31 janvier 2026
Home » Libre Opinion- Mali, Burkina, Niger : L’AES claque la porte d’une Francophonie vidée de son sens 

La Francophonie se voulait un espace de dialogue, de coopération et de partage des valeurs démocratiques. Mais derrière cette façade bienveillante se cache une organisation devenue, au fil des ans, une simple courroie de transmission des intérêts français en Afrique. Un instrument de contrôle plutôt qu’un espace d’émancipation.

Le 17 mars 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de quitter cette structure en perte de légitimité, dénonçant une ingérence permanente et une hypocrisie flagrante dans l’application des principes démocratiques. Une sortie fracassante, mais inévitable, tant l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) s’est transformée en un tribunal à double standard, prompt à sanctionner les États qui s’affranchissent du joug occidental, tout en caressant dans le sens du poil les régimes autoritaires, amis de Paris.

L’OIF : Un club aux règles fluctuantes
Officiellement, l’OIF promeut la démocratie, l’État de droit et les droits humains. Mais en réalité, ses décisions sont dictées par des considérations géopolitiques et non par des principes universels. Lorsqu’un coup d’État militaire survient dans un pays qui dérange l’ordre établi, la réaction est immédiate : sanctions, suspension, condamnations en rafale. Mais quand un président modifie la Constitution pour rester au pouvoir à vie ou musèle l’opposition avec la bénédiction de l’Élysée, c’est silence radio.
Les pouvoirs du Sahel, eux, ont eu droit à une cabale médiatique et diplomatique sans précédent. Dès leur arrivée au pouvoir, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont été suspendus de l’OