4 février 2026
Home » AG de l’ONU: les flèches de Trump

« L’ONU ne résout pas les problèmes, elle en crée de nouveaux », attaque Trump au pupitre des Nations unies

Le président américain a tenu un discours plus belliqueux que jamais à l’assemblée générale de l’ONU, où il a appelé à fermer les frontières et à revenir aux sources d’énergie traditionnelle partout dans le monde. Au lance-flammes. Ce mardi, Donald Trump s’est attaqué avec une rare violence à l’ONU, à l’Europe et à toutes les valeurs du multilatéralisme à la tribune de l’assemblée générale des Nations unies. C’est un retour triomphant pour le président américain, dont la dernière adresse à ce pupitre remonte à six ans. A l’époque, il avait déjà choqué l’auditoire. Mais cette fois, il s’en est pris à l’existence-même de l’ONU. Toute son attitude était cavalière et méprisante. « Je n’ai pas besoin d’un téléprompteur, parce qu’il ne marche pas. Celui qui opère ce téléprompteur va avoir des gros problèmes », a-t-il commencé par menacer dès son arrivée à la tribune.

« J’ai mis fin à sept guerres impossibles à finir », « en juste sept mois », « on a sauvé des millions de vies », s’est-il vanté – Israël/Iran, Arménie/Azerbaïdjan, etc. « C’est dommage que j’aie dû faire ça sans l’aide des Nations unies. Je n’ai jamais reçu de coup de fil des Nations unies pour donner un coup de main », a-t-il poursuivi : « Un mauvais escalator et un mauvais téléprompteur, ce sont les seules choses que j’ai eu des Nations unies ! »

Prix Nobel

Puis le leader du monde libre a attaqué bille en tête l’institution qui l’accueillait, à New York : « Les Nations unies ne sont pas là pour nous. Quel est le but des Nations unies ? » a-t-il interrogé, en soulignant que l’organisation avait « tant de potentiel », mais qu’elle était incapable de le réaliser. « Ce sont des mots creux, qui ne résolvent pas les guerres », a-t-il cinglé. Donald Trump, qui aimerait obtenir un prix Nobel de la paix en octobre, s’est notamment lamenté que la signature des accords d’Abraham sous son premier mandat n’ait pas reçu de reconnaissance de l’ONU. Et puis, de manière assez incompréhensible, il est parti dans une diatribe immobilière, en rappelant qu’il avait été candidat à la rénovation du siège de l’ONU, et qu’il n’avait pas remporté l’appel d’offres. Résultat, a-t-il vitupéré, les dépassements de coûts ont été massifs « et il n’y a même pas les sols en marbre », s’est-il emporté.

« On ne sait jamais avec la guerre »

Donald Trump s’est par ailleurs vanté de l’opération « Marteau de minuit » sur l’Iran, le bombardement d’installations nucléaires iraniennes par l’aviation américaine il y a trois mois. « Je me suis profondément engagé pour trouver un cessez-le-feu à Gaza », a-t-il assuré, mais c’est selon lui uniquement le Hamas qui bloque. Alors qu’une dizaine d’Etats viennent de reconnaître l’Etat palestinien, il a dit qu’il considérait que « la récompense serait trop grande ». Il a appelé le Hamas a relâcher les 20 otages en bloc, et « on veut aussi les 38 dépouilles ». Alors qu’il avait promis de le faire en un jour, le président des Etats-Unis n’a pas réussi à arrêter le carnage en Ukraine. « Je pensais que ce serait le plus facile grâce à ma bonne relation avec Poutine. Mais on ne sait jamais avec la guerre », s’est-il justifié. La solution ? Couper les vivres à la Russie. Il a reproché à la Chine et à l’Inde de financer la guerre en achetant le pétrole russe. Il a dit que les nations européennes devront adopter les mêmes sanctions. « C’est gênant pour eux. Arrêtez immédiatement tout achat d’énergie de Russie ».

« L’ONU est supposée arrêter les invasions »

Donald Trump a ensuite porté un nouveau coup de boutoir au multilatéralisme et à l’accueil des réfugiés dans le monde. « Non seulement l’ONU ne résout pas les problèmes, mais en plus elle en crée de nouveaux », a-t-il accusé en évoquant « les migrations incontrôlées ».

Selon lui, l’ONU « finance un assaut sur les pays occidentaux et leurs frontières ». Il a évoqué un budget onusien de 372 millions de dollars d’assistance en cash « pour permettre le voyage de 624.000 migrants estimés vers les Etats-Unis ». « L’ONU a également fourni des aliments, des abris, des moyens de transport et des cartes de débit à des sans-papiers. C’est « pas croyable », « inacceptable », a-t-il fulminé. « L’ONU est supposée arrêter les invasions, pas les financer », a-t-il poursuivi, avant de se livrer à un décompte du pourcentage d’étrangers dans les prisons de chaque pays européen. « Il est temps d’arrêter l’expérience ratée des frontières ouvertes », a-t-il conclu.

Les « énergies suicidaires » de l’Europe

L’Europe, justement. Elle « a un problème sérieux », a-t-il attaqué, dans la droite ligne du discours de la conférence de sécurité de Munich, par le vice-président J. D. Vance, qui avait tant choqué les alliés de l’Amérique. « Les étrangers qui se ruent sur l’Europe, ce n’est pas durable », et c’est la faute de dirigeants qui sont « politiquement corrects, donc ils ne font rien ». Il a accusé sans fondement les pays européens d’être prêts à « adopter la charia », pointant les « énergies suicidaires » européennes.

Le changement climatique est la plus grosse arnaque du monde, l’empreinte carbone est un enfumage.

Puis il a enchaîné sur les énergies renouvelables – « c’est une blague, ça ne marche pas » -, une autre vache sacrée européenne. « Le changement climatique est la plus grosse arnaque du monde, l’empreinte carbone est un enfumage », a-t-il crânement déclaré, en se félicitant d’avoir retiré son pays des accords de Paris. « J’aime l’Europe. Je m’inquiète pour l’Europe, dévastée par l’énergie et l’immigration », a-t-il dit, avant de donner ce conseil au monde entier : « vous avez besoin de frontières fortes et de sources d’énergie traditionnelles si vous voulez être fort ».

« Trouver l’inspiration dans notre exemple »

Le président américain s’est également réjoui d’avoir imposé des tarifs douaniers historiquement élevés, « un mécanisme de défense » contre le reste du monde qui a profité de la générosité américaine pendant des années. Il a notamment insisté sur le coup porté au Brésil, dont le président Lula da Silva, qui parlait juste avant lui, s’est fait le porte-parole des pays qui résistent aux diktats trumpistes. Enfin, il a appelé les autres nations à « trouver l’inspiration dans notre exemple » et à partager les mêmes valeurs : liberté d’expression, libertés religieuses, « y compris pour la religion la plus persécutée du monde, le christianisme ». Il ne fait pas de doute que cet appel va résonner aux oreilles des partis populistes au pouvoir ou bien aux portes du pouvoir en Europe.

Rencontres au sommet

A la suite de ce discours belliqueux, le président américain devait rencontrer dans la journée Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien attend du leader occidental qu’il fasse pression sur les pays qui continuent à acheter le pétrole russe, notamment la Hongrie, la Slovaquie, la Turquie, qui ont des affinités avec Donald Trump. Il devait également parler à Javier Milei, le leader argentin en difficulté. Le gouvernement américain vient de promettre de soutenir le peso pour prévenir une panique financière et soutenir un allié idéologique. Enfin, la Maison-Blanche a organisé une conférence sur la paix au Moyen-Orient, avec huit pays. Y participera notamment l’Arabie saoudite, qui a coorganisé la veille une conférence sur la solution à deux Etats en Palestine, au cours de laquelle la France a reconnu l’Etat palestinien. Les Etats-Unis sont opposés à cette initiative, s’alignant sur la position d’Israël.

 

Source : Les Echos

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