Assassin-at de Valentin Kinda bouleversait la Côte d’Ivoire
ABIDJAN — Ce fut un lundi de Pâques tragique. Le 8 avril 1985, à 20h45, le fondateur des Établissements Valentin, figure emblématique de la restauration ivoirienne, tombait sous les balles d’un inconnu, en plein cœur de Marcory. Quarante et un ans après, le mystère demeure.
Un empire bâti à la force des bras
Né en 1938 au Burkina Faso, Valentin Kinda quitte son pays natal à l’âge de 17 ans pour rejoindre Abidjan, alors en pleine expansion. Employé comme plongeur au domicile du directeur de la « Brasserie de France », il gravit les échelons durant quinze années de labeur — blanchisseur, puis aide-cuisinier — avant de fonder, en 1970, une petite entreprise de restauration. Quinze ans plus tard, les Établissements Valentin sont devenus un véritable empire. Sous sa direction, le groupe gérait plusieurs enseignes : l’hôtel-bar-restaurant Hibiscus à Marcory, le restaurant Chez Valentin sur l’avenue 16, et le snack La Bonne Cuisine à Treichville. À cela s’ajoutaient des services de restauration dans de grandes structures comme la SIR, SHELL, la BAD, POSTEL 2001, ainsi que dans plusieurs établissements techniques à Bassam et Yamoussoukro. Au total, près d’un demi-million de repas étaient servis chaque année.
Un meurtre en pleine lumière
Le soir du drame, un homme entre dans le bar de l’hôtel Hibiscus. Il demande expressément à parler à Valentin Kinda ou à son bras droit, Macaire Ouédraogo. Après un bref échange, Kinda accepte de le rencontrer. Quelques minutes plus tard, alors qu’il raccompagne l’inconnu vers la sortie, celui-ci sort un pistolet calibre .38 et ouvre le feu à bout portant. Trois balles atteignent Kinda au cœur. Il s’effondre. Le tueur s’échappe aussitôt à bord d’une Toyota Cressida, conduite par des complices.
Une piste politique brûlante
Les autorités excluent rapidement l’hypothèse d’un simple braquage. Selon la presse locale, les circonstances laissent penser à un assassinat commandité. La tension monte lorsque le nom de Macaire Ouédraogo refait surface. Ancien candidat à la présidence de la Haute-Volta (l’actuel Burkina Faso) en 1978 et opposant notoire au régime en place, Ouédraogo aurait pu être la véritable cible. Pour les enquêteurs ivoiriens, la piste d’une implication étrangère — et en particulier burkinabè — devient une hypothèse sérieuse.
Furieux, le gouvernement burkinabè exige des preuves et somme la Côte d’Ivoire de cesser les accusations jugées « gratuites ». En retour, Abidjan rétorque n’avoir « de leçons à recevoir de personne ». Quelques jours plus tard, Ouagadougou rappelle son ambassadeur. La tension diplomatique est à son comble.
L’héritage d’un pionnier.
Quatre décennies se sont écoulées, et l’enquête n’a jamais abouti. Mais dans la mémoire collective ivoirienne, Valentin Kinda demeure le symbole d’une réussite arrachée à la sueur et au courage. Il a prouvé qu’un immigré pouvait bâtir un empire culinaire, avec pour seule arme son ardeur au travail.
Source :Houphouetology
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