L’éducation autour du repas chez les Moosé
Il était presque 20 heures. Dans la famille du vieux Ragomzanga, comme partout au village, un grand silence régnait. Ce silence intriguait toujours M’ba Katré l’Hyène, car, selon lui :
« Lorsque tu approches d’un village et qu’il n’y a pas de bruit, deux choses sont possibles.
La première : les villageois se sont réunis à la bergerie et m’attendent pour m’abattre.
La seconde : c’est l’heure du repas. »
Un peu plus tard, dans les bois, résonnait le chant : « koulbala, koulbala, koulbala… ».
C’était la tourterelle du repas qui annonçait l’heure du dîner. Dans les sociétés africaines, en effet, le déroulement de la journée se mesure souvent aux chants des oiseaux. Cette fois, la deuxième hypothèse de M’ba Katré venait de se confirmer : c’était bien l’heure du repas au village.
La division familiale autour du repas
Au moment de manger, la famille se subdivise en deux groupes :
Ying-ramba (les gens de dehors) : les hommes.
Zakē-ramba (les gens de l’intérieur) : les femmes.
Est considéré comme « homme » tout garçon ayant subi la circoncision traditionnelle (et non pas celle d’aujourd’hui, jugée plus simplifiée).
Les leçons éducatives autour du repas
Dans le groupe des hommes, les adolescents vivaient cette période avec crainte : s’ils manquaient l’appel du repas, ils ne pouvaient manger qu’au lendemain.
– C’était l’éducation à la pondérance.
Les jeunes garçons avaient pour mission de convoyer la nourriture et l’eau vers les adultes installés dehors.
– C’était l’éducation aux sacrifices pour les autres.
Une fois le plat déposé, aucune parole n’était permise. Les yeux baissés, la main gauche devait toujours tenir le plat.
– C’était l’éducation à la concentration et à l’écoute.
Lorsque la sauce venait à manquer et qu’un aîné partait en chercher à nouveau, les plus jeunes n’avaient plus le droit d’y toucher jusqu’à la fin du repas.
– C’était l’éducation au respect de la hiérarchie.
Conclusion
Le repas, dans la société moaga, n’est donc pas seulement un moment de partage. C’est une véritable école de vie, où chaque geste, chaque attitude, transmet une valeur : pondérance, sacrifice, respect, discipline. Autour du plat commun, se forgeait une éducation collective, fondée sur l’écoute et le respect de l’ordre social
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