31 janvier 2026
Home » Tribune du Dr Harouna KABORE: VIE DE CHEF D’ENTREPRISE ET LE GOÛT DU RISQUE (2ème partie) 

Dr Harouna Kaboré

La tribune de ce jour constitue la 2eme partie de ce thème abordé la semaine écoulée. Créer une entreprise c’est prendre un risque. C’est faire le choix de l’aventure en osant ce que d’autres n’osent pas par peur de l’échec.  « Tout le monde savait que c’était impossible à faire. Puis un jour quelqu’un est arrivé qui ne le savait pas, et il l’a fait » Marcel PAGNOL La peur de l’échec peut être bloquante. Elle vous impose des limites souvent qui n’existe que dans votre imaginaire. Cela peut vous empêcher de prendre les risques nécessaires pour créer ou développer votre entreprise. Mais si vous voulez réussir, vous devez être prêt à rencontrer des difficultés et connaître souvent des échecs. Cela fait partie de l’apprentissage.

Créer son job ou une entreprise sont deux choses différentes, même si en créant une entreprise, on crée son job. Il y’a lieu de faire la distinction car le travail diffère de l’aventure, des ascenseurs émotionnels et davantage, du niveau de stress. Il appartient au jeune promoteur d’entreprise ou chef d’entreprise d’évaluer ce qu’il est prêt à sacrifier ou à risquer afin de le mettre dans la balance pour aller là où il souhaite se rendre. Dans la vie de l’entreprise, des facteurs aggravants tels que les dettes, la vie personnelle ou familiale, le stress, peuvent survenir. C’est pourquoi il est important de faire preuve de résilience face à ces contraintes. Et la meilleure façon d’y faire face, c’est d’être en capacité de les voir arriver, car il faut pouvoir anticiper le pire. L’excès de confiance, le fait d’imaginer avoir tout prévu, voici une attitude à proscrire, car elle pourrait nous faire baisser la garde. Il est important de rester vigilant, car les crises ne sont pas forcément ponctuelles. Elles peuvent se manifester au travers de changements plus profonds qui exigent une adaptation. Des exemples comme les défis sécuritaires dans le Sahel et leurs corolaires, la guerre russo-ukrainienne et ses effets, le Covid 19 dont les conséquences perdurent, sont autant de situations qui ont mis et mettent encore à l’épreuve, tous les chefs d’entreprises. Dans le cockpit, chaque « pilote » d’entreprise doit savoir prendre  les décisions et les risques qu’il faut, afin de ne pas « s’écraser »

Mes expériences professionnelles de prises de risques 

J’avais un associé pour ma première entreprise créée en janvier 2009 et qui était salarié dans une structure d’appui au secteur privé de notre pays. J’ai emprunté de l’argent auprès d’institutions financières avec comme garantie, le titre de propriété d’une maison appartenant à la famille de mon associé. Il m’a fait confiance mais j’ai eu beaucoup de mal à rembourser cet emprunt dans les délais requis, avec ce que cela impliquait comme risque de voir saisir la maison par la banque. La pression et le stress étaient mes compagnons de nuit et de jour, mais les efforts ont fini par payer et le pire ne s’est pas produit. 

En quittant le gouvernement avec le remaniement ministériel du 13 décembre 2021, j’ai pris le risque d’adresser, le 22 décembre 2021, un courrier au secrétaire général du gouvernement, avec ampliation aux ministres en charge des finances et de la fonction publique, pour demander l’arrêt du paiement des six (6) mois de salaire auxquels je pouvais prétendre en tant qu’ancien ministre, me coupant ainsi d’un revenu utile ( mon salaire en tant que ministre était de 953.000 Fcfa net/mois. Il était conforme au fameux décret de 2008). Le mois suivant soit janvier 2022, j’ai constaté que mon salaire a été viré dans mon compte et j’ai pris à nouveau les dispositions pour le retourner au Trésor. Et le processus de paie de ce salaire fut définitivement interrompu. Ce faisant, j’ai pris le risque de me contenter d’une nouvelle source de revenus. Sauf qu’elle n’existait pas encore et il fallait le créer à nouveau dans le privé . L’une des raisons de ce choix était de « couper les ponts » avec le salariat (cette zone de confort) et retourner tout de suite dans le monde du business qui fait partie intégrante de ma vie. J’avais expliqué à SEM Roch KABORÉ, Président du Faso d’alors, que je retournais définitivement dans le secteur privé d’où j’étais venu après avoir eu l’occasion de servir la nation à ses côtés dans le publique. Je ne souhaitais donc plus avoir des attaches fonctionnelles avec l’administration publique dans laquelle j’ai beaucoup appris. Mais d’où vient ce goût du risque ?   

Comment ai-je forgé mon goût du risque ?

Je crois que parmi les explications possibles, mon parcours militant au sein du mouvement (syndical) scolaire et estudiantin, fait d’adversités et d’acquis, m’ont donné ce goût du risque. Et ma soif de contribuer à l’essor économique de notre pays, m’a fourni la sève et les ailes pour prendre ces risques. J’ai également été influencé, sans doute, par la vie de mon père qui a fait le choix de l’immigration en Côte d’Ivoire (avant 1960, année des indépendances) et y a fondé « son entreprise » agricole en devenant un planteur dans le secteur du café et du cacao. Je suis le fils d’un chef d’entreprise agricole et il y’a sûrement de la transmission de « gènes d’entrepreneur ». J’aime l’entrepreneuriat et cela m’a aidé à ne jamais avoir peur d’y replonger après d’autres expériences. Mais pas que ! Cela me conduisait à prendre le risque de lancer des réformes économiques, d’appliquer la loi , de ne  pas me soucier de mon avenir professionnel après la fonction de ministre. Pour moi la fonction de ministre n’était pas une fin en soi mais un moyen pour atteindre des objectifs de développement de notre pays, une opportunité pour impacter la société . J’ai toujours intégré qu’il y’avait une vie après ! 

 

En conclusion, avoir le goût du risque, c’est au-delà du fait d’accepter de ne pas choisir ou de quitter le relatif confort du salariat, afin d’entreprendre. Car c’est par le risque qu’on devient créatif, c’est lorsqu’on sort de sa zone de confort que l’on donne le meilleur de soi-même. La capacité à prendre des risques permet à un entrepreneur d’affirmer son statut et d’accroître son aura de dirigeant. Il fédère les forces de son entreprise autour de lui en prenant des décisions importantes pour l’avenir de celle-ci. Aujourd’hui, nous prenons volontairement des risques pour « puiser du sens, rehausser le goût de la vie », analyse l’anthropologue et sociologue David Le BRETON, auteur de Sociologie du risque. Prenez des risques en vous engageant dans des aventures entrepreneuriales, car la fortune sourit aux audacieux  et les victoires viendront  couronner vos « sauts dans le vide ». Cependant soyez réaliste quant aux risques. N’essayez pas de minimiser les risques liés au démarrage d’une entreprise. Reconnaissez les, mais ne vous y attardez pas. Concentrez vous sur les avantages que vous procurera la réussite de votre projet. L’avenir est plein d’incertitudes mais « Il faut oser inventer l’avenir » a dit Feu le président Capitaine Thomas Sankara . À mardi prochain pour un nouveau thème ! Excellente suite de semaine à toutes et à tous ! 

Dr Harouna Kaboré, chef d’Entreprises

Ancien ministre en charge du commerce du Burkina Faso

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