31 janvier 2026
Home » Aristide Ouédraogo , journaliste, éditorialiste et romancier :  «La seule plaie qui ronge notre pays c’est le :  ôte toi pour que je m’y mette » 

Pour une certaine génération de journalistes, Aristide Ouédraogo n’est plus à présenter. Il a grandement contribué à l’animation et à la vie de plusieurs médias burkinabè. Votre média en ligne reveil-info.net est allé à sa rencontre pour un entretien sur la vie des médias au Burkina Faso, l’actualité nationale et internationale et bien d’autres sujets non moins importants. Bien avant, il tenu à se présenter… pour la jeune génération.

 

Merci de me donner l’occasion et ce n’est pas de coutume qu’un média professionnel d’informations et d’analyses même avec sa jeunesse, s’intéresse à ma modeste personne. Je suis Aristide Ouédraogo, journaliste, éditorialiste et auteur de plusieurs publications dont un roman fiction, un essai littéraire sur la communication genre dont je suis devenu un expert. Je suis aussi auteur de trois (3) recueils de poésies. Je pourrais ajouter que je suis devenu aussi un jeune doyen dans la presse burkinabè. Le reste je crois que ça n’intéresserait pas vos lecteurs.

Que devient Aristide OUEDRAOGO ?

Une question assez délicate vous en conviendrez avec moi parce qu’elle sonne comme adressée à un retraité (rire). Si vous voulez savoir ce que je fais en ce moment je pourrais tenter de vous situer même si vous le savez déjà. Après un court passage à la télévision TVZ Africa comme journaliste, éditorialiste et animateur, mon dernier poste dans la presse audiovisuelle ; je me suis retrouvé dans le monde des Organisations de la société civile pour partager mon expérience sur les questions en lien avec le genre. Je suis aussi revenu à mes amours du début c’est-à-dire la presse écrite en collaborant avec quelques médias d’ici et d’ailleurs. En fin je suis entrain de finaliser un roman conte sur la culture, aussi j’ai deux autres recueils de poésie en souffrance parce que la plupart du temps nous sommes amené, nous auteur, à éditer nos ouvrages à compte d’auteurs.

vous avez fait plusieurs médias comment jugez-vous la presse burkinabé ?

Il est très difficile d’apprécier le travail combien difficile des confrères. J’y suis toujours et je mesure l’énorme travail que chacun fait. La presse burkinabè est une presse intègre et résiliente malgré les contraintes liées à plusieurs facteurs. Aucune exonération au niveau des impôts, de l’électricité et même de l’eau. La location coûte cher et elle manque de façon criarde de plateau pour les publicités. Il faut dire que les plus grands contributeurs étaient les partis et formations politiques ; les associations qui interviennent dans le domaine du développement local. Les activités liées au cadre institutionnel sont encadrées et régissent aux règles de la comptabilité publique. Il ne reste que la subvention de l’Etat et là aussi d’année en année les critères d’éligibilité se compliquent ou se renforcent pour être plus sélectif. Ils ne sont pas nombreux les burkinabè à accepter payer pour s’informer.

Malgré tout et avec les moyens de bord la presse burkinabè reste digne et professionnelle. Il faut dire qu’elle a bénéficié de l’encadrement de doyens rompus à la tâche. Je suis donc à mesure de dire que nous avons une des meilleures presses d’Afrique et elle est citée partout en exemple. Surtout, la preuve vient du fait des journalistes burkinabè sont toujours lauréats dans des prix prestigieux à travers le monde. Dans toute activité humaine il peut y avoir des manquements mais c’est vraiment minime et insignifiant. Le Conseil supérieur de la communication, l’Observatoire burkinabè des médias et aussi les organisations faitières veillent.

Dans le contexte actuel, il est beaucoup question de la liberté de la presse… Certains estiment que la presse n’est pas libre au Burkina. Est-ce votre avis?

