31 janvier 2026
Home » Chronique du Lundi-Sankaryaaré: un lieu de non-droit dans la RPP?

Sankaryaaré et le prix du laxisme

Les tensions observées récemment entre certains commerçants de Sankaryaaré et la Brigade Laabal ne sont que le reflet d’un mal plus profond : celui des mauvaises pratiques qui persistent dans nos marchés, comme si les drames passés n’avaient rien enseigné.

L’incendie de Janvier 2023, dont les traces brûlent encore dans les mémoires, n’a pourtant jamais été le fruit du hasard. Les mêmes causes produisent les mêmes conséquences : installations anarchiques, stockage dangereux, marchandises inflammables entassées, drogues et produits prohibés circulant clandestinement. Le Premier ministre l’a rappelé avec fermeté : certains acteurs du marché n’ont jamais réellement cessé les activités qui avaient conduit au désastre. Et aujourd’hui encore, la Brigade Laabal retrouve les mêmes substances illicites dont la simple présence devrait alerter tout le pays. La drogue n’a été que l’élément déclencheur de l’intervention actuelle. Mais derrière elle se cache une réalité plus grave encore : explosifs artisanaux, cyanure, produits chimiques destinés autrefois aux orpailleurs, désormais plus accessibles aux ennemis du Burkina Faso qu’aux mines semi-industrielles. Les marchés, lieux de commerce, se sont transformés en points d’approvisionnement potentiels pour des groupes armés. Comment s’étonner alors que Laabal intervienne avec rigueur ? Comment s’émouvoir d’un assainissement qui relève à la fois de la loi et du simple bon sens ? Laisser ces pratiques proliférer, c’est exposer des milliers de citoyens à des risques que personne n’a le droit de normaliser.

Nous n’avons pas oublié non plus l’explosion survenue près du palais du Larlé Naaba, où des agents d’un vendeur d’explosifs ont trouvé la mort. L’enquête avait révélé que ces hommes travaillaient pour un individu lié à Sankaryaaré. Ce drame aurait dû suffire à ouvrir les yeux sur les dangers qui s’accumulent silencieusement au cœur de nos villes. Et pourtant, la même insouciance continue, parfois masquée par des explications mystiques : génies, mauvais esprits, malédictions. Ces récits arrangent ceux qui refusent d’admettre la vérité matérielle : ce ne sont pas les esprits qui brûlent les marchés, ce sont les pratiques humaines.

Rood Wooko en 2003 en est la preuve historique la plus frappante. À l’époque, les assureurs avaient préféré se retirer, considérant le risque trop élevé. Ils avaient vu venir l’inévitable. Quelques mois plus tard, l’infrastructure partait en fumée. Les marchés d’arrondissements, eux aussi, ont accumulé les incendies attribués à tout sauf à l’indiscipline de leurs usagers. Pourtant, ces espaces publics ne peuvent pas être reconstruits éternellement avec les fonds de l’État, pendant que les mêmes comportements dangereux se répètent. L’argent public n’est pas un parapluie magique : il ne peut pas réparer indéfiniment l’effet de négligences volontaires.

Dans ce contexte, la Brigade Labaal est dans son rôle. Elle protège, encadre, assainit et prévient. Elle agit dans l’esprit et dans la lettre de la loi.

Qu’il y ait des réactions hostiles ne doit surprendre personne. L’ordre, quand il revient après une longue période de désordre, bouscule toujours ceux qui prospèrent dans l’opacité. Mais la règle reste la règle, et nul n’est au-dessus d’elle. Il est temps de comprendre que les marchés sont des biens collectifs qui doivent être sécurisés pour être prospères. Le commerce ne peut pas prospérer dans la fumée ni dans la clandestinité.

Un proverbe burkinabè dit : « Quand on voit le feu dans la case du voisin, on commence à protéger son propre toit. » Les incendies de Sankaryaaré, de Rood Wooko, des marchés d’arrondissements, tout comme l’explosion de Larlé, sont ces flammes dans la case du voisin. Il serait irresponsable de fermer les yeux une fois encore. Assainir les marchés n’est pas une punition : c’est une protection collective. C’est le prix de la sécurité, de la discipline et de la responsabilité. Le Burkina Faso n’a plus le luxe de l’imprudence.

Célère.

 

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