C’est une formule bien connue en Côte d’Ivoire: “Quand il pleut à Paris, Abidjan est mouillée”. C’est valable dans tous les domaines, y compris en politique.
Les déboires judiciaires de l’ancien président français Nicolas Sarkozy, déjà sous bracelet électronique et contre lequel la justice de son pays vient de réquérir sept ans de prison, doivent certainement faire réfléchir son “ami”, l’actuel président ivoirien Alassane Ouattara.
Le premier a aidé le second à se défaire militairement de Laurent Gbagbo en 2011, et le second sait plus que jamais qu’à la fin de son mandat, il ne sera peut-être pas à l’abri des malheurs du premier.
Après les événements de 2010 et 2011, la Cour pénale internationale s’était engagée en effet à enquêter sur le camp Gbagbo et sur le camp Ouattara.
Dans le premier volet de son action, la CPI a jugé et acquitté Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Il reste donc le deuxième volet, portant sur les crimes commis par les ex-rebelles proches de Ouattara et menés par Guillaume Soro.
Malgré la fermeture de son bureau à Abidjan pour des raisons budgétaires, la CPI n’a pas refermé le dossier. Elle devrait d’ailleurs rendre les conclusions de sa seconde enquête d’ici fin 2025.
Tout cela est forcément pris en compte par Alassane Ouattara dans sa réflexion sur son avenir. Doit-il, malgré la fatigue et l’usure du pouvoir, briguer sa succession pour s’assurer une réélection, lui permettant de freiner les futures réclamations de la CPI en Côte d’Ivoire ??
C’est l’un des enjeux parmi d’autres d’un éventuel quatrième mandat, pour un président qui ne dispose plus des mêmes indéfectibles soutiens extérieurs que par le passé. En 2023, un rapport de l’Union européenne avait même osé pointer une “dérive autoritaire du pouvoir” à Abidjan, déclenchant de vives protestations.
À cela s’ajoute cette année un contexte électoral sous haute tension. En 2020, Alassane Ouattara avait un boulevard devant lui. La candidature de Kouadio Konan Bertin pouvait moins l’inquiéter que celle aujourd’hui de Tidjane Thiam qui bénéficie des mêmes réseaux internationaux que lui.
Sans oublier l’autre poids lourd ivoirien, l’ancien président Laurent Gbagbo qui exige sa réinscription sur les listes électorales, et qui n’est pas prêt de céder, ni lui ni ses partisans déterminés.
Cela dit, une fois qu’on a énoncé les données du problème, il ne faut pas oublier que la politique c’est comme un iceberg: il y a la partie émergée que tout le monde voit, avec les passes d’armes musclées en surface, et il y a la partie immergée qu’on ne voit pas, avec de possibles tractations secrètes pour éviter que le navire ivoirien ne prenne l’eau à nouveau…
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Publié par le journaliste Serges Bilé
