4 mars 2026
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Armée burkinabè
La galère des Généraux de Blaise Compaoré


Les déboires des généraux de l’armée burkinabè n’ont pas pris fin avec ceux de la première génération dont nous avons fait cas au précèdent numéro (cf. Mutations N0 118 du 1er au 14 février 2017). La mauvaise gestion au sein de l’armée vont rattraper certains tandis que d’autres vont faire les frais des turbulences socio-politique qui ont secoué le pays.
Les crises militaires et politiques des dernières années ont emporté nombre de généraux burkinabè. Pour chaque secousse, le régime de Blaise Compaoré a dû faire sacrifier un haut gradé pour sauver sa barque. A partir de la crise née de l’assassinat du journaliste Norbet Zongo le 13 décembre 1998, on verra des généraux se relayer à la potence du régime. Le général Ibrahim Traoré est le premier sur la liste. Ministre des Sports du Front populaire, il va occuper le poste de chef d’état-major de l’armée à la fin de la décennie 90. C’est avec lui que l’embourgeoisement des jeunes officiers issus du régime révolutionnaire va commencer. Ils sont déconnectés de la base. Les hommes de rang vont exploiter l’onde de choc provoqué par l’assassinat de Norbert Zongo en décembre 1998 pour se faire entendre. En effet, les frustrations contenues depuis des années émergent en surface à cette occasion. Pour la première fois dans l’histoire de l’armée burkinabè, on voit des militaires arpentant les rues pour manifester leur mécontentement. Cela s’est passé en juillet 1999. Le pouvoir de Blaise Compaoré, déjà fortement contesté par des milliers de Burkinabè constamment dans la rue depuis près d’un an, est sérieusement bousculé dans ses fondements avec cette manifestation hors pair des militaires. Ces derniers en veulent terriblement à la hiérarchie accusée de « détournements » de tout genre dont des retenues opérées sous la révolution, mais suspendues quelques années plus tard. La haute hiérarchie se sucrait sur le dos des soldats.