La liberté de presse ne se proclame ni se déclame et vous savez comme moi comment nous avons lutté pour que la loi écarte les plus zélés d’entre les burkinabè qui refusaient la critique. Je ne vais pas citer de noms mais il faut reconnaitre que nous sommes partis de loin. Une presse libre et crédible se doit d’informer sur des sujets auxquels il a accès pour contenir et conjurer des dérives en se basant sur des faits vérifiables et crédibles. Quand la justice condamne un média burkinabè, devons-nous affirmer que la diffamation, les injures et la divulgation d’informations à caractère personnel s’appelle la liberté de presse ?

Il faut être sérieux. Il ne faut pas confondre la presse responsable et professionnelle avec des marchands illusions, de sensations fortes, des affairistes ou autres politiciens qui l’utilisent à des desseins inavoués. Notre métier est noble et les intellectuels ; aussi les pouvoirs publics savent reconnaitre avec honnêteté le vrai travail de cette presse. J’ai été directeur de publication de la Plume du Nord de février 2000 à novembre 2005 et avant cela j’ai fait la rédaction de l’hebdomadaire Racine de DP Salif Ouédraogo. Si vous faites la sommation de mes années que j’ai fait dans la presse burkinabè et que vous connaissez ma liberté de ton et dans mes écrits, analyses et plus tard à la télévision, pouvez-vous affirmer que je ne sois pas libre ? A la date d’aujourd’hui je n’ai jamais été auditionné par aucun OPJ ; je l’ai été par le CSC sur un article que j’ai eu à écrire sur l’ancien premier ministre Tertius Zongo soi-disant qu’il trainait des casseroles et sur ce point je n’ai pas menti parce que la révolution d’Août 1983, pendant les Tribunaux populaires de la révolution (TPR) l’avait condamné quand il était à l’Office nationale des céréales de la Haute Volta. Faites des recherches vous seriez édifié. C’est le seul cas que je peux vous citer sinon je n’ai jamais été inquiété à cause de mes activités professionnelles, de mes analyses ou de mon ton dans la presse même si des individus n’ont pas manqué en tentant de m’intimider. Je suis formel la presse burkinabè orthodoxe est libre et professionnelle.

Le ministre de la communication, Jean Emmanuel OUÉDRAOGO disait qu’il n’y pas de liberté dans un pays qui n’est pas libre, est-ce votre avis?

Il faut peut-être replacer cette affirmation dans son vrai contexte avant de donner son point de vue. Je ne crois pas que je vais faire un commentaire au-delà de ce qu’il aurait affirmé. De quoi s’agit-il ? D’informations sensibles ? Toujours est-il que nous sommes dans un pays sous transition, un Etat d’exception il faut dire les choses comme elles se présentent même si par un truchement intellectuel et par des tours de passe-passe nous avons pu garder la constitution en place. Mais il y a une charte qui supplante la constitution. Dans un Etat de droit normal, la presse se doit d’être une sentinelle et aussi un rempart. Elle se devait au-delà dans le traitement de l’information institutionnelle travailler à prévenir toutes sortes de dérives et à dénoncer la mauvaise gouvernance et surtout à faire en sorte de maintenir l’équilibre des pouvoirs en place c’est mon point de vue. A mon tour je pose la question : sommes-nous dans un pays libre ?

Cette réponse devrait associer plusieurs facteurs. Qu’est-ce que la liberté dans notre contexte ? Sommes-nous capables de nous déplacer librement dans notre propre pays ? Voulons-nous plaire à qui ?

Je sais seulement que nous faisons face à des forces obscures qui tentent de faire s’écrouler les fondements de notre pays le Burkina Faso. Celui qui a posé la question a eu sa réponse et je ne vais pas faire la fine bouche pour ne pas dire que c’est une connerie cette question et le ministre a été tendre dans sa réponse. Je n’en dirais pas plus.

En tant que journaliste, observateur, comment jugez-vous la lutte le terrorisme au Burkina ?

Avec un regard nouveau, puisque nous venons de loin. Le Burkina Faso regorge de braves hommes et femmes mais il (Burkina Faso) manquait sérieusement d’armements et de personnels suffisants pour mener une telle guerre.

Il faut reconnaitre que certaines populations dans des régions ont fragilisées les efforts de sécurisation des forces intérieures à un moment donné. Je ne dis pas que ceci justifie cela mais la notoriété de notre armée se résumait à la renommée du régiment de sécurité présidentiel (RSP) de l’ancien président Blaise Compaoré. Actuellement notre armée joue le rôle de force intérieure et pourtant ce n’est pas une mission dévolue à elle.

En ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, moi je fais confiance au communiqués officiels parce que je ne vois pas pourquoi l’état-major va mentir et tronquer les informations venant du front et dans quel but ?

Nous aimons a répété ce qu’un célèbre politicien aimait à dire : « nous sommes dans un pays de savane, on se voit de loin. »  Notre pays est fait d’intrigues, de situations rocambolesques et surtout d’hypocrisies et de fourberies donc si telles étaient des situations infondées tout le monde allait savoir.

Sinon je trouve que les enfants (soldats) font le maximum pour le retour de la paix au Burkina Faso. Je veux juste ajouter que j’ai foi à notre armée et à sa capacité à juguler et à circonscrire le phénomène. Pourquoi j’ai foi ? L’Algérie est sortie vainqueur d’une guerre asymétrique comme la nôtre après la victoire du Front Islamique du Salut (FIS) en décembre 1991. Le FIS se voyant confisqué le pouvoir par l’armée allait entrée en rébellion et causer des actes de terrorisme. Il faut avoir la foi et se convaincre que ce qui a accéléré le retour de la paix dans ce pays c’est la décapitation des moines de Tibérine.  L’occident a alors laissé l’Algérie utiliser les grands moyens pour anéantir toutes les poches de rebellions. Voilà la vérité qu’on nous cache. Ce fut une vraie boucherie mais je gage qu’ici au Burkina Faso nous avons d’autres solutions meilleures.

L’AES vient de commémorer son premier anniversaire. Que pensez-vous de l’AES?

Je me félicite de voir que l’organisation tient toujours la route malgré tout ce qu’on a pu entendre sur la fiabilité d’une telle organisation. L’AES n’est pas encore très solide malgré ses nobles intentions. Elle est fragile et elle gagnerait à travailler à avoir la Mauritanie à ces côtés. Pour une telle organisation il faut avoir impérativement une débouchée maritime et la Mauritanie a une ouverture sur l’océan atlantique.

L’AES a, des ressources minières, la Mauritanie a  la mer. Nos peuples depuis des siècles avaient liés leurs destins et actuellement nous pouvons faire profiter ces ressources à un petit frère (pays) comme la Mauritanie afin de partager de façon intelligente notre espace qui est le sahel. Il ne faut pas avoir honte de faire la cour à la Mauritanie puisqu’elle va gagner en flux d’exportations des marchandises de l’espace et surtout elle va participer à l’exploitation des immenses richesses souterraines. Il est vrai qu’elle dispose de gisement de pétrole en haute mer mais elle peut contribuer au désenclavement de l’inter land. Et l’un dans l’autre elle a aussi les eaux les plus poissonneuses de la planète.

Pour le cas du Tchad, elle rejoindra naturellement le bloc si la Mauritanie y arrive. Donc le président Assimi Goïta qui est le président actuel de l’AES se doit d’activer sa diplomatie de concert avec les autres membres pour convaincre la Mauritanie de rejoindre l’AES et cela devrait être très facile parce qu’elle n’est pas membre de la CEDEAO si elle sait qu’elle pourrait profiter des immenses ressources minières de l’AES.

Pour terminer sur cette question, je voudrais simplement dire que certains pays de l’espace comme le Burkina Faso devraient assouplir leurs positions vis-à-vis des anciens partenaires historiques. La diplomatie burkinabè ne doit pas être agressive pour l’être. Elle doit savoir manier le bâton et la carotte. Aujourd’hui ces partenaires savent à quoi s’en tenir et je crois, comme Amadou Hampaté Bâ, que : « c’est quand on est fort qu’il faut penser à préparer sa chute ». Malgré notre bonne volonté un divorce violent entraine toujours de fâcheuses conséquences, voilà pourquoi il ne faut jamais rompre le dialogue.

L’AES aura de beaux jours devant elle si tout le monde joue franc jeu et accepte faire des sacrifices parce que la construction d’un ensemble obéie à plusieurs facteurs et elle est aussi très longue à réaliser. Pour cela il faut aller doucement afin d’avoir une fondation solide.

