L’affaire avait défrayé la chronique à Bobo-Dioulasso en 2016. Le gérant d’un célèbre hôtel de la place et un de ses employés étaient arrêtés pour le meurtre d’une jeune fille. Le dossier a connu un dénouement en premier ressort devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso lors des assises criminelles de juin 2022.
Les deux accusés avaient été déclarés coupables d’assassinat et de complicité d’assassinat. Ils ont été condamnés, chacun, à l’emprisonnement à vie. En outre, la cour les avait condamnés à verser aux parents de la victime 50 millions FCFA au titre des dommages et intérêts.
Ils ont fait appel de la première décision en demandant une diminution de leurs peines.
Le lundi 17 novembre 2025, les deux individus ont comparu à nouveau devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso pour être jugés pour assassinat et complicité d’assassinat.
Kolo (nom d’emprunt) est gérant d’un hôtel. Salif (nom d’emprunt) est son employé. Les deux ont travaillé ensemble pendant des années.
Pour Kolo, il lui est reproché d’avoir eu connaissance de l’assassinat et de s’être abstenu de le dénoncer aux autorités compétentes. Quant à Salif, il lui est reproché d’avoir volontairement donné la mort à Madeleine (nom d’emprunt) courant année 2016.
Il ressort des résultats d’enquête que c’est le nommé Kolo qui aurait manifesté un besoin de sang humain afin d’exorciser le sort des accidents mortels dans sa famille. Il a indiqué que son père d’abord, et ensuite ses deux frères, sont tous décédés des suites d’un accident de circulation, et qu’il avait peur que le même scénario continue dans la famille, car lui-même venait d’être victime d’un accident. Décidément, il est allé voir un marabout, et c’est là que la question du sang humain est intervenue.
À dessein, les deux aurait décidé de trouver du sang humain. Kolo, étant le patron, a confié le plan à Salif en lui donnant un peu d’argent. Et bien, Salif a choisi la nuit du 21 au 22 juin 2016 pour aller cibler la victime qui est la personne de Madeleine. Il l’a remorquée sur sa moto, ils sont allés prendre d’abord un verre, question de se soûler, avant de se rendre au domicile de Kolo situé au secteur 5 de Bobo-Dioulasso. De chez Kolo, pour ne pas éveiller les soupçons du voisinage, ils auraient attiré la victime dans un endroit obscur juste derrière l’UCAO (actuel CESAO). Salif affirme l’avoir poignardée au cou, ce qui a entraîné sa mort. Ensuite, il est rentré à la maison, laissant Kolo seul sur les lieux du crime. « Je ne sais plus ce qu’il a fait », a-t-il ajouté.
Des aveux de culpabilité qui conduisent à son arrestation
Des jours se sont succédé sans qu’on soit situé sur les responsabilités du crime. Kolo a confié une autre mission à Salif. Cette fois-ci, de lui trouver une arme. Il lui a donné de l’argent plusieurs fois (80 000 FCFA et 50 000 FCFA) pour qu’il puisse lui trouver une arme. À l’occasion, Salif s’est rendu à Niangoloko, localité frontalière entre le Burkina Faso et la République de Côte d’Ivoire, pour acheter l’arme.
Lors de son premier voyage, il n’a pas pu supporter les séquelles de son acte. Ce qui l’a amené à avouer le crime à celui avec qui il devait acheter l’arme. En bon citoyen, le vendeur lui a dit de revenir une deuxième fois pour prendre l’arme. Du côté de Bobo-Dioulasso, l’enquête continuait sans écho jusqu’au jour où le vendeur de l’arme dénonça ce qui lui avait été confié. Cela a permis à la Police d’arrêter les deux suspects.
Devant les conseillers de la Cour, Salif a relaté à nouveau les faits. Son explication laisse entendre qu’il a agi sous les ordres de Kolo, qui est son employeur. « C’est Kolo qui m’a dit qu’il voulait du sang humain pour conjurer le sort des accidents dans leur famille. Il m’a dit qu’il y a trop de décès liés aux accidents dans sa famille. Il me donnait de l’argent pour consommer à flot l’alcool. C’est moi qui suis allé chercher la fille et je l’ai poignardée avec un couteau », a-t-il avoué devant la cour.
Kolo n’a pas reconnu les faits. Il a rejeté toute responsabilité dans la commission des faits. Mais il reconnaît avoir eu connaissance du crime, sans avoir dénoncé aux autorités. « Il est venu me voir un soir et il m’a dit que la fille qui a été assassinée, dont toute la presse parle, c’est lui qui l’a tuée. Je ne le croyais pas. C’est pour cela que je n’ai rien fait », a-t-il déclaré tout en demandant à la cour de diminuer sa peine.
Le ministère public a conclu qu’il y a des indices de culpabilité contre les deux personnes. Pour lui, au-delà de l’acte de tuer, il y a eu préméditation. Il estime que Salif peut bénéficier des circonstances atténuantes, à savoir le lien de subordination lié à la relation de travail entre lui et son employeur, et ses remords après la commission des faits. Quant à Kolo, le parquet pense que c’est lui-même l’instigateur du crime, car il a donné tous les moyens nécessaires (l’argent et sa deuxième cour) à son employé afin qu’ils commettent le crime.
Dans ses réquisitions, il a demandé à la cour de confirmer l’emprisonnement à vie contre Kolo et de diminuer par contre la peine de Salif à 30 ans de prison ferme.
Le père de la victime réclame toujours les 50 millions FCFA.
Ils seront situés sur leur sort le 8 décembre prochain.

