25 juin 2026
Home » Libre opinion: la Révolution,plus qu’un combat de passion, un exercice de raison

La Révolution, plus qu’un combat de passion, un exercice de raison

« Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion », disait le philosophe phénoménologue Hegel. Et il avait raison. Pour réaliser de grandes oeuvres, il faut avoir une passion et souvent même une passion aveugle. La passion, c’est cet attachement excessif à un choix existentiel, c’est cette volonté de réaliser de grandes oeuvres avec peu de moyens. Et je suis un passionné. Sans vouloir me vanter, je puis dire que c’est la passion qui m’a permis d’être un écrivain et de m’imposer comme un écrivain professionnel, aujourd’hui auteur de treize livres vendus à plus de soixante mille exemplaires, et loin d’être un pauvre comme un Bissa de Zabré. Sinon, quelle folie!! Quitter la fonction publique à 29 ans pour écrire dans un pays où l’on me disait que la littérature ne nourrit pas son homme. D’ailleurs, qui a déjà eu cette fougue qui l’a poussé à accomplir cette fugue dans ce pays? La passion, je la connais. Il faut souvent l’avoir pour vaincre quand personne- même votre père et votre mère -ne croit en vous.

Mais, que l’on se dise la vérité. Ils sont nombreux ceux qui ont été détruits par cette passion. Ils sont nombreux ceux qui se sont jetés dans des eaux incertaines de l’océan et qui n’ont jamais pu atteindre l’autre rive. C’est pour dire que la passion ne devrait point annihiler la raison. Les passions qui élèvent sont celles-là qui tirent leurs puissances de fondements rationnels. Apprenez à accepter qu’on ne vous aime pas. Si la passion vous rend complètement aveugle en amour, vous allez souffrir sans avoir de bons résultats. Ils sont nombreux qui ont aimé des femmes qu’ils ne devraient jamais aimer. La Révolution est une oeuvre de passion. Thomas SANKARA le disait: « La Révolution a besoin d’hommes convaincus et non pas d’hommes vaincus ». Cela veut dire qu’un homme qui n’est pas passionné pour une cause ne peut pas être un révolutionnaire. Au début de la prise du pouvoir par le Capitaine Ibrahim TRAORÉ, quelle opposition n’avons-nous nous pas vue ? Ils étaient combien qui croyaient en ce jeune Président? Un ami qui travaille à l’étranger m’a dit ceci en mai 2023: » Le Capitaine Ibrahim TRAORÉ est un homme très courageux. Sa chance aussi est qu’il ne connait pas assez comment fonctionne le système dans les institutions internationales. Moi, à sa place, je n’aurais pas son courage parce que je vais me dire que je vais échouer. »

Oui, la passion est cette fougue qui brise les digues, soulève les montagnes et transforme le destin en existence. Mais, au coeur de la passion devraient s’ériger des lignes de la raison.Pour que la passion transforme la nature, le réel, elle doit se fonder sur le travail, sur la transformation, sur le sacrifice. C’est pour cela que je reste convaincu qu’il est bien d’être passionné, il est bien de soutenir la Révolution avec la force des arguments, avec rage et conviction, mais dans le temps, il serait mieux de soutenir la Révolution avec science, méthode et logique car il n’y a que cela qui célèbre la Révolution. Toute volonté qui ne se repose pas sur un schéma scientifique et méthodique montrera ses limites dans le temps. La Révolution n’est pas une oeuvre individuelle. Elle n’est pas la victoire du plus tenace. La Révolution est une oeuvre collective. Elle est la victoire d’un groupe, d’un d’ensemble. C’est partant de cela que j’ai toujours dit que les communicants de la RPP ne devraient pas se combattre..Ils devraient aussi éviter les hors jeux et les autogoals. La RPP a ses soutiens de circonstances et ses soutiens affichés. Tout alignement avec des soutiens de circonstance pour combattre des soutiens affichés est illogique et insensé. Le pire ennemi d’un leader, c’est le désordre. Et celui qui aime le désordre ne peut pas conduire les hommes au sommet. Il se fatigue vite.

Plus qu’un combat de passion, la Révolution est un exercice de raison, très difficile, qui pourrait vous épuiser vite si vous n’allez pas à la recherche des bonnes équations. C’est pour cela que je pense que nous devons mettre l’accent sur la communication, la formation et l’éducation. Je ne crois pas trop au développement sans science, sans méthode et sans technologie. Et ce qui nous manque aujourd’hui, ce n’est pas la religion, ce n’est pas la métaphysique, ce ne sont les traditions, ce qui nous manque, c’est la science et la technologie, c’est le savoir. J’ai été surpris de savoir que 53% des habitants de Pékin en Chine détiennent un diplôme universitaire. On aura beau répéter que l’école est inutile, que le diplôme ne sert à rien, et je partage souvent cette pensée. Mais, il est difficile de me convaincre que la connaissance ne sert à rien, que la science n’est pas le moteur du développement.

Plus le temps passe, plus le combat révolutionnaire se complexifie et plus l’ignorance montre ses limites dans certains discours aussi volontaristes qu’ils soient. La Révolution est un exercice complexe qui nécessite un savoir multidimensionnel et un révolutionnaire, aussi convaincu soit-il, qui refuse de s’inscrire dans les règles de cet exercice verra ses limites avec le temps. Il sera fatigué de répéter les mêmes choses pour convaincre. La dynamique du savoir et la complexité des sciences imposent un travail gigantesque aux révolutionnaires s’ils veulent que la Révolution rentre dans l’histoire et demeure dans le temps. Ce travail, difficile et complexe soit-il, nous devons l’assumer. C’est le chemin des Révolutions qui transforment les hommes et les Nations.

Adama Amadé SIGUIRE
Écrivain Professionnel
Consultant/ Expert en diplomatie, médiation et gouvernance éthique
Enseignant de philosophie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!