Une attaque terroriste en plein Bamako au Mali, votre commentaire… Un complot déjoué au Burkina Faso avec plusieurs implications avez-vous un commentaire à faire ?

 Les symboles représentent toujours beaucoup pour les forces du mal, les peuples opprimés et les groupuscules qui sentent de l’injustice dans leurs actions ou même dans la marche de leurs histoires.

Le 07 octobre 1973 se déclenchait la guerre du Kippour aussi appelé la guerre israélo-arabe. Cinquante ans après et cela jour pour jour le Hamas à Gaza lançait une attaque d’une ampleur inégalée sur le sol Israélien le 07 Octobre 2023. Un triste anniversaire célébré dans le sang et qui continue à faire couler le sang après presqu’un an de combat mais ça marquera de façon indélébile l’opinion israélienne. Le Hamas savait qu’il ne sortirait jamais gagnant mais il voulait marquer durablement le peuple israelien.

Au Mali, plusieurs facteurs étaient en jeu et concouraient à susciter l’attaque du camp de la gendarmerie. Il y avait l’ouverture du procès des militaires impliqués dans l’achat de l’avion présidentiel et des armements avec une forte dose de corruptions et il y avait les préparatifs de la célébration de la fête de l’indépendance du Mali dans ce mois de septembre. Une opportunité pour aussi marquer les esprits et surtout prévenir si jamais les populations s’en mêlaient.

Au Burkina Faso, le même scénario explique cela et si l’on pousse l’analyse plus loin et je ne doute pas qu’un officiel puisse communiquer des faits aussi graves à la télévision nationale en n’ayant pas des preuves accablantes. Et là aussi c’est septembre qui était visé. Le symbole de la perte du pouvoir c’est le mois de septembre notamment le 22 et ça vous rappelle quoi ? Une humiliation terrible et une perte banale du pouvoir qui ne peut laisser personne indifférent. Ça devrait donner des insomnies à toute personne qui perd le pouvoir dans ces circonstances alors qu’elle commençait à peine de gouter aux délices et aux fastes. J’imagine vraiment mais à la lecture des deux évènements je ne peux que dire qu’il faut des actions à plusieurs niveaux pour juguler cette crise grave. Il faut aller à la paix des braves et préparer le terrain pour nos enfants et nos petits enfants sans pour autant rependre le venin qui couve dans nos corps.

Le seul commentaire sage, c’est de souhaiter que toutes les pistes tendant à résoudre cette crise dans la sous-région soient explorées. Pour cela je recommande de revisiter les conclusions du Collège des sages parce ce qu’elles sont toujours d’actualité.

Quelque chose à ajouter pour conclure notre entretien ?

 Je voudrais tout simplement dire merci à votre média pour l’intérêt porté à ma personne. L’avenir de notre pays réside dans notre capacité à transcender les querelles du passé. Je sais que cette crise demande encore des sacrifices et vraiment beaucoup de sacrifices. Mais pour accompagner les efforts du peuple burkinabè à continuer d’apporter un soutien défectible la transition il faut penser à subventionner à nouveau le prix du carburant à la pompe. Cela sera peut-être dur mais ça va aider à donner une bouffée d’air à tout le monde.

Sinon, je pense que nous sommes sur la bonne voie du développement et si la tendance actuelle se consolide il y a des raisons de croire à un avenir radieux.

La seule plaie qui ronge notre pays c’est le : « ôte toi pour que je m’y mette ». Un pays ne se construit pas en rang dispersé ni avec des rancœurs ou avec des regrets. Le dialogue permet toujours de trouver les vraies bases des problèmes pour avoir ensemble des solutions. Paul Tin-noaga Ouédraogo disait : « se concerter et instaurer le dialogue ne permet pas de labourer un champ mais elle permet de trancher sur les malentendus. » Encore merci à vous et j’espère que je n’ai pas omis de répondre à vos questions parce que ce n’est pas mon habitude de fuir les questions. Encore merci à réveil info et surtout plein succès pour l’énorme travail que vous abattez au quotidien.

Entretien réalisé par Ben Alex Béogo

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