6 février 2026
Home » Les Pygmées: Un peuple au cœur de la forêt

Un Pygmée désigne un individu appartenant à des populations spécifiques caractérisées par leur petite taille, inférieure à 1,50 m de haut. Il ne s’agit pas de nanisme au sens médical du terme. Le terme « Pygmée » englobe différents groupes ethniques disséminés le long de l’équateur dans de nombreux États de l’Afrique centrale actuelle. Les Pygmées partagent entre eux un mode de vie traditionnel. Allons donc à la découverte de ce peuple.

L’un des plus anciens peuples d’Afrique, les pygmées restent fidèles à leur mode de vie millénaire. Connu comme le peuple le plus petit de taille du monde et vivant dans les zones boisées d’Afrique centrale et occidentale, près de l’océan Atlantique, les Pygmées tentent de maintenir leur culture de la chasse en dépit des milliers d’années. Actuellement, on compte environ 100 mille pygmées. Une grande partie d’entre eux vivent dans des zones boisées du Cameroun proches de l’océan Atlantique. On retrouve également de petits groupes de pygmées au Rwanda, au Burundi, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, en Zambie, au Gabon et en Angola. Les Pygmées veulent perpétuer la culture de la chasse vieille de 5 000 ans. En effet, les forêts tropicales peuplées de pygmées s’épuisent rapidement en raison de la production de bois et de l’exploitation minière. Les pygmées, qui ne sont pas autorisés à vivre dans des forêts transformées en parc national, voient progressivement leur environnement de vie se réduire au fil du temps. Les efforts d’intégration mises en œuvre pour la sédentarisation des Pygmées ne rencontrent pas le succès escompté. Parfois renfermés en termes de communication avec les étrangers, ils mènent un mode de vie différent des peuples sédentaires du continent africain. Les Pygmées, dont certains vivent encore comme au moyen-âge, passent la plupart de leur temps à chasser dans les forêts et à récolter des fruits et autres produits de la forêt. Ils n’utilisent pas d’argent, échangent les produits de la chasse ou de la cueillette avec d’autres communautés en fonction de leurs besoins. Les Pygmées se déplacent fréquemment pour trouver des proies qu’ils tuent avec des lances et des flèches en bois et en pierre, et utilisent des machettes pour tuer des animaux tels que les singes, les antilopes, les gazelles et les éléphants dans le but de s’alimenter.

Origine

Les Pygmées et les Bantous auraient une origine commune ancienne de 70 000 ans selon l’étude de l’ADN mitochondrial ou 60 000 ans d’après une autre étude basée sur l’ADN nucléaire. Les différents groupes de pygmées africains se seraient eux-mêmes différenciés voilà environ 20 000 ans, peut-être à la suite de la fragmentation de leur habitat forestier lors du dernier maximum glaciaire qui a entraîné un assèchement du climat africain. La petite taille des Pygmées pourrait être due à une adaptation au milieu forestier, ou simplement à la dérive génétique consécutive à l’isolement de ces populations. Les Pygmées sont divisés en deux grands ensembles : un groupe des Pygmées de l’ouest et un groupe des Pygmées de l’est. Ces deux ensembles ont divergé il y a environ 20 000 ans

Mode de vie des pygmées

Peuple de nomades, les pygmées construisent les maisons qu’ils utilisent temporairement. Ils passent leurs journées à chasser et à récolter des fruits sauvages, se rassemblent autour des danses et du feu le soir, discutent, et écoutent les conseils des anciens de la famille. En termes de croyance, les Pygmées croient à la vie après la mort. Ils entretiennent généralement une croyance en l’animisme. Aussi, ils croient que tout dans la nature a une âme ainsi qu’une existence matérielle. Cependant, il est possible de rencontrer des musulmans et des chrétiens parmi les Pygmées qui sont entrés en contact avec la vie sédentaire au cours des dernières années.

Population et répartition

En 2015, le nombre de pygmées vivant actuellement en Afrique centrale a été estimé à plus de 120 000 individus. Les pygmées pratiquent traditionnellement une forme de nomadisme. Ceux-ci se déplacent entre des campements temporaires installés pour une période de chasse, de la cueillette chaque campement accueillera une famille élargie. Ces campements sont constitués d’un ensemble de mongulus, des huttes construites en. Dans toutes les ethnies, l’unité sociale de base est le campement, il est généralement composé de 30 à 70 individus qui vivent dans une dizaine de huttes. Les individus sont généralement étroitement apparentés ou liés par des mariages. La composition des groupes change régulièrement et ils entretiennent de fortes relations entre groupe voisins. La société pygmée, basée sur le retour immédiat, est l’une des plus égalitaires qui existe. Il n’y a pas de hiérarchie au sein des campements, même pour les activités de groupe. Les Pygmées pratiquent la chasse à l’arc ou à l’arbalète, à la sagaie et au filet. Ils pêchent grâce à des retenues temporaires qui leur permettent de capturer le poisson, ou à l’aide de nasses de vannerie. Le produit de la chasse est systématiquement partagé entre les chasseurs pour leurs familles, les fruits de la récolte eux ne sont distribuées qu’en cas de surplus. Les animaux les plus consommés sont les rongeurs (porc-épic et rats de Gambie) l’hylochère et les céphalophes. La cuisine pratiquée par les hommes pendant les expéditions de chasse est plus rapide, les viandes sont grillées. Une pharmacopée traditionnelle à base de plantes leur est utile pour soigner les blessures et maladies propres à la vie en forêt. Bien que considérés comme chasseurs cueilleurs, les peuples de la forêt gèrent la forêt, et en particulier la ressource en igname : il est d’usage pour eux de replanter un fragment d’igname dans un trou comblé avec de l’humus, après l’avoir récolté dans la forêt. Ceci enrichit nettement la forêt en ressources, les anciens campements abandonnés depuis plus de 10 ans, sont de 6 à 30 fois plus riches en ignames que le reste de la forêt et les ignames y sont moins piquants.

