31 janvier 2026
Home » EDUCATIONS ET CULTURES AFRICAINES :Place et rôle de la femme dans le pouvoir politique traditionnel

Pour rester dans le symbole de la tradition, il est question de la place et du rôle de la femme dans le pouvoir politique traditionnel en Afrique à travers le cas des Moosé. La femme occupe une place importante dans la mémoire collective des gens du pouvoir en Afrique. Le cas particulier des royaumes moosé est très édifiant. C’est grâce à la chevauchée de la princesse Yennenga que le royaume père de Zungran-tenga fut créé. Pugtoëga donna naissance au fondateur du royaume de Wubr-tenga. Pabré, sœur du fondateur du Yad-tenga, en fuyant avec les fétiches royaux permit à son frère Yadéga de fonder le royaume du Yad-tenga. Napaga Léegré, mère ou tante des princes de Wubr-tenga et de ceux de la future entité politique de Busma fut la première médiatrice à l’origine de la fondation du Riungu de Busma. La femme est alors au cœur du pouvoir politique traditionnel chez les Moosé.

Les noms des rois sont étroitement liés à ceux de leurs mères. Les tambourinaires rattachent chaque roi à sa mère pour le distinguer des autres rois. Il s’agit d’une reconnaissance de la place de la femme au sein du pouvoir politique moaaga, le naam. Cette place privilégiée confère à la femme un rôle important dans l’exercice du pouvoir, notamment dans sa partie occulte. Le symbole le plus fort dans le Riungu de Busma est illustrée par Naab-rollé, l’amante du roi. Elle désigne la colline qui parla au prince Kiêenga de passage pour se rendre à Busm Kugr-Zugu pour se faire introniser comme roi. Convaincu de la protection de son amante, il revint à Wayugiya pour fonder sa capitale en 1723, année du sacre de Busma comme royaume indépendant vis-à-vis de Wubr-tenga. Depuis lors, la capitale qui était itinérante, se sédentarisa à cet endroit jusqu’à nos jours.

Dans la gestion stratégique du pouvoir, « la première femme du Rima » ou Pog-kiêma joue un rôle essentiel en tant que chef doté d’importants pouvoir. Elle intronise des chefs qui sont sous sa responsabilité comme le Wem-naaba, le Watinoom-naaba, le Poé-naaba, le Yôg-naaba, etc. Elle introduit des étrangères auprès du Rima comme le Songên-kasênga le fait pour les étrangers. Elle est conseillère du roi en matière judiciaire. Elle joue également un rôle central dans l’éducation des filles de la cour royale. Elle joue également la médiatrice en cas de conflits entre les reines, épouses du roi. Il faut comprendre que la polygamie royale est symbolique. Les épouses des rois décédés vivent toujours dans la cour royale et sont considérées comme les épouses du roi qui règne. Il incarne la continuité et a la charge des épouses souvent de son grand-père et de son père. Il n’y a pas de veuves car le roi ne meure pas dans la tradition mooaga. « Celui qui rentre dans l’ombre » ne fait que passer le relais à celui qui s’installe au trône qui n’est jamais vide. Le vide est vite comblé par une tante qui assure l’interrègne. Le système est tellement bien pensé qu’il n’y a pas d’intérim au sens moderne du terme.

La coutume est au cœur du pouvoir et la tib-roogê paga, femme nommée chef, a pour mission de gérer les fétiches royaux. Elle officie certains rites qu’aucun homme ne peut faire. En tant que membre de la famille royale, celle-ci bénéficie de la confiance des gens du pouvoir. Elle dispose d’un grand pouvoir et sa fidélité protège la royauté d’une trahison. Elle incarne la pérennité des coutumes. Elle officie dans l’espace occulte et possède une forte influence sur les hauts fonctionnaires de la cour.

Sous le hangar royal et concernant les questions de médiation de paix, la Wem-naaba, ministre femme, participe au même titre que les ministres hommes aux concertations devant aboutir à une prise de décision en faveur de la paix.

Sans occuper des places visibles, ceux des grands jours, les femmes jouent un rôle indispensable pour le bon fonctionnement du pouvoir traditionnel, le naam. Pour l’œil étranger, la femme est marginalisée dans la gestion du pouvoir politique moaaga. Pour les gens du pouvoir, rien d’important ne peut se faire sans la contribution de la femme. Elle est l’alpha et l’oméga de la réalité du pouvoir traditionnel en Afrique. La prochaine réflexion portera sur la contribution de la femme à la paix dans les royaumes africains.

Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)

In la Cohésion 2023

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