Des centaines de millions, voire des milliards auraient ainsi disparu. Le chef d’état-major de l’armée, le général Ibrahim Traoré, est dans le collimateur des soldats. Il est publiquement désavoué. Blaise Compaoré est obligé de le sacrifier pour sauver son fauteuil. IL est démis de ses fonctions et remplacé par le chouchou des soldats, le colonel Kwamé Lougué.
Lougué, l’officier indécis
Nommé chef d’état-major de l’armée en remplacement du Général Traoré, Lougué sera bombardé à son tour. Il est bien apprécié par la troupe. Sa cote de popularité inquiété cependant le régime. Gilbert Diendéré, le grand patron du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), digère mal son ascension. Le Général Lougué est en effet nommé ministre de la défense en 2001. Il arrive à solder certains dossiers qui constituaient la pomme de discorde entre les soldats et la hiérarchie. C’est pendant qu’il dirigeait le ministère que des revendications sur les primes non payées des expéditions libériennes sortent et prises en charge par les tribunaux. Pour les officiers du RSP ayant trempé dans l’aventure libérienne, c’est un crime de lèse-majesté. Le Général Lougué est devenu un homme dangereux qu’il faut absolument contrôler. Ils vont exploiter l’affaire du coup d’état déjoué du capitaine Ouali et de ses camarades pour faire débarquer le ministre. Au procès, il est cité comme témoin et viendra effectivement faire son témoignage. Il est mis au garage au premier ministère. Il ne fera sa réapparition qu’à la chute de Blaise Compaoré. Réclamé par une partie importante des insurgés dès le 30 octobre 2014. Lougué va rester dans l’hésitation jusqu’au 2 novembre. Malheureusement pour lui, les carottes étaient déjà cuites pour lui. Dans la course poursuite avec les éléments de l’ex-RSP qui régnaient en maitre après la désignation de leur numéro 2 comme chef de l’Etat intérimaire, le Général va s’en sortir avec une jambe cassée. Il avait dit lors de son procès des militaires en 2004 que son père lavait déconseillé le pouvoir. C’est pourquoi, il a toujours résisté aux sirènes des gens qui le poussaient à faire un coup d’Etat, dix années après, il semblait avoir oublié la recommandation paternelle.
Dominique Dienderé, victime des mutineries
C’est le premier officier du centre d’entrainement commando de Pô (CNEC) à occuper le poste de chef d’état-major de l’armée. Proche de Gilber Diendéré, il est promu à ce poste en remplacement du Général Ali Traoré, nommé représentant du facilitateur Blaise Compaoré dans la crise Guinéenne en 2009. Il ne fera cependant pas long feu. Il est emporté par les mutineries de 2011. Son domicile est incendié par les jeunes soldats et ses chiens abattus. Selon des confidences, ces chiens étaient mieux nourris que les soldats de garde chez lui. Le général lui-même a eu la vie sauve grâce à la dextérité de certains éléments de sa garde qui l’on vite mit à l’abri avant la descente musclée des mutins. Dans la foulée, il est démis de ses fonction et remplacé par un autre fidèle du président, le colonel Honoré Traoré, fait Général pour la circonstance. C’est ce dernier qui va gérer la suite de la mutinerie, notamment la descente du RSP à Bobo Dioulasso contre les mutins du camp Ouezzin Coulibaly.
Diendéré et Bassolet : Victimes de leurs fidélité aveugle a Blaise
Ces deux généraux comptent parmi les fidèles des fidèles à Blaise Compaoré durant son long règne. Leurs noms sont cités dans les affaires les plus sombres du régime. Ils se sont relayés dans la servitude au régime. Jusqu’à la fin de la décennie 90, c’est Gilbert Diendéré qui était à la manœuvre. Affaires Sankara, Lingani, Dabo, Clément etc. Sa longue silhouette y plane fortement. Il est aujourd’hui rattrapé par certaines de ses affaires (Sankara et Dabo ou il est inculpé). Pour le second, Djobril Bassolet, c’est à partir de l’affaire Norbert Zongo qu’il monte en grade dans le régime. Appelé en 1999 comme ministre délégué à la sécurité, puis ministre plein avec de larges pouvoirs et un budget conséquent, il va s’ingénier à casser les mouvements de contestation au régime, notamment le Collectif contre l’impunité. Il exploite surtout sa position pour « contenir » le dossier David Ouedraogo ou François Compaoré était inculpé dans un premier temps de « meurtre et recel de cadavre ». A partir de ce moment, son ascension devient fulgurante au sein du régime. Il va alterner le poste des affaires étrangères à ceux de représentant des institutions internationales (ONU, OCI) dans certains pays en conflit. Dienderé et Bassolet se retrouvent dans certains dossiers tels les négociations avec les groupes armées maliens et la libération d’otages occidentaux, dans le sahel. Pour les services de renseignement occidentaux, ils étaient devenus incontournable dans La résolution des crises de la sous-région. L’insurrection populaire va tous les surprendre, au point qu’ils n’auront pas du recul pour se repositionner judicieusement dans le nouveau Burkina en marche. Ils sont restés fidèles a Blaise, croyant même retourner la situation a en leur faveur, le coup d’Etat de septembre 2015 entrait dans le scenario de restauration de l’ancien régime avec Diendéré comme président intérimaire et Bassolet comme candidat du clan à la présidentielle. Inculpés ensemble dans le dossier coup d’Etat, ils croupissent dans la maison d’arrêt de l’armée et attendent leur jugement. S’ils acceptent parler comme l’a promis le Général Diendéré, les procès dans lesquels ils sont impliqués seront certainement celui du régime Compaoré, en tous les cas une avancée dans la liquidation judiciaire du passif humain d’un long et sanglant règne.
Blaise Compaoré a fait plus de généraux que l’ensemble de ses prédécesseurs reunis
En 27 ans de règne, Blaise Compaoré a « gradé » plus de Généraux que l’ensemble de ses cinque predecesseurs a la tête du pays. Il a « fabriqué » 13 Généraux entre la decennie 90 et sa chute en 2014. A titre de comparaison, l’armée n’avait aucun Général dans ses rangs entre sa creation en novembre 1961 et le 22 avril 1972, date du passage du lieutenant colonel Lamizana au grade de général. Entre cette date et l’avènement de la Révolution en aout 1983, le compte était toujours maigre. Trois autres généraux (Baba Sy, Marc Garango et Bila Zagré) rejoignent Lamizana. Les revolutionnaires d’Aout 83 vont porter le chef d’état major de l’armée « neocoloniale » qu’ils ont trouvé au grade de général avant de le mettre a la retraite anticipée. L’heureux bénéficiaire n’était autre que Tamini Yaoua Marcel. Apres lui, plus d’une decennie va s’écouler sans qu’un général ne soit nommé. C’est au milieu des annés 90 pour voir de nouvelles « consecrations ». Les Généraux Ibrahim Traoré, Brice BAyala et Ali Traoré ont acquis leurs prestigieux galont avant l’année 2000. A part Lougué et Gilbert Diendéré, tous les autres Généraux ont été nommés durant la dernière decennie de règne de Blaise Compaoré. Liste des généraux de 1972 à 2017
-Général Aboubacar Sangoulé LAmizana
– Général Baba Sy
– Général Marc Tiémoko Garango
– Général Bila Zagré
– Général Tamini Yaoua Marcel
-Général Ibrahim Traoré
– Général Brice Bayala
– Général Ali Traoré
– Général Kwamé Lougué
– Général Gilbert Diendéré
– Général Dominique Dienderé
– Général Honoré Traoré
– General Djiguemdé
– Général Sidiki Daniel Traoré
– Général Kodjo Lougué
– Général Djibril Bassolet
– Général Nazingouba
– Général Isaac Zida
– Général Oumarou Sadou

Reveil-info

Source Mutations du 18 février 2017.

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