Colonel Saidou Toussaint Prosper SANOU
A l’occasion de la 18e édition de la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO) qui se tient du 25 au 30 novembre, nous sommes allés à la rencontre d’un auteur, gendarme à la retraite, le colonel Saidou Toussaint Prosper SANOU qui aborde le thème fort du leadership de l’officier. Plus qu’une contribution, son premier ouvrage sublime le rôle de l’officier. Il l’appelle à réfléchir sur ses devoirs septiques et ses fonctions et ce qui est socialement attendu de lui en termes de responsabilités légales et éthiques.
Mon Colonel, vous venez de publier récemment, votre premier ouvrage « les qualités de leadership de l’officier » aux éditions Céprodif. Pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous présenter ainsi que votre parcours ?
Je m’appelle Saidou Toussaint Prosper SANOU. Je suis né le 1er novembre 1960 à Bobo-Dioulasso. Après les études primaires et secondaires, j’ai été appelé sous les drapeaux le 1er novembre 1981 au titre de la Gendarmerie. Après 40 ans et 01 jour de service actif dont 06 ans et 08 mois au profit des Nations Unies, j’ai été admis à la retraite avec le grade de colonel.
Au niveau national, j’ai pu assumer les fonctions de commandant des formations de gendarmerie mobile (escadron et groupement), de gendarmerie départementale (compagnie et groupement), de commandant de l’Ecole Nationale de Gendarmerie, de Directeur des Ressources Humaines de la Gendarmerie Nationale pour terminer Gouverneur de l’ex Région de l’Est.
Au niveau international, j’ai respectivement été observateur militaire chargé du Désarmement et de la réinsertion communautaire dans l’Est de la RDC en Ituri dans le cadre de la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). J’ai été officier Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS) et en charge des projets puis chef de l’Unité de la réforme de la Police en appui au groupe de travail du ministère en charge de la sécurité à l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Au Mali, j’ai assumé les fonctions d’officier RSS et projets à la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA) avant d’être promu Commandant Régional de la Police des Nations Unies à Kidal, dans le nord du pays.
Je suis décoré de la médaille d’Officier de l’Ordre de l’Etalon, titulaire d’un Master en Management des Ressources Humaines, marié, père de trois (03) enfants.
Comment est né l’ouvrage «Les qualités de leadership de l’officier » et qu’est-ce qui vous a motivé à l’écrire ?
L’ouvrage est né des incitations, des interpellations et des encouragements du Médecin Dentiste le Colonel Major (en retraite), Lamoussa Fofana. Quand j’étais commandant de l’Ecole Nationale de gendarmerie (1995), l’élaboration des cours au profit de nos stagiaires a été une source d’inspiration pour la production de cet ouvrage pédagogique. Je tiens à le remercier pour son coaching de la conception à la parution de l’ouvrage.
La consolidation a eu lieu en 2011 après le cours sur « Les qualités de leadership des futurs dirigeants du secteur de la sécurité en Afrique » au Centre d’Etudes Stratégiques pour l’Afrique à Washington DC aux USA. Je tiens à remercier le Directeur du cours, le Dr Matt HOUGNIKPO et son équipe dont le Colonel Emile OUEDRAOGO.
L’intérêt pour le sujet a été suscité pour plusieurs raisons : le désir et le devoir de partager mon expérience en tant qu’instructeur, les exigences du combat et des opérations de Maintien de l’Ordre, les risques pour les FDS de ce qu’on peut appeler la mondialisation de la perte des repères moraux.
En ce qui concerne le partage d’expériences, le désir et est né de ma petite expérience en tant qu’instructeur. Il faut dire qu’en plus de l’instruction que je dispensais en unité, j’ai eu le privilège de consolider mes capacités pédagogiques à plusieurs occasions :
De 1995-1999, j’ai assumé les fonctions de Commandant de l’Ecole Nationale de Gendarmerie à Bobo-Dioulasso. Je n’ai pas été qu’administrateur ; je dispensais des cours et j’ai participé à la conception et à l’élaboration des cours aux profit de nos stagiaires après la révision des programmes.
