FABRICE LAGO :
« La liberté d’expression ne signifie pas dire tout et n’importe quoi»

« À l’UPEC, lorsque nous suivions des cours de droit de l’information, une chose était clairement admise : les personnes publiques jouissent d’une liberté de ton et de parole. Il faut permettre à ceux qui animent l’espace public, aux acteurs politiques notamment, de critiquer l’action publique.
On entend souvent dire : “Mais lorsque tu avances une information, as-tu des preuves ?” Or, si l’on renvoie systématiquement les citoyens, et surtout les jeunes, à l’obligation de fournir des preuves, cela revient à judiciariser la parole politique. C’est précisément ce que je crains.
Si je suis ministre et que des soupçons pèsent sur mon département, je prends la parole, j’éclaire les citoyens et le débat est clos. Mais trop souvent, on a immédiatement tendance à agir autrement.
On ne convoque même pas la personne : on l’arrête brutalement. Et ce qui se passe ensuite est préoccupant. Il n’y a quasiment jamais de procès. La personne reste en prison et, pendant ce temps, certains courent derrière les parents pour leur dire : “Demandez pardon, dites que votre fils ne savait pas ce qu’il faisait”, et autres propos du genre.
Ainsi, un jeune peut passer des années en détention sans jamais être jugé. Or, lorsqu’on arrête quelqu’un, c’est le procès qui permet de déterminer s’il est innocent ou coupable. Dites-moi : combien de procès avez-vous vus ces dernières années concernant des personnes arrêtées à cause de leurs propos sur les réseaux sociaux ? Il n’y en a pratiquement jamais.
La liberté d’expression ne signifie pas dire tout et n’importe quoi. Toutefois, nous estimons que, pour des acteurs politiques reconnus et des personnalités publiques, il faut permettre une parole de plus en plus libre. Si des propos sont jugés offensants, je respecte le droit des autorités de se sentir lésées : elles peuvent porter plainte, la personne est convoquée et répond devant la justice. Mais lorsqu’on se rend de nuit au domicile des individus pour les arrêter, est-ce réellement nécessaire ? »
Source :FIRST
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