Plus de 500 malades mentaux. 546 contre 400, le nombre des » fous » s’accroît. Ça fait vraiment peur et c’est déplorable aux yeux des sains d’aujourd’hui, au point que certains et d’autres craignent d’être atteints tôt ou tard du même sort. Il n’est pas souhaitable d’être dans le collimateur de cette maladie. Tout le monde y veut se sentir diamétralement opposé. La gravité numérique est remarquable, alors que l’on croyait que le chiffre 400 battait le record et fixait l’ultime plafond à ne pas dépasser, voilà que nous sommes surpris par un matin différent de nouveau surnombre.
Nous sommes en mars 2024. Ce mercredi 13 mars 2024, c’est une date difficile à oublier. La séance de la matinée a réuni hommes et femmes sur le terrain habituel de prise en charge de la démence, 546 victimes mixtes ont été présentées à la thérapie transcendantale du guérisseur. La prestation à acquitter exige le savoir d’un homme de sa trempe. Qui s’occupera-t-il de la misère de tous ces malades, si ce guérisseur altruiste venait à être rappelé à Dieu ? Heureusement que Saïdou Nagréongo est encore là et vit parmi ses contemporains sur la terre bénie de nos aïeux. Epris de l’esprit de charité profonde, lui qui soigne sans prendre de l’argent, il donne des soins sans faire payer le moindre denier. Aucune condition financière n’est posée au préalable pour les patients d’avoir un traitement. Longue vie lui est souhaitée et ce vœu constant fait l’objet de redondance chaque jour. Mais, toujours est-il que la question de savoir qui s’occupera de ces malades mérite d’être formulée quand on regarde par compassion la présence des mineurs et des majeurs qui ont perdu la raison et qui foulent le sol de la destination en quête de délivrance et de retour à de meilleurs états des facultés.
Il est plus facile de voir ce guérisseur pour solliciter des soins que de l’approcher pour lui donner de l’argent ou un autre type de cadeau en guise de reconnaissance. Saïdou Nagréongo est un guérisseur de la miséricorde, il n’est pas un guérisseur qui soigne pour s’emparer de la fortune par les soins. En effet, tant sont ceux qui se souviennent d’une de ses réactions. Un constat frais occupe notre mémoire. Trois personnes heureuses d’être auparavant prise en charge sont revenues pour le remercier et lui témoigner leur satisfaction. Après trois jours d’attente qu’elles estimèrent longues, elles se plaignirent en cachette, se proposant de retourner si elles ne sont pas reçues. Ce qui a été dit secrètement a été appréhendé. Alors, les anges à l’ouïe fine et surnaturelle rapportèrent l’impatience des intéressés. Et le guérisseur demanda un micro au milieu de la foule pour dénoncer : « Dans la foule, trois individus sont venus pour me donner beaucoup d’argent, trouvant qu’ils ont duré, ils ont décidé de repartir aujourd’hui. Mais je leur dis que la route est libre, ils peuvent repartir avec leurs sommes. Regardez le rang, tous ces fous alignés pour les soins ont besoin de la santé, je ne peux pas abandonner tous ces malades pour prendre des millions de francs. »
En vérité, tous ceux qui pensent qu’ils peuvent se faire entendre par leur capacité financière se trompent en venant à Nagréongo, le guérisseur ne reçoit pas les gens selon la fortune qu’ils possèdent. Il n’est pas cupide et il n’est pas influençable au goût de l’argent. Né pour aimer son prochain comme Dieu le recommande, il demeure un serviteur humble et constant de ce commandement. Mettant sans cesse la vie humaine au centre de ses intérêts, la santé des malades est sa motivation primordiale. Nos reportages nous ont fait tellement voyager auprès de lui que nous pouvons témoigner qu’il incarne tant de vertus. C’est un homme absolument sympathique. On peut voyager du nord au sud et de l’est à l’ouest, cependant, il faut être sûr que Saïdou Nagréongo est unique en son genre et l’on ne trouve pas à comparer parmi les hommes et les dames. Non seulement, il n’exige pas le paiement de ses services rendus par l’administration des soins mais aussi il utilise son propre argent pour venir en aide aux malades qui n’ont pas à manger ou qui n’ont pas de frais de transport pour louer un car de retour.
Après cette séance, tant d’autres se succèdent comme c’est le cas depuis plusieurs années auparavant. Attaché à la bienveillance inhérente à sa nature, le guérisseur ne sait pas discriminer pour refuser les soins, il se fait toujours disponible. Que l’on soit en saison hivernale ou en saison sèche, il fait parler sa miséricorde. Jamais avare des thérapies, il s’occupe des patients sans arrière-pensée ni calcul d’intérêt. Fidèle à l’enseignement de Dieu, son prochain est sa raison d’être, tellement qu’il ne se permet pas un congé pendant qu’il est sollicité. Absolument sans rancune, il aime ses ennemis avec un immense amour qui le porte à leur porter secours.
Force est de reconnaître que la santé n’est pas le seul lieu de son intervention. Habituée de longue date du milieu, notre plume est un témoin convaincu de la densité opaque des bienfaits. Humble et homme de partage, Elhadj Saïdou Bikenga est une source de philanthropie pleine d’actes humanitaires. Il nourrit aujourd’hui ceux qui l’ont insulté hier. Les bonnes personnes animées de la gratitude pour sa bienveillance prodigieuse ont raison de leur opinion incontestable et de faire entendre qu’il a le sens atypique du pardon et de la tolérance. Les œuvres caritatives sortent de lui. Il donne des vivres à des familles démunies, ainsi que de l’argent et des couvertures aux pauvres. Au sujet des maladies, l’enfant de la princesse Mariam est ouvert à tous et à toutes qui voyagent à lui, de loin ou de prêt, pour se faire soigner.
On identifie en lui l’image luisante d’une référence d’abnégation. La richesse matérielle ne le démotive pas. De l’avion privé aux véhicules de luxe ponctués de la résidence en étage, aucun ne le détourne de la compassion qu’il a pour les cacochymes. Il souffre beaucoup pour que les autres soient satisfaits. Elevé au rang de chef traditionnel, son titre coutumier est le résultat d’une prise de conscience louable ; on a du respect absolu pour sa couronne magnifique et on pense aussitôt à lui quand on cite son nom de sacre : Manègre Naaba Saanema. Etymologiquement, le mot vernaculaire, manègre, correspond strictement au terme français, bienveillance. Il détient cette distinction par ses œuvres exceptionnelles. Aux grandes œuvres, une grande sanction solennelle. Puisque la bienveillance du guérisseur est éminente, il lui faut une congratulation pharamineuse et splendide de même ampleur. Le mot Saanema est le symbole de l’or et reflète l’éclat de cette matière précieuse. Depuis qu’il a été sacré, il n’a pas renoncé aux soins des guérisons. Au lieu de dormir sur les lauriers, il s’évertue à secourir. C’est un dignitaire prêt à réanimer la vie des malades. Chaque fois que nous voyons la coiffure royale sur la tête du guérisseur de Nagréongo, nous pensons avec respect au palais royal du vénérable Môgho Naaba Bâogho de Ouagadougou, car le consentement de l’empereur des mossis pour que le guérisseur soit couronné relève d’un acte pertinent. Que les deux soient honorés dans la gloire de leur royauté, maintenant et pour les siècles des siècles !

Sur le plan étatique, en tout cas, quoi de plus normal, pour un gouvernement à visage humain, que de prendre en compte, sur le territoire national, la présence avantageuse d’un praticien à la réputation internationale ? Les prouesses thérapeutiques qui se font contempler sur le terrain comme s’il en pleuvait et les diverses guérisons saisissantes qui s’opèrent miraculeusement contre les maladies épouvantables obligent à inviter le ministre de la santé à délivrer une décoration nouvelle pour un envoyé de Dieu en faveur de la santé. Plus de soixante passeports se trouvent dans sa valise, ils ont été proposés avec des visas pour l’amener ailleurs mais il a préféré rester au Burkina, par amour patriotique pour son pays natal. A l’occasion d’une éventuelle célébration nationale sur la santé interafricaine, avec pour point de rencontre la commune de Nagréongo, le premier ministre Kyelem ou le président Ibrahim Traoré ne manqueraient pas d’honorer l’événement par leur présence en compagnie de leurs hôtes venant de nationalités limitrophes. Quant à l’OMS, ce serait ridicule et absurde si elle dérobe par une attitude indifférente et on aurait tort de croire que cette organisation à la caisse de résonance mondiale n’a pas encore prévu de décerner une certaine palme au guérisseur, sous le sceau d’un récipiendaire vivant.
Même si on n’aime pas le lièvre par instinct de jalousie, il faut reconnaître qu’il a une course rapide. La réputation des soins et la récupération de la santé font de Saïdou Bikenga un personnage digne de respect et un guérisseur d’envergure transfrontalière. Il n’est pas un magicien et il ne propose rien à boire ou à manger dans ce sens. Héritier des prophètes et des saints, il possède de Dieu le don qui lui permet de guérir. Sa présence parmi ses contemporains correspond à une existence nécessaire. Il s’évertue à être modeste et il ne s’attend pas à être remercié par les patients guéris. Mais, lors des soins, son arrivée suscite des applaudissements et les hommes battent les mains à l’unisson avec les femmes. Les gens sont conscients que son dévouement mérite un tel hommage. En écrivant sur ses œuvres, un livre que Cyrille a dédié à cet homme obéit à la même logique d’acclamation. Au nom de la signification prestigieuse des cheveux blancs qu’il porte sur sa tête, avec notre plume pour rédiger et notre caméra pour filmer, nous nous prosternons devant son profil de sagesse avérée. La charge que Saïdou Bikenga assume est difficile, si c’était une question de retraite à demander pour s’en aller, il n’hésiterait pas à signer des papiers d’arrêt pour faire ses adieux à sa fonction. C’est la volonté de Dieu qui l’a élu pour soigner qui le veut encore à la tâche. Cinquante-cinq ans de vie au chevet des malades, ce n’est pas peu comme cinquante-cinq jours. Plus âgé que sa carrière, il ne renonce pas à la vertu de la persévérance. De partout, des malades continuent de se dépêcher chez lui. Il n’y a pas un continent où des ressortissants ne soient venus à Nagréongo. Tous les tempéraments convergent vers un creuset sanctuaire de santé à la renommée internationale. Un tel brassage ne peut manquer de risques.
Si beaucoup de fous se présentent par un comportement inoffensif et se montrent lents à la colère, beaucoup d’autres sont sulfureux et se distinguent par des actes agressifs, et il faut œuvrer à les dompter pour parer au drame. Des chaînes et des cadenas sont prévus pour immobiliser les individus sanguinaires. Entre un fusil et une machette, plusieurs fois, des fous se sont emparés des armes. Par la grâce de Dieu, on parvient à les calmer pour éviter le pire et l’irréparable. D’autres fous plus téméraires grimpent jusqu’au sommet des panneaux électriques et promettent de se réduire à néant par une chute tragique. Il y a également ceux qui prennent le large et qui expriment leur volonté de se tuer par noyade dans les barrages. Si les soins ont lieu deux fois par semaine, c’est à raison d’une séance tous les quatre jours. En cas d’empêchement, elle se tient le lendemain.
On ne saurait commettre le péché déontologique de ne pas transmettre au paysage journalistique l’expression des salutations distinguées que les fous et les parents des fous multiplient de tout cœur. Leur thèse est édifiante, selon eux, le journalisme contribue à la santé et est de tout temps au cœur même du progrès. De la classe juvénile ou à la frange sénescente composée de vieillards droits ou voûtés, beaucoup d’illettrés retiennent pourtant facilement les radios Omega et Savane FM et citent aisément les noms des confrères, Paul Gasbéogo et Aboubacar Zida Siid-Naaba. Auparavant, élèves ou étudiants, après les soins, filles et garçons déclarent leur intention d’être rédacteurs dans l’équipe de Sidwaya, Le Pays, L’observateur. Amis circonstanciels de Cyrille, le rapport de dialogue est remarquablement animé et chaleureux. Ils soulignent que, malgré leur état, nous avons la considération d’être parmi eux sans dérober à l’estime qu’un sain peut porter pour compatir à la peine d’un malade. Certains feuillètent passionnément les anciens articles que nous avons signés et qui ont été publiés par Le Quotidien et Aujourd’hui au Faso.
Contents de notre sincère reportage sans tentation voyeuriste et joyeux de la clémence du guérisseur, tant de malades bien guéris se présentent à notre caméra au poing pour nous demander volontairement de publier leurs images dans les journaux et de diffuser leur émotion à la télévision. En toute lucidité, ils bénissent tous les journalistes, notamment ceux qui ont la compétence de la rubrique des langues vernaculaires et qui s’affairent à convertir les textes en français. Cette traduction en langues locales permet de toucher, jusque dans les entrailles des campagnes, une large communauté d’écoute pour les illettrés qui ne savent pas lire ou écrire.
Pour terminer nous souhaitons une vie de parfaite santé au guérisseur et le même vœu à tous les guérisseurs féminins ou masculins comme lui.
A vrai dire, Saïdou Nagréongo soigne, il soigne vraiment et Dieu passe par ses prières radieuses pour accorder la guérison. L’histoire le rendra immortel en témoignant sur ses prestations de hauts faits et il ne mourra pas car il se retrouvera au paradis même s’il meurt. Il est juste et convenable de saluer indéfiniment ce guérisseur ; en même temps, il faut saluer les jeunes gens qui lancent les balais de soin et qui agissent avec Mahamoud Pouytenga pour assurer le service d’ordre en devançant les fous terribles pour déjouer les desseins de violences. D’une province à l’autre, on parle de Saïdou Nagréongo en bien, les compliments sont nombreux et exubérants. A Kongoussi, en particulier, on ne tarit pas d’éloges. On évoque plutôt respectueusement le nom de ce guérisseur éminent. Solange Badini accorde sa voix maternelle en synchronie. Celle-ci est la mère de Cyrille. Toutes les fois que son fils est en voyage au village natal, elle demande des nouvelles du Nikem Songo, ainsi qu’elle appelle Manègre Naaba Saanema, c’est-à-dire le bon vieux sage. Que Dieu protège le guérisseur des guérisseurs, que Dieu guérisse les malades !
Cyrille Ouédraogo, écrivain (Collaborateur)