J’ai participé respectivement à la conception et à l’élaboration de cours de pré déploiement de la police des Nations Unies au profit de l’Ecole de Maintien de la Paix « Alioune Blondin BEYE » à Bamako (Mali) en 2008 et en 2010 au profit de la Gendarmerie et de la Police du Burkina Faso à Ouagadougou (Burkina Faso).
En 2011, j’ai été Instructeur des Operations de Maintien de la Paix des Nations Unies au 4è Cours sur les Relations entre les composantes police, civile et militaire en Opérations de Maintien de la Paix à Vicenza (Italie) ;
En tant qu’instructeur, nous avons, je pense le devoir moral de transmettre des connaissances, d’aider à l’acquisition de compétences et de préparer à la citoyenneté. C’est à cet exercice que j’ai essayé de me soumettre. En ce qui concerne les exigences du combat, nul doute que commander et obéir en temps de guerre ne sont pas choses aisées en raison entre autres de l’imminence du danger, du sacrifice ultime douloureux mais nécessaire qu’il faut souvent consentir au profit de l’intérêt supérieur de la Nation. Le succès des opérations requiert indéniablement de la part de ceux qui doivent les conduire certaines qualités exceptionnelles qu’il m’a paru nécessaire de rappeler selon mon approche tout en invitant chaque officier à approfondir la réflexion.
Quant au maintien et au rétablissement de l’ordre, les forces de Police et Gendarmerie interviennent le plus souvent dans une ambiance de violence particulière et d’acharnement. En raison du strict encadrement légal des conditions d’emploi de la force et de l’usage des armes, elles doivent garder le calme et le sang-froid et exécuter sans brutalité inutile, mais également sans défaillance, tout ce qui leur est commandé par les seuls commandants d’unités. Toute chose qui requiert un leadership efficace.
En fin, en ce qui concerne ce que j’appelle « une sorte de mondialisation de la crise morale » caractérisée par une perte de repères moraux. Il faut remarquer qu’au nom de la liberté, la contestation s’est installée dans tous les domaines de la vie sociale. Mais en tant que symbole par excellence de l’unité nationale, la neutralité des forces armées ne saurait être remise en cause quel que soit la légitimité des revendications. Aussi, toute éventuelle crise sociale doit- elle être évitée à tout prix en son sein grâce au leadership base sur la confiance en la chaine de commandement.
Vous êtes un officier de gendarmerie en retraite, ancien Gouverneur de l’ex Région de l’Est et ancien Commandant Régional de la Police des Nations Unies à Kidal au Mali, comment situez-vous aujourd’hui le leadership de l’officier dans nos FDS ?
L’officier est le dépositaire de la violence légitime de l’État dans sa zone de déploiement. A ce titre, Il est habilité à recourir à la force, y compris la force létale dans le cadre de la loi pour maintenir l’ordre et la sécurité et faire respecter la loi. C’est une lourde et délicate responsabilité même en temps de paix.
Dans le cas de notre pays, le Burkina Faso, suite aux défis sécuritaires auxquels nous devons faire face, la reconquête du territoire national et la restauration de l’autorité de l’Etat sont aujourd’hui notre priorité et confère, je pense, à l’officier des FDS un rôle fondamental et essentiel pour l’atteinte de nos objectifs.
Certes, le tout n’est pas militaire mais l’officier doit se convaincre, et cela est, on ne peut plus important, que pour la dignité et l’honneur de la patrie, le succès de tout autre démarche pour le renforcement de la sécurité est tributaire de l’ascendant que ses troupes prendront sur les forces ennemies. C’est pourquoi, plus que jamais, il doit faire preuve de qualités de leadership exceptionnelles :
Au quotidien, il doit s’imposer un comportement irréprochable qui inspire la confiance des populations et des hommes avec lesquels ils assurent la lourde mission de la défense opérationnelle du territoire
Dans l’action, il doit être capable en toute circonstance de prendre des décisions éclairées et rapides pour atteindre ses objectifs tout en minimisant les pertes. A cet effet, il doit, grâce à sa crédibilité, son exemplarité et son dévouement à la Patrie, motiver et inspirer les troupes, maintenir l’efficacité, la cohésion et l’effort collectif, ainsi que la confiance mutuelle.
