Kongoussi : une enseignante du secondaire poursuivie pour maltraitance sur mineure

Le mercredi 28 janvier 2026, la professeure de français A.D. a comparu devant le Tribunal de Grande Instance de Kongoussi pour une affaire de maltraitance sur mineure.
Les faits remontent au 15 janvier 2026. La victime, B.D. une fillette de sept (07) ans, aurait subi des violences physiques répétées de la part de sa tante, chez qui elle vivait. Alertés par un citoyen, les services sociaux et les forces de sécurité sont rapidement intervenus pour porter secours à l’enfant. Celle-ci a été prise en charge par les structures compétentes avant que l’affaire ne soit portée devant la justice.
Le récit des faits par la prévenue
À la barre, la tante de la victime a partiellement reconnu les faits, tout en livrant sa version des événements. « Ce jour-là, je suis rentrée de l’école à 11 heures et j’ai trouvé que B. D. avait mis sa main dans une sauce que j’avais préparée pour plusieurs jours et gardée dans la chambre. Sous la colère, je l’ai frappée et lui ai tiré les oreilles. Je lui ai demandé de nettoyer le salon et de se laver pour aller à l’école, puisqu’elle n’y était pas allée le matin», a-t-elle expliqué avant de poursuivre. « À mon retour de la chambre, je l’ai trouvée toujours immobile. À la question de savoir pourquoi elle n’exécutait pas ce qui lui était demandé, elle me regardait sans dire un mot. C’est alors que je l’ai saisie à nouveau pour la corriger. Oubliant que je tenais le couvercle de la marmite, je l’ai attrapée et elle a été brûlée. Au même moment, j’ai glissé sur un tabouret et, en tombant, le couvercle est resté un moment sur elle avant que je ne puisse l’en retirer. Je précise que j’avais pris le couvercle à l’aide d’un torchon», s’est justifiée dame A.D.

Des violences répétées selon l’enquête
Selon les témoignages recueillis au cours de l’enquête, la victime était régulièrement battue, privée de soins et parfois d’aliments, ce qui aurait entraîné des blessures visibles, un état de dénutrition ainsi qu’un traumatisme psychologique.« L’enseignant et les camarades de classe de B. D. ont décrit une élève timide, calme et instable en classe, mais qui n’a jamais présenté de comportement anormal », a indiqué le procureur.
Une prise en charge médicale tardive
La dénonciation des faits a constitué le premier pas vers le salut de la fillette, qui aurait pu continuer à souffrir dans l’ombre, aucune consultation médicale n’ayant été envisagée initialement. « C’est le lendemain que j’ai appliqué du beurre de karité sur sa plaie. Le jour des faits, j’ai voulu mettre de la pâte dentifrice, mais elle a refusé que je m’approche d’elle. J’avais peur de l’emmener à l’hôpital parce que je ne savais pas ce que j’y dirais. Ce n’est que six (06) jours après qu’elle a été conduite à l’hôpital, mais elle continuait d’aller à l’école », a confessé la prévenue.
Le certificat médical contredit la défense
Après un examen médical clinique et para-clinique, il est ressorti que la fillette a été victime de coups et blessures de différentes dates, ainsi que de dénutrition, selon le certificat médical lu par la présidente du Tribunal. La prévenue a toutefois contesté toute privation alimentaire. « Oui, elle est bien nourrie. Mais à ses premiers jours chez moi, elle faisait ses selles au lit. Quand je lui demandais pourquoi, elle disait avoir trop mangé. Dès lors, je lui montrais toujours la portion que je lui servais. Elle mangeait trois repas par jour, mais la quantité dépendait du menu. »
Des aveux partiels à l’audience
À l’audience, dame A. D. a reconnu partiellement les faits, évoquant la colère et la volonté de corriger une enfant qu’elle jugeait souvent fautive.« Oui, régulièrement, quand elle déconne, surtout sous la colère, je la frappe avec un bâton ou un fouet. Je lui ai parlé plusieurs fois, mais elle n’a pas changé », a-t-elle admis.
L’indignation du parquet
Le procureur a rappelé avec fermeté que «rien ne peut justifier la violence exercée sur la petite B.D.», insistant sur la nécessité de protéger les mineurs. Pour appuyer ses propos, il a projeté des images récentes de la victime hospitalisée, contredisant l’argument selon lequel la victime était bien nourrie. Les murmures dans la salle d’audience traduisaient le choc de l’assistance face à ces images particulièrement éprouvantes.
La victime est actuellement hospitalisée à la Pédiatrie Charles-De-Gaulle de Ouagadougou, après avoir séjourné au CMA de Kongoussi.
Le témoignage poignant du père
Présent à l’audience, le père de la victime, M.D., venu de Tenkodogo, s’est dit profondément bouleversé. « Si ma fille avait cette apparence ou ces comportements auparavant, je ne l’aurais jamais confiée à sa tante. Elle non plus n’aurait pas accepté de la prendre. À cause de l’insécurité, nous avons dû déguerpir. C’est parce qu’elle a manifesté le désir d’avoir ma fille auprès d’elle qu’elle l’a amenée à Kongoussi. Quand je suis venu voir ma fille dans cet état, ma douleur a été immense et l’est encore. Traditionnellement, A. D. est ma sœur. Je demande la clémence du parquet au nom du tissu social, tout en espérant la guérison de ma fille», a laissé entendre M.D.
Les réquisitions du ministère public
Le procureur a salué la dénonciation de ce cas, qu’il a qualifiée de signal fort contre les violences faites aux mineurs. « Les faits sont entièrement constitués. Cela ne devrait pas venir d’une mère, encore moins d’une enseignante. Vivre chez un fonctionnaire n’est plus un luxe quand on a affaire à de tels comportements. Trois (03) mois ferme ou dix-huit (18) mois avec sursis peuvent déjà entrainer un licenciement de la fonction publique», a averti le procureur.
Tenant compte des classes d’examen qu’enseigne la prévenue et de la demande du père de la victime, le procureur a requis douze (12) mois de prison et une amende d’un (01) million de francs CFA assortis de sursis contre dame A. D.
Le dossier a été mis en délibéré pour le 25 février 2026.
Getaneli O
Source Digitale Bam
Reveil-info
