Il est 14 heures, l’après-midi de ce 21 juin 2025 .Devant le palais du Yatenga Naaba, une foule importante de femmes et d’hommes de tous âges se bouscule pour y entrer.
Parmi les visiteurs se trouvent 3 hommes tout de blanc vêtus, tête rasée: Ce sont des prétendants à la chefferie de leurs ressorts territoriaux respectifs.
Parmi eux, figure le prince héritier du défunt M’soba de Bobossin, hôte et introducteur des étrangers auprès du roi du Yatenga issu des Bobos venus au 18e siècle de l’Ouest du pays en appui au fondateur de la ville de Ouahigouya dans la reconquête de son trône jadis perdu.
C’est donc un descendant Bobo altier, bien trapu et tout beau dans sa tunique blanche, qui se présente devant le Yatenga naaba pour lui demander de lui confier la charge jadis occupée par ses pères et les pères de ses pères.
Assis à l’ombre des arbres de la cour royales, leurs partisans derrière eux, les prétendants attendent sans savoir quand ils seront intronisés.
A 16h, commencent à arriver les ministres du roi qui partent s’asseoir sur des nattes au fond de la cour. A 16h 30 environ arrivent celui qu’on pourrait appeler “secretaire général du gouvernement et du conseil des ministres”, le Tom naaba, l’introniseur officiel.
Il passe saluer ses collègues “ministres du rois” et entre dans le palais pour s’entretenir avec le roi et probablement s’assurer que les prétendants sont vraiment ceux sur qui le roi avait vraiment porté son choix.
Ayant reçu confirmation, il ressort accompagné des Benda, les tambouriniers royaux et se dirige vers la zone des intronisation. Il s’y assoit à même le sol et se met à tracer des arabesques étranges sur le sol.
Dès qu’il a fini, il fait appeler les prétendants à tour de rôle pour la cérémonie d’intronisation. Bobo s’approche en premier accompagné de ses oncles et de ses tantes.
L’introniseur lui demande de décliner son identité à l’état civil puis l’informe qu’après la cérémonie d’intronisation, il ne portera plus ces nom et prénom.
Il leur exige alors « le prix de la pioche » (ayant servi à creuser la terre pour avoir la poussière d’intronisation), de l’eau (dolo), une femme (symbolique), une récompense pour les tambouriniers ou Benda pour leur accompagnement.
Il lui indique ensuite les charges qu’il s’apprête à recevoir sur ses épaules et lui demande s’il est sûr qu’il pourra les remplir sans faillir.
Après la réponse affirmative du prétendant, il lui demande cette fois, de décliner ses trois noms de gue »rre. Ceci fait, il l’invite à s’approcher pour « recevoir la poussière »
Celui ci s’approche tête baissée et le Tom Naaba (littéralement « chef de poussière « ) lui passe de la poussière sur la tête, signe du contrat nouveau entre lui et les ancêtres. Il se lève alors aux cris de joie de sa suite et se fait porter en triomphe pour rejoindre sa place.
Le même rituel est suivi par les 3 prétendants. L’intronisation achevée, les nouveaux chefs se mettent en rang et dansent au son des tambours des Benda royaux.
En dernière étape, ils se retrouvent cette fois devant l’entrée du palais royal où un ministre (le Toogo naaba) leur délivre le message du roi essentiellement constitué de rappels sur leurs devoirs envers les populations et une invite à l’humilité en toute circonstance.
Ces conseils reçus, les « élus du roi » accèdent à l’intérieur du Palais ou le maître des lieux les attend.
Ils lui renouvelleront leurs remerciements pour le choix porté sur leur personne pour l’aider dans ̀ la gestion de son royaume et promettront de se montre digne de la charge à eux confiée.
Puis, accompagnés de leurs suites, chacun d’eux retourne chez son hôte ou gaang-soaba (un chef ne rentre pas directement chez lui une fois intronisé). Ils y passeront la nuit avant de rentrer chez eux le lendemain ou une grande fête est organisée pour recevoir les « salutations » des populations.
Pathé Tidjani Halidou, envoyé spécial de Archives Burkina
Au palais royal du Yatenga.
Reveil-info
