23 mars 2026
Home » Mah Bintou Coulibaly, Directrice Générale de Wave Mali : « L’innovation n’a de valeur que lorsqu’elle répond à des besoins concrets »

À la tête de Wave Mali, Mah Bintou Coulibaly est un bel exemple de cette nouvelle génération de leaders africaines. Elle allie à merveille la rigueur, une connexion profonde avec la réalité du terrain et un engagement sans faille pour que chacun puisse accéder aux services financiers. Après une décennie riche en expérience chez HSBC Bank USA à Washington, elle met aujourd’hui cette exigence au service d’un objectif limpide : rendre les services financiers plus simples, plus abordables et vraiment utiles au quotidien pour les Maliens. Dans cet entretien, elle partage avec nous son parcours inspirant, sa vision pour l’avenir du mobile money au Mali, et les grandes orientations de Wave dans un secteur qui ne cesse de se transformer.

En tant que Directrice générale de Wave Mali, que représente cette responsabilité pour vous, et quelles sont vos priorités immédiates ?

C’est avant tout une responsabilité que j’aborde avec beaucoup d’humilité. Le mobile money est devenu un service essentiel pour des millions de Maliens, et diriger Wave Mali signifie être à la hauteur de cette confiance au quotidien.

Ma priorité est d’abord d’être à l’écoute du terrain : comprendre les attentes de nos utilisateurs, celles de notre réseau d’agents, mais aussi celles des autorités et de l’ensemble de l’écosystème financier. Dans un pays comme le Mali, où le téléphone constitue souvent le premier point d’accès aux services financiers, chaque amélioration que nous apportons peut avoir un impact très concret sur la vie quotidienne. Notre objectif est donc clair : continuer à offrir un service fiable, simple et accessible, tout en consolidant un dialogue constructif avec tous les acteurs du développement de l’économie numérique du pays.Votre trajectoire vous a menée des États-Unis au Mali, puis à la tête de Wave Mali. Quel fil conducteur relie toutes ces étapes ?

Le fil conducteur de mon parcours, c’est sans doute la recherche d’impact. Mon expérience aux États-Unis m’a permis d’évoluer dans des systèmes financiers très structurés, où la gestion du risque, la conformité et la protection du client sont des exigences permanentes. Cette école de rigueur a été extrêmement formatrice.

Mais en revenant travailler en Afrique de l’Ouest, j’ai aussi compris à quel point l’innovation financière pouvait avoir un impact encore plus direct sur la vie des gens. Au Mali, on voit concrètement comment une solution simple peut fluidifier les échanges, faciliter le quotidien et soutenir l’activité économique. Pouvoir contribuer à cette transformation donne beaucoup de sens à mon travail.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre Wave, et qu’est-ce qui vous motive au quotidien dans cette mission ?

Ce qui m’a convaincue de rejoindre Wave, c’est la clarté de sa mission : rendre les services financiers accessibles au plus grand nombre. Dans beaucoup de contextes, envoyer de l’argent, payer un service ou simplement effectuer une transaction peut encore être compliqué, coûteux, voire décourageant. Wave a montré qu’il était possible de repenser ce modèle pour le rendre beaucoup plus simple et beaucoup plus abordable. Ce qui me motive au quotidien, ce sont les usages très concrets. Derrière chaque transaction, il y a une réalité humaine : une commerçante qui encaisse ses ventes plus facilement, un parent qui soutient un proche à distance, un agent qui développe une activité qui fait vivre tout un foyer. C’est cette utilité immédiate et tangible qui donne tout son sens à notre mission.

En quoi votre expérience en banque vous aide-t-elle aujourd’hui à diriger une fintech au Mali ?

On oppose souvent banque et fintech, alors qu’en réalité les deux approches sont profondément complémentaires. Mon parcours dans le secteur bancaire m’a donné une solide culture du risque, de la conformité et de la protection du client. Dans les services financiers, la confiance est fondamentale. Elle ne se décrète pas, elle se construit avec méthode, avec rigueur et avec constance.

Les fintechs, de leur côté, apportent l’agilité, la capacité d’innovation et une plus grande proximité avec les usages quotidiens. Mon rôle consiste justement à faire le lien entre ces deux mondes : garder l’exigence indispensable au secteur financier, tout en favorisant l’innovation qui simplifie réellement la vie des utilisateurs.

Wave opère dans un secteur fortement encadré. Comment travaillez-vous avec les autorités et les institutions financières ?

Le développement du mobile money repose nécessairement sur une coopération étroite entre les opérateurs du secteur, les institutions financières et les autorités de régulation. Chez Wave, notre approche est fondée sur le dialogue, la transparence et le sens des responsabilités. Le mobile money évolue rapidement, et il est essentiel que cette évolution se fasse dans un cadre clair, responsable et durable.

Nous partageons avec les autorités un objectif commun : favoriser l’inclusion financière, sécuriser les transactions et accompagner la modernisation des moyens de paiement. Dans un pays comme le Mali, où l’économie numérique continue de se structurer, cette collaboration est indispensable Dans un secteur aussi stratégique que les services financiers, les attentes sont naturellement élevées, et c’est une réalité que nous comprenons parfaitement. Notre responsabilité, en tant qu’acteur du mobile money, est d’écouter, de dialoguer et de faire évoluer nos pratiques lorsque cela est nécessaire. C’est ainsi que l’écosystème se renforce durablement.

Wave est souvent associée à des tarifs plus accessibles. Quelle est votre philosophie ?

Notre conviction est simple : l’accès aux services financiers ne devrait pas dépendre du niveau de revenu. Pendant longtemps, les frais de transaction ont constitué une barrière réelle pour de nombreux utilisateurs. L’ambition de Wave est précisément de réduire ces obstacles afin que chacun puisse envoyer, recevoir ou payer de l’argent de manière simple et abordable. Mais l’accessibilité ne doit jamais se faire au détriment de la qualité. Cela suppose d’investir dans la technologie, dans l’expérience utilisateur, dans la fiabilité du service et dans la formation de notre réseau d’agents. Notre objectif est de construire un service à la fois accessible, solide et durable.

Comment Wave aborde-t-elle la protection de ses utilisateurs et la sécurité des transactions ?

La sécurité et la protection des utilisateurs sont au cœur de notre approche. Les services financiers numériques ne peuvent se développer durablement que si les utilisateurs ont confiance dans la sécurité de leurs transactions. C’est pourquoi nous investissons en permanence dans la détection des fraudes, dans le renforcement de nos systèmes de sécurité et dans la sensibilisation de nos utilisateurs. L’outil technologique est indispensable, mais il ne suffit pas à lui seul : la pédagogie et l’accompagnement sont tout aussi importants, notamment dans un environnement où les tentatives d’arnaque évoluent elles aussi rapidement. Nous travaillons également avec les autorités et les autres acteurs du secteur pour renforcer collectivement les mécanismes de protection des consommateurs. La confiance reste le socle du développement du mobile money.

Concrètement, comment Wave transforme-t-elle les habitudes de paiement au Mali ?

Nous observons une évolution progressive, mais réelle, des habitudes de paiement. De plus en plus de transactions, auparavant effectuées uniquement en espèces, passent aujourd’hui par le téléphone : envoyer de l’argent, payer un commerçant, régler un service ou soutenir un proche à distance.

Mais au-delà des paiements, nous voyons aussi évoluer le rapport à l’argent lui-même. Avec la fonctionnalité Coffre disponible dans l’application Wave, certains utilisateurs commencent par exemple à mettre de côté de petites sommes régulièrement. Ce sont des usages simples, mais qui contribuent progressivement au développement de nouvelles habitudes financières. Dans un contexte comme celui du Mali, où les besoins de simplicité, de sécurité et d’accessibilité sont très concrets, ces outils peuvent avoir un effet transformateur très réel.

Au-delà des paiements, quel rôle Wave peut-elle jouer dans le développement économique local ?

Le mobile money est bien plus qu’un simple outil de paiement. Il soutient directement l’activité économique à plusieurs niveaux. Notre réseau d’agents, par exemple, représente une véritable dynamique entrepreneuriale locale dans de nombreuses villes et villages. Les commerçants, eux aussi, peuvent bénéficier davantage de la digitalisation des paiements : accepter un paiement numérique, c’est gagner en sécurité, en fluidité et en traçabilité. Plus largement, le mobile money contribue à fluidifier les échanges économiques et à renforcer progressivement l’inclusion financière.Plus largement, la digitalisation des paiements contribue à fluidifier les échanges économiques et à renforcer progressivement l’inclusion financière.

Quelles sont les prochaines innovations pour les utilisateurs maliens ?

Le mobile money continue d’évoluer rapidement et notre ambition est d’élargir progressivement les services disponibles pour les utilisateurs. Nous travaillons notamment au développement des paiements marchands afin de permettre à davantage de commerçants d’accepter les paiements via Wave. Nous continuons également d’enrichir les fonctionnalités de l’application afin de répondre aux besoins du quotidien. L’objectif reste le même : simplifier l’accès aux services financiers tout en offrant davantage de possibilités aux utilisateurs.

Comment voyez-vous l’évolution du mobile money au Mali et dans la sous-région ?

Nous sommes encore au début de cette transformation. Dans les prochaines années, plusieurs évolutions importantes vont structurer le secteur : le développement de l’interopérabilité entre les services, l’essor des paiements marchands et la digitalisation progressive de nombreux services. Le mobile money va continuer à jouer un rôle central dans la modernisation des systèmes de paiement en Afrique de l’Ouest. Le Mali a toute sa place dans cette dynamique, avec des usages qui progressent, des besoins réels sur le terrain et un potentiel important en matière d’innovation financière.

Et aux jeunes femmes qui veulent diriger dans la tech et la finance : quel conseil donneriez-vous ?

Je leur dirais d’abord de ne jamais douter de leur légitimité. La tech et la finance ont besoin de leurs compétences, de leur rigueur et de leurs idées. N’attendez pas de vous sentir « parfaitement prêtes » : on se construit en relevant des défis, pas en attendant le moment idéal. Restez curieuses, formez-vous sans relâche, entourez-vous de personnes exigeantes et bienveillantes, et osez-vous exprimer. Votre place ne se demande pas : elle se gagne, avec constance, travail et confiance. Le leadership se forge en avançant.

 

Source : Malijet

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