3 février 2026
Home » EDUCATIONS ET CULTURES AFRICAINES : Le système politique moaaga de Busma

Le Moogo est un espace vaste avec des réalités politiques, sociales et culturelles diverses. Pour éviter des généralités et des vérités partielles sur un territoire à multiples composantes sociopolitiques, le présent article se limite à éclairer le système politique traditionnel du Riungu de Busma tel que l’a observé de l’intérieur l’auteur de ces lignes. Il s’agit de présenter un système politique intelligent qui n’a aucun complexe avec les systèmes politiques d’autres zones du monde affichés comme les meilleurs modèles. Ce système multiséculaire a toujours satisfait au besoin des communautés. IL a survécu à la colonisation française et poursuit sa dynamique d’adaptation à un monde en constante mutation.

Le système politique moaaga de Busma s’organise autour de trois pôles.

Le premier axe est celui de la chefferie territoriale. Elle tire son essence de l’action des conquérants moosé venus du Ghana qui ont tracé les frontières des Etats précoloniaux. L’histoire nationale établit chronologiquement l’implantation des quatre royaumes moosé allant de Zugran-tenga au Riungu de Busma en passant par le Wubr-tenga et le Yad-tenga. Par des liens de parenté, par des alliances stratégiques et par la guerre, les conquérants ont créé ces différents Etats. Ils en sont les propriétaires et ont fixé les règles de gouvernance de ces entités politiques.

Pour ce qui concerne le Riungu de Busma, créé vers 1530 et devenu indépendant en 1723, il est organisé de manière décentralisée. A la tête du Riungu, le Rima est l’autorité supérieure investie par un collège électoral royal. Le Rima gouverne directement le canton central avec le soutien des rimbiisi, ses enfants. Proches de la famille royale, ces chefs de village désignés sous l’appellation rimbiisi participent à la sécurité du royaume. Le rima est assisté par une cour composée d’une centaine de notables avec des responsabilités complémentaires. Le Riungu de Busma est subdivisé en treize cantons appelés kombèèmba. Les chefs de canton sont nommés par le Rima. Chaque canton est dirigé par un chef qui nomme ses chefs de village et ses notables. Le chef de canton dispose d’une large autonomie pour la gestion des affaires de son ressort territorial. Chaque année, il a l’obligation d’exprimer son allégeance au Rima lors de la célébration de la fête du Nabasga. Les chefs de village ont la responsabilité de nommer les chefs de quartier pour les assister à gérer les affaires royales. Ils rendent compte à leurs chefs de canton.

Le second axe concerne la chefferie fonctionnelle. Elle est relative aux principales fonctions qui participent à la vie de la royauté. Pour le Riungu de Busma, trois principales fonctions sont en synergie pour donner une réalité au pouvoir politique traditionnel. Il s’agit des notables qui assurent la protection et la continuité du pouvoir politique traditionnel. Le premier d’entre eux réside à Kugr-Zugu et préside le collège électoral qui désigne le Rima. Il est issu des premiers accompagnants des conquérants moosé qui se sont implantés dans la région depuis la création de l’entité politique. Le second s’occupe des affaires coutumières et est issu des autochtones. Il donne une essence surnaturelle au pouvoir politique traditionnel. Le troisième chef fonctionnel est le haut commandant des forces armées royales. Il assure la défense du territoire du Riungu. Il incarne la force. Le système s’inscrit dans la durabilité grâce à cette complémentarité fonctionnelle. Les acteurs de la chefferie fonctionnelle habitent hors de la capitale royale, Wayugiya.

Le dernier axe représente la chefferie opérationnelle. Elle forme la cour royale avec une centaine de notables. Ils assurent la gestion quotidienne du pouvoir. Ils contribuent à donner de la visibilité au Rima. Ils sont les animateurs et occupent des espaces et des rôles précis allant de la sécurité à la gestion politique des affaires en passant par le protocole et les rituels sacrés. La majorité des notables qui assurent les missions opérationnelles vivent dans les quartiers de la capitale royale. En fonction des rôles de chaque catégorie de notables, les quartiers sont affectés. La géopolitique du pouvoir est visible à travers les noms et la situation géographique des quartiers. Les coins cardinaux en rapport avec le palais royal sont affectés aux catégories de chefs opérationnels.

Le système survit grâce à sa capacité de fusion, de rassemblement, de fédération, de distinction, de différenciation et de distanciation. Il sait cultiver, par la parenté, par l’alliance et par la force, la proximité et la distance, le respect et la fraternité, la noblesse et la soumission. Loin d’être un système dépassé, il peut bien inspirer la gouvernance politique moderne.

Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)

in la Cohésion 2023

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