Culture des pygmées

Les Pygmées chantent pour rythmer leurs activités quotidiennes, avant la chasse, pour bercer les enfants… Chaque situation a son chant propre. Ces chants sont polyphoniques. Ils ne sont jamais chantés plusieurs fois de la même façon, mais subissent des variations. Ils possèdent leur propre gamme d’instruments, dont un instrument ressemblant à un peigne à vibrations que l’on retrouve sous des noms variés, dans diverses régions d’Afrique. La pratique ritualisée de la musique, héritée des traditions anciennes, est aujourd’hui un des derniers moyens de conservation de l’identité et de la culture pygmée. Les langues parlées par les groupes Baka et Aka sont plus proches des langues des populations qui les entourent qu’elles ne le sont entre elles. Dans le mode de vie nomade des Pygmées les relations avec leurs voisins étaient peu fréquentes, basées sur le troc. Les familles pygmées sont assujetties à un « patron » bantou qui gère le troc : contre du gibier ou du travail, il fournit des pointes de flèches et de la nourriture pendant la saison sèche, période à laquelle la chasse est difficile. La relation se faisait donc à l’initiative des Pygmées. Ainsi, durant une très longue période, sans doute de plusieurs siècles, les relations entre les Pygmées et leurs voisins ont pris la forme d’un rapport d’association reposant sur une réciprocité équilibrée de services : troc de produits de la métallurgie et de l’agriculture contre produits forestiers sauvages, et actions rituelles sur les puissances surnaturelles du milieu forestier. Mais ces échanges comportaient néanmoins, au détriment des Pygmées, un ferment inégalitaire constitué par la supériorité technologique de leurs partenaires, en particulier la maîtrise de la métallurgie. À ce facteur s’ajoute le poids d’une idéologie de la domination développée par ces derniers, qui considèrent les Pygmées, même s’ils les craignent, comme des êtres inférieurs.

Les défis auxquels font face les Pygmées aujourd’hui

Les Pygmées ont dû faire face à de nombreuses difficultés, incluant la perte de leur habitat naturel (en forêt) en raison de l’exploitation minière, de la déforestation et des activités industrielles qui se sont développées. En proie à la discrimination et à la pauvreté, ils ont un accès limité à l’éducation, aux soins de santé et aux opportunités économiques. De même pour leur participation politique, quasi inexistante du fait de la non-reconnaissance des Pygmées en tant que citoyens à part entière dans certains pays. Bien heureusement, certaines organisations de défense des droits de l’Homme travaillent en étroite collaboration avec les communautés pygmées pour promouvoir leurs droits et sensibiliser à leurs problèmes. Les Pygmées sont soumis au racisme dans tous les Etats d’Afrique centrale, les stéréotypes associant globalement à leurs coutumes et pratiques un caractère primitif, et, corollairement, tout comportement considéré comme primitif est attendu des Pygmées. Le terme « Pygmée » est extrêmement péjoratif en Afrique centrale, alors qu’il ne l’est pas du tout dans le monde occidental ou dans d’autres pays d’Afrique. De fait les Pygmées expriment leur politesse en regardant leurs interlocuteurs de biais en baissant les yeux. Le droit de vote ne leur a été reconnu qu’en 2006 en République Centrafricaine. Bien que les États reconnaissent théoriquement la citoyenneté des Pygmées sur leur sol, l’exemple du Cameroun et du Gabon montre qu’il ne s’agit que d’une étape : pour faire valoir leurs droits, civiques, sociaux et juridiques, les Pygmées doivent (comme les autres citoyens) posséder des cartes d’identité. Les associations tentent donc de les convaincre d’entreprendre de telles démarches, puis d’obtenir auprès de l’administration les papiers. Ceux-ci peuvent être difficiles à obtenir pour des raisons techniques (date ou lieu de naissance inconnus) ou à cause de réticences de l’administration. Aucun des pays africains concernés n’est signataire de la Convention numero 169 de l’Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux. Si ces États venaient à ratifier ce texte, ils s’engageraient alors à reconnaître comme autochtone le peuple pygmée. L’alcoolisme, ainsi que la consommation de drogue comme le cannabis sont des problèmes de santé publique majeurs chez les Pygmées, comme chez d’autres peuples autochtones, en particulier pour ceux vivant à proximité de lieux d’approvisionnement connus. Par ailleurs, comme on l’a déjà noté, les Pygmées n’ont en général qu’un accès très médiocre aux services de santé, pour au moins trois raisons : l’éloignement géographique des centres de soins, la pauvreté, qui les empêche d’accéder aux produits d’hygiène et de santé, et enfin une méconnaissance, voire une méfiance vis-à-vis de la médecine moderne. Cette population est plus vulnérable aux maladies parasitaires, aux infections sexuellement transmissibles et à la tuberculose. Le taux de malnutrition est plus élevé chez les Pygmées.

Awa Cécile BANGARE (in la Cohésion 2023)

Sources : Wikipedia; FAO; Anadolu Ajansi

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