LA GRANDE MOSQUÉE DE BOBO DIOULASSO
Sa construction est attribuée à Gaoussou Sadiki Sanon, descendant d’un ancêtre nommé E. H. Mamourouba, un musulman qui serait allé au pèlerinage de La Mecque en faisant le trajet à pied. Sadiki Sanon aurait été élevé à Farakan, dans la cour, dans la cour du marabout Bema Seyndou Sanogo*, venu de Kong et arrivé à Sya, vers 1850/1860.Sadiki Sanon avait poursuivi ses études, à Dia, chez Mahamadou Karambinta .
Après son retour, il avait demandé au chef Zelelou Sanon, qui refusa, l’autorisation de construire une mosquée. Toutefois, après la victoire de Bama remportée sur Tiéba, chef du Kénédougou, Sidiki Sanon fut autorisé à le faire** ; on lui laissait le choix du site. Il décida de construire l’édifice à Woutarasso , mais comme c’était un lieu où dansaient les masques, on le supplia de renoncer à ce projet et on lui promit de l’aider à la construction s’il la faisait ailleurs.
Il décida alors de l’elever là où elle se trouve encore aujourd’hui. À cette époque, c’était une zone basse, couverte d’une épaisse végétation, où vivaient des animaux sauvages. On lui demanda encore d’aller ailleurs car c’était assez éloigné de Sya, telle qu’elle était en ce temps-là ; mais il rassura la population en assurant que la ville allait s’étendre et qu’un jour non seulement la mosquée serait au centre de la ville mais qu’une voie importante passerait à proximité.
Cette prophétie s’est realisée, car ce bâtiment, qui est encore aujourd’hui la grande mosquée de Bobo Dioulasso, se trouve effectivement au centre ville.
Le chef Zelelou Sanon demanda aux villages des alentours d’envoyer de la main-d’œuvre et du bois. La terre à été tirée du quartier Kombougou . L’édifice a été construit sur une plate-forme.
Il a une forme rectangulaire et ses dimensions sont importantes : 44,60 mètres de long et 22 mètres de large dans l’ensemble; 20X 18,80 mètres pour la salle de prière. Les murs et les tours sont renforcés par des bois saillants, comme l’etait l’ancien minaret ; un minaret moderne a été elevé plus tard, dont le matériau et le style font contraste avec la partie ancienne de la mosquée.
L’aspect général de l’édifice rappelle les mosquées de Djenné, de Bama et de Kong. Sadiki Sanon refusa d’être l’almamy de cette mosquée et fit le choix d’un dafing pour remplir ce rôle.
Samory aurait prié dans cette mosquée. On dit aussi que c’est en raison de l’amitié qui liait Sadiki Sanon et Samory que Sya n’aurait pas subi le sort désastreux de Kong. On attribue également la mansuétude de Samory à l’intervention de la princesse Guimbi Ouattara qui vivait à Sya.
Van Duc, Juliette. « La construction des mosquées au Burkina », dans Cent ans d’histoire du Burkina Faso (1895-1995), Paris, Karthala, 2003, p. 2068-2069 (version numérique).
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*Bema Seyndou Sanogo aurait d’abord créé à Farakan un enclos de prière, un simple espace limité par des pierres posées sur le sol; à la place de cet enclos on a construit par la suite une petite mosquée en banco qui existe encore et qui est la plus ancienne de Bobo Dioulasso
Grâce à un subterfuge magique, Sadiki Sanon aurait fait préparer un poison mortel qui aurait été mélangé à la nourriture de Tiéba
Source : archives Burkina

