Tribunal de Grande Instance Ouaga I : quand l’amour devient une escroquerie sentimentale
Le 19 septembre 2025, la salle correctionnelle du TGI Ouaga I était pleine à craquer. Un procès pas comme les autres, où l’argent, l’amour et la manipulation se sont mélangés dans une affaire qui a tenu tout le public en haleine.
L’accusé ? M. Sanga, un homme qui s’est présenté à ses victimes comme un grand homme d’affaires. Sur le papier, il avait tout :
• des contrats miniers en cours,
• des camions en location,
• une agence immobilière en projet,
• et même un compte bancaire bloqué de 18 millions F CFA.
Une vitrine parfaite pour inspirer confiance… mais tout était faux.
L’art de la manipulation
Devant le tribunal, la victime principale, Dame Badoit, a raconté comment elle est tombée dans le piège :
« Il m’a dit que je lui portais chance. Je pensais l’aider. Je lui ai remis 17 445 000 F CFA. »
Pour la convaincre, Sanga a utilisé plusieurs stratagèmes :
• Un prétendu voyage en Côte d’Ivoire pour récupérer un chèque ;
• Le paiement de frais liés à ses faux contrats ;
• La réparation d’un véhicule imaginaire ;
• Le déblocage de camions fictifs.
Parfois, il jouait même la carte de la maladie, avec la complicité de son propre petit frère.
L’escroquerie aux sentiments
Ce qui choque dans cette affaire, c’est que tout passait par l’amour et la confiance. Sanga n’abordait pas ses victimes comme un voleur, mais comme un homme amoureux.
Dame Badoit l’a confirmé : « Au départ, il y avait de la confiance. Il m’a dit qu’il travaillait dans une mine et j’ai vu des photos. »
Et elle n’était pas la seule. Une autre femme, Dame Sonia, a témoigné avoir subi le même scénario, les mêmes mensonges, la même déception.
Le procès
Face aux juges, Sanga a nié l’escroquerie, affirmant qu’il avait seulement “emprunté” l’argent à sa copine et qu’il s’agissait d’un conflit sentimental. Son avocat est allé dans le même sens :
« Ce n’est pas une affaire pénale, mais une dispute de couple », a-t-il plaidé.
Mais le parquet, lui, a insisté sur le mode opératoire répété et bien ficelé. L’avocat de la partie civile a parlé d’une “escroquerie aux sentiments”, une pratique qui détruit à la fois les finances et la confiance des victimes.
Le verdict
Le 26 septembre 2025, le tribunal a tranché :
• 18 mois de prison ferme
• 5 millions F CFA d’amende avec sursis
• Remboursement intégral de 17,45 millions F CFA + 500 000 F CFA de frais
Les juges ont reconnu la dimension sentimentale de l’affaire pour alléger la peine, mais la responsabilité pénale de M. Sanga reste entière.
Un signal fort
Cette affaire est loin d’être isolée. Elle met en lumière les escroqueries sentimentales, de plus en plus courantes au Burkina Faso et ailleurs.
Les méthodes sont souvent les mêmes :
• Fausse réussite professionnelle,
• Promesses de mariage ou de vie commune,
• Maladies ou accidents simulés,
• Manipulation via les réseaux sociaux.
Leçon à retenir
Pour Dame Badoit, ce n’est pas seulement une question d’argent, mais une trahison affective profonde. Pour M. Sanga, c’est la fin d’un système basé sur la tromperie.
Le tribunal a rappelé une vérité simple : l’amour ne doit pas servir de couverture à une escroquerie. Dans un contexte économique difficile, il est plus que jamais essentiel de rester vigilant face aux belles paroles et aux promesses trop belles pour être vraies.
Zoodomail
