30 janvier 2026
Home » Hommage : la dernière leçon du Pr Serge Théophile Balima

Je voudrais d’abord vous demander de remercier très chaleureusement beaucoup de mes amis, souvent anonymes dans la société, mais qui ont contribué à faire entrer de grands esprits dans nos milieux. Même lorsqu’ils restent dans l’anonymat, beaucoup d’entre eux sont de très grands esprits.

Parmi eux, je voudrais que vous applaudissiez l’ancien Premier ministre, qui fut l’un de mes directeurs lorsque j’ai connu un accident de parcours ministériel, et qui a également été président d’une institution, ancêtre de la communication, ambassadeur — que j’ai eu la chance de croiser à cette période de ma vie.

Je voudrais aussi que vous saluiez très chaleureusement un de mes vieux amis, que j’appelle mon grand maître. Il est ici présent avec son épouse, que j’ai toujours considérée comme la meilleure femme d’Afrique. Je vous les présente : Monsieur David Ghani et son épouse.

Je souhaite que vous ayez une pensée sincère pour mes collègues qui se sont dévoués à mes côtés pour mettre en place des filières de formation, d’information et de communication. Ce fut une page marquante, dense, mais exaltante. Merci de m’avoir toujours offert l’occasion de dire un mot.

Je remercie également les organisateurs, dont l’implication a été admirable, presque dynastique. Mais je leur demanderai une chose : vous savez, les professeurs titulaires sont souvent des personnes au caractère difficile. Nous sommes parfois indisciplinés, exigeants, et difficiles à gérer. J’ai toujours dit à mes collègues, notamment au professeur Hamouna, qui s’occupe de psychiatrie, qu’il devrait soigner tous les professeurs titulaires ! Parce que, lorsque vous accédez à ce grade, vous perdez une part de votre normalité. J’en fais ici une confession publique.

C’est pour cela que je dis souvent qu’il faut éviter, dans certains programmes, de réunir trop de professeurs titulaires ministres. Car, partout dans le monde, ce syndrome existe. Certains y échappent, d’autres non. À vous d’en juger.

Permettez-moi d’exprimer humblement mes remerciements sincères à toutes les personnes, de l’intérieur comme de l’extérieur, qui ont témoigné à ma modeste personne conspiration bienveillante et respect.
Je remercie Monsieur le Président de l’Assemblée législative de transition qui, malgré ses multiples sollicitations, nous fait l’honneur de sa présence et de son soutien à cette circonstance exceptionnelle. Je lui exprime ma profonde reconnaissance, mes vœux de santé, de prospérité et de réussite dans la noble mission qu’il dirige.

Je remercie aussi le chargé de communication, dont je garde un souvenir ému du dévouement tout au long de sa vie universitaire, notamment lors de la réalisation de son mémoire soutenu avec brio — à ma grande satisfaction, puisque j’en fus le directeur.

Mes remerciements vont également aux hautes personnalités de la Présidence du Faso, aux ministres, secrétaires généraux et conseillers, qui ont bien voulu témoigner de leur considération par leur présence. Merci au président de l’Université Joseph Ki-Zerbo pour son accompagnement dans le processus organisationnel de cette cérémonie. Merci également à mes collègues des universités et aux participants, en présentiel comme à distance, pour leurs contributions scientifiques et leur solidarité.

Je voudrais, à mon tour, rendre hommage à ma chère épouse ici présente, et lui dire simplement : merci. Merci aussi à ma famille, rassemblée pour cette circonstance, pour son attention, sa patience et son soutien dans les moments de tension et de conflit vécus au sein du département. Merci aux universités partenaires pour leur fidélité, leur collaboration et leur écoute. Vous avez tous contribué à édifier les nouvelles filières de formation et de recherche en sciences de l’information et de la communication.

Je garde pour chacune et chacun de vous une fraternité profonde et indéfectible. Vous m’avez encouragé, accompagné, et soutenu dans le travail de construction de ce champ académique. Ensemble, nous avons continué à rêver et à faire rêver le monde de la communication institutionnelle et sociale, où le dialogue, la négociation et l’échange prévalent dans les différents corps de l’unité. Nous avons eu raison : seule la paix garantit le développement de nos nations.

À mes étudiants, à toutes mes promotions, je dis toute ma gratitude. Vous m’avez porté, stimulé, obligé à innover et à chercher constamment pour répondre aux mutations de nos sociétés contemporaines. Vos témoignages m’ont profondément touché. Vous m’avez aidé à devenir un chercheur, et je vous garde dans mon cœur avec l’espoir de vous voir occuper des rôles historiques dans la sous-région.

Je n’oublie pas le personnel administratif, dont le soutien ne m’a jamais fait défaut. Merci pour votre loyauté, votre dévouement et votre disponibilité, malgré des conditions parfois difficiles. Sans vous, certains résultats n’auraient jamais été possibles. Vous avez fait preuve d’un véritable sacerdoce au service de notre institut de formation et de recherche. Recevez ma reconnaissance la plus sincère.

Et maintenant, selon la tradition, je vais vous livrer la dernière leçon du professeur.

Je voudrais rester dans l’esprit du thème de ce colloque, qui interroge : est-il encore possible de former aux métiers de l’information et de la communication ?
Nous vivons dans un contexte de confusion entre « marchands de la communication » et « vendeurs d’information », dans un monde dominé par la digitalisation et les médias linéaires.
La question de savoir s’il est encore possible de former à ces métiers est complexe. Elle soulève plusieurs interrogations :

Peut-on vraiment former à l’information et à la communication ? À quoi forme-t-on exactement ?
Comment forme-t-on à ces disciplines aux contours multiples ?
Faut-il encore former à ces métiers dans un monde en mutation constante ?

Ces questions renvoient à des approches à la fois techniques et éthiques. Mais avant tout, il faut interroger le sens même de ces mots : qu’est-ce que l’information ? Qu’est-ce que la communication ?
Ces notions sont devenues des fourre-tout, couvrant tous les domaines, de l’entreprise à la religion, des sciences sociales aux sciences exactes, de l’informatique aux médias.

Je ne prendrai pas le risque de figer leur définition, car elles laissent ouvert un vaste champ des possibles, où se déploient mille façons d’exercer ces métiers.
Le problème majeur réside dans l’adéquation entre les formations et les réalités professionnelles. Les contenus enseignés correspondent-ils vraiment aux compétences exigées sur le terrain ?

Notre époque a fait de la communication une idéologie à la mode, presque une religion moderne. On y voit une clé universelle capable d’ouvrir toutes les portes : de la psychothérapie au management, du marketing politique à la publicité.
Mais il faut le dire : il n’existe pas de champ professionnel homogène en information et communication. Les formations, souvent généralistes, offrent des connaissances fragmentées, construites selon les compétences disponibles plutôt qu’en fonction des besoins du marché.

En Afrique, cette confusion se renforce. Le journaliste, praticien de l’information, se mue parfois en communicateur, et inversement. Or, cette permutation des rôles brouille les repères. En termes crus, si un journaliste fait de la communication, il se prostitue intellectuellement ; et si un communicateur fait du journalisme, il se déguise en prêtre. Ce mélange des genres compromet la crédibilité des deux métiers.

La formation en information et communication doit donc évoluer. L’enjeu n’est pas seulement la maîtrise des outils, mais la capacité d’analyse, d’adaptation et de compréhension des situations concrètes. Il faut former à la réflexion avant de former à la technique.
Un bon professionnel n’est pas celui qui manie un micro ou une caméra, mais celui qui comprend ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et pour qui.

Aujourd’hui, les contenus pédagogiques doivent viser à former des individus capables de penser le lien entre information, société et culture. L’enseignant ne doit pas être un simple technicien transmettant un savoir, mais un formateur de conscience, un éveilleur d’esprit.

Enfin, il faut poser cette ultime question : forme-t-on ou formate-t-on ?
Car le risque, désormais, est de fabriquer des professionnels instrumentalisés, soumis aux logiques économiques et politiques, plutôt que des esprits libres capables d’influencer sans être influencés.
Les métiers de l’information et de la communication doivent rester des métiers de responsabilité morale, éthique et sociale.

À la fin, il faut reconnaître que ces formations ne peuvent pas tout prévoir. L’entreprise médiatique, le terrain, la réalité sociale deviennent à leur tour des écoles, souvent plus dures mais plus formatrices.
On devient journaliste ou communicateur au contact du réel, dans l’épreuve, dans la confrontation avec la vérité.

Alors, chers collègues, chers étudiants, ma dernière leçon est simple :
ne soyez pas seulement des transmetteurs de messages, soyez des consciences vigilantes.
L’information et la communication sont les poumons de la démocratie et de la paix.
Préservez-les avec dignité, rigueur et humanité.

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