12 mars 2026
Home » Retour sur le passé – côte d’Ivoire -Burkina : l’attentat manqué de Yamoussoukro contre Thomas Sankara,le jour où tout à basculé

L’ATTENTAT MANQUÉ DE YAMOUSSOUKRO (1985) : LE JOUR OÙ TOUT A BASCULÉ

Février 1985. La ville de Yamoussoukro, capitale politique de la Côte d’Ivoire, s’apprête à accueillir le sixième sommet du Conseil de l’Entente (une organisation de coopération régionale regroupant le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger et le Togo).
Le climat est électrique. Entre le doyen Félix Houphouët-Boigny et le jeune révolutionnaire Thomas Sankara, la méfiance a remplacé la diplomatie. C’est dans ce contexte de « guerre froide » ouest-africaine qu’un événement va mettre le feu aux poudres.

L’explosion au cœur du palais
Quelques heures seulement avant l’arrivée de la délégation burkinabè, une violente explosion ravage une suite de l’Hôtel Président de Yamoussoukro. Les dégâts sont impressionnants. Or, cette suite était précisément celle réservée à Thomas Sankara et à sa garde rapprochée.
La nouvelle fait l’effet d’une bombe, au sens propre comme au figuré. Pour Sankara, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une tentative d’assassinat orchestrée pour l’éliminer physiquement.

Les zones d’ombre de l’enquête
L’enquête officielle piétine et les versions s’affrontent :
– La version ivoirienne : Les autorités d’Abidjan évoquent un « incident technique » ou une manipulation visant à discréditer le régime d’Houphouët-Boigny. Elles s’indignent des accusations de Sankara, les qualifiant d’injurieuses pour l’hospitalité ivoirienne.
– La version burkinabè : Pour Ouagadougou, c’est un attentat manqué des services de renseignement, possiblement avec une complicité étrangère. Sankara, fidèle à son tempérament, ne mâche pas ses mots : il dénonce un complot des « forces impérialistes » et de leurs « valets locaux ».

Le duel diplomatique au sommet
Malgré l’explosion, Thomas Sankara décide de maintenir sa venue. À son arrivée à l’aéroport, l’ambiance est glaciale. On raconte que lors de la séance d’ouverture, le capitaine burkinabè aurait affiché un calme olympien, tandis qu’Houphouët-Boigny, d’ordinaire si serein, laissait transparaître une vive irritation.
Sankara ira jusqu’à demander une enquête internationale, demande qui restera lettre morte. Cet incident marquera le point de non-retour : la rupture psychologique est consommée. À partir de ce jour, Sankara est convaincu que sa vie est menacée chaque fois qu’il franchit la frontière ivoirienne.

L’héritage d’une tension
Cet attentat manqué a durablement empoisonné les relations entre les deux pays. Il a renforcé la paranoïa (justifiée ou non) au sein du Conseil National de la Révolution (C.N.R.) au Burkina Faso et a poussé la Côte d’Ivoire à se rapprocher davantage de Blaise Compaoré, le numéro deux du régime burkinabè, perçu comme plus « fréquentable » que l’imprévisible Sankara.

LE SAVIEZ-VOUS ?
Le Conseil de l’Entente (C.E.), créé en 1959, est la plus ancienne organisation de sous-région en Afrique de l’Ouest. Ce sommet de 1985 devait montrer l’unité de la région, mais il n’a fait qu’exposer ses fractures béantes.

Pensez-vous que cet incident a été le véritable déclencheur du complot qui a mené au 15 octobre 1987 ?

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