6 février 2026
Home » Financer les PPP en Afrique : sortir du mimétisme, bâtir la confiance !

FiNANCER LES PPP EN AFRIQUE : SORTIR DU MIMÉTISME, BÂTIR LA CONFIANCE!

Les Partenariats Public-Privé (PPP) sont souvent présentés comme une solution miracle pour combler le déficit d’infrastructures en Afrique. Routes, énergie, eau, télécommunications, santé, éducation : les besoins sont immenses et urgents. Pourtant, malgré leur potentiel, les PPP restent en deçà de leurs promesses sur le continent. La question centrale n’est pas tant celle de leur utilité que celle de leur financement et, plus largement, de l’écosystème de confiance qui doit les porter.

Le piège du copier-coller institutionnel

Trop souvent, les cadres PPP africains sont importés tels quels, inspirés de modèles européens ou asiatiques, sans adaptation suffisante aux réalités locales : structures économiques informelles, faiblesse de l’ingénierie publique, profondeur limitée des marchés financiers domestiques, instabilité réglementaire ou politique.

Le résultat est connu : des projets bancables sur le papier mais fragiles dans la durée, des montages financiers excessivement dépendants de financements extérieurs, et une asymétrie de risques défavorable aux États africains.

Le vrai nœud : le financement et la répartition des risques

Un PPP ne se finance durablement que si les risques sont clairement identifiés, correctement répartis et assumés par les acteurs les plus à même de les porter. En Afrique, cette règle élémentaire est encore trop souvent violée.

Le risque politique, le risque de change, le risque de demande ou encore le risque de paiement public sont systématiquement sur-pondérés dans les exigences des investisseurs et des bailleurs. Cela renchérit le coût du capital, allonge les négociations et décourage l’investissement privé local.

Or, un PPP financé uniquement par des capitaux étrangers, sans ancrage domestique, devient structurellement vulnérable.

Mobiliser l’épargne africaine : un impératif stratégique

L’Afrique ne manque pas de ressources financières. Elle manque de mécanismes efficaces pour les mobiliser. Fonds de pension, compagnies d’assurances, banques régionales, épargne de la diaspora : ces ressources doivent devenir des piliers du financement des PPP.

Cela suppose de développer :
– des instruments de dette de long terme en monnaie locale,
– des fonds d’infrastructure régionaux,
– des mécanismes de garantie partagée,
– et une ingénierie financière adaptée aux cycles réels des projets.

Le financement des PPP doit cesser d’être perçu comme un exercice technocratique réservé à quelques experts internationaux. Il doit devenir un levier de souveraineté économique.

L’intelligence économique au cœur des PPP

Financer un PPP, c’est aussi maîtriser l’information stratégique. Trop d’États africains négocient encore en situation d’asymétrie informationnelle : méconnaissance des coûts réels, dépendance aux conseils externes, faible capitalisation des expériences passées.

L’intelligence économique et stratégique permet d’anticiper les rapports de force, de sécuriser les intérêts publics, de structurer des appels d’offres transparents et de négocier des contrats équilibrés. Sans cette capacité, le financement des PPP devient un terrain de vulnérabilité plutôt qu’un outil de développement.

Vers des PPP afro-responsables

L’avenir des PPP en Afrique passe par un changement de paradigme. Ni rejet idéologique, ni adhésion naïve. Il s’agit de construire des PPP afro-responsables : ancrés dans les priorités nationales, financièrement soutenables, socialement inclusifs et économiquement transformateurs.

Le financement des PPP n’est pas une fin en soi. C’est un moyen. Un moyen de structurer des économies, de créer de la valeur locale, de transférer des compétences et de bâtir des États stratèges capables de penser le long terme.

L’Afrique n’a pas besoin de plus de PPP. Elle a besoin de meilleurs PPP, mieux financés, mieux négociés et mieux gouvernés.

Dr Harouna Kaboré
PCA Witba Invest

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!