Que faire pour booster le leadership chez l’officier ?
Renforcer le leadership chez un officier présuppose qu’il a déjà certaines valeurs morales et opérationnelles qu’on lui reconnaît. Il y a plusieurs pistes de solution, mais il s’agit avant tout d’un effort personnel de l’officier qui exige une connaissance profonde de soi, une conscience de ses forces et de ses faiblesses et une volonté de changer pour construire un environnement de confiance mutuelle et bâtir un leadership solide, fondé sur le respect mutuel et non sur la peur.
En outre, la conscience de ses responsabilités et des résultats attendus sont un outil essentiel qui interpelle l’officier à adopter un style de leadership efficace pour l’atteinte de ses objectifs.
Les efforts personnels de l’officier, les séminaires et stages de formation peuvent aider utilement à développer des compétences individuelles dans divers domaines tels que la communication, le processus décisionnel, le travail en équipe, la gestion des conflits, le coaching, etc. tout en favorisant une culture de confiance, de discipline de cohésion, de sacrifice collectif et de dévouement à la Patrie.
A travers votre expérience dans le commandement et dans l’administration, comment voyez-vous le rôle du leadership chez l’officier dans la résolution de la crise sécuritaire dans les pays du Sahel ?
De manière synthétique, on peut dire que le rôle du leadership de l’officier dans la crise sécuritaire au Sahel est de combiner et de faire interagir les compétences militaires, policières politiques et communicationnelles pour la résolution durable des conflits.
Il s’agit essentiellement pour lui de :
Mener les opérations efficaces sur le terrain pour garantir la sécurité des populations et stabiliser les zones touchées par les conflits. C’est la condition essentielle, il me semble qui favorise le succès des autres activités.
Coordonner les actions de concert avec les partenaires (ONG, Humanitaires, autres formations des FDS…) pour harmoniser les efforts en vue d’une réponse holistique efficace aux problèmes de stabilisation et de renforcement de la sécurité en tenant compte des spécificités locales et de la réalité du terrain.
Cette coordination qui exige de l’officier la flexibilité, l’écoute active et l’empathie, est essentielle pour la conduite des opérations. Pour éviter les frustrations et les incompréhensions qui peuvent être préjudiciables à la réalisation de la mission globale, il doit bien comprendre et respecter les spécificités liées au mandat de chaque partenaire, en particulier les agences humanitaires.
L’interaction entre les compétences que la coordination des actions engendre crée inévitablement une valeur ajoutée supérieure à la somme des compétences individuelles et permet l’utilisation optimale des ressources humaines et matérielles en évitant les actions contradictoires et les doublons ainsi que le gaspillage et la déperdition des moyens. L’économie des moyens doit être un souci permanent de l’officier sur les théâtres d’opérations. Elle est cruciale pour garantir sa liberté d’action. Elle permet de maximiser l’efficacité des ressources disponibles, de s’adapter aux contraintes et d’assurer la supériorité sur l’adversaire.
Promouvoir le dialogue socio-sécuritaire par la communication et les actions civilo-militaires pour d’une part, renforcer la confiance mutuelles FDS-Populations locales et d’autre part les aider à résoudre ensemble les conflits et à prévenir les troubles sécuritaires sur la base de la négociation, de tolérance et du respect mutuel. Promouvoir aussi, la résilience en contribuant à améliorer les capacités des communautés à résister et à s’adapter pour faire face efficacement aux défis à venir.
Entretien réalisé par Alex Kaboré
www.reveil-info.net

Félicitations mon colonel pour la parution de cet ouvrage qui constitue une contribution très inspirante
merci Bonne journée
Cet ouvrage de Papa (c’est comme ça je l’appelle affectueusement) est apparu à point nommé. Il est à saluer à sa juste valeur
merci bien
Formidable. Le livre apporte un plus aux officiers et à tout leader dans notre pays et sous d’autres cieux. Merci beaucoup pour cet ouvrage
merci
merci