de créer une culture commune. Le Busmdi désigne l’ensemble des manières de vivre et de se comporter, les arts, les us et les coutumes propres aux populations du Riungu de Busma. Sa traduction littérale donne « manière d’enterrer », « façon de cacher ». Cette manière devient une identité culturelle traduite par une idéologie, par un mode de vie, par des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être singuliers au royaume. Le Busmdi est un patrimoine immatériel de nature socio-culturelle.
Cette culture singulière fécondée par les rites, pratiques et croyances des populations du Royaume est le produit d’un consensus social. Les autochtones pré-nakombsé (Ninsi, Yônyôosé, Kibsi, Marensé), les conquérants nanambsé venus du Dagomba (Ghana) et les immigrants (Yaarsé, Silmiisi, Gulmanceba, Sètba, Zangoeto, Yoruba, etc…) se sont dotés d’un contrat social et ont fécondé une identité culturelle originale et singulière connue sous l’appellation Busmdi. Le caractère doux de l’occupation des conquérants a permis une cohabitation pacifique avec les populations anciennement installées.
En effet, le Riungu de Busma a été fondé selon le principe du prince sauveur, sollicité par les autochtones pour les protéger contre les pillards. Une nouvelle dynastie, celle de Nabisgwendé, s’installa dans la région et fut à l’origine de la création du Riungu de Busma. Après la mort de Naaba Tiraõõgo, trois émissaires, à savoir le Tang-poor-tengsoaba, Forgui Tiibsoaba et Soaga Tengsoaba, représentant les populations prénakombsé de Busma se rendirent auprès du Moog-naaba Kumdumyé de Wogdogo. Ils sollicitèrent le prince Nabigswendé pour prendre le commandement de Busma. Nabigswendé devint l’ancêtre lointain, commun, revendiqué par les nanambsé de Busma. Ce recours au prince Nabisgwendé fut justifié par le besoin de paix des peuples autochtones menacés par l’insécurité instaurée par des hordes de pillards. Les princes, guerriers par excellence, devraient apporter la paix par leur implantation dans la région. Le mythe fondateur où le puissant prince est sollicité pour faire la guerre aux barbares et aux pillards qui perturbent la quiétude des paisibles autochtones est présent dans la création des principautés dans le Moogo et particulièrement dans le Riungu de Busma. Une fois que le prince protecteur parvint à défendre les communautés qui sollicitèrent ses services, il s’est créé un modèle politique et culturel qui répartit les fonctions de chaque communauté rendant l’ensemble interdépendant. Cette interdépendance a donc donné naissance au Busmdi, identité culturelle du Riungu. Avec le temps, les immigrants se sont « moosisés ».
Le Busmdi se caractérise par un langage très rafiné, une expression intelligente et une posture de communication rusée. Le Busmdi est aussi une perception du monde, notamment le voisinage. Être d’une zone de colline donne un sentiment de grandeur, d’ascendance et de supériorité. Les 333 collines du Riungu dont les 33 collines de la capitale Wayugui renforcent cette volonté de puissance. Le Busmdi se veut aussi un concept géopolitique qui confère une valeur cardinale au Riungu perçu comme le centre du monde qui a une influence sur son voisinage. Les guerres et les négociations conduites dans le voisinage démontre cette perception de la grandeur du Rima et de son royaume.
« L’homme de Busma était content d’être l’homme de Busma ; on était content de nous-mêmes, on était fier, on était bon guerrier, on était intelligent », affirmait Naaba Sôoré, 31ème Rima de Busma (1967 – 2019).
Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)
in La cohésion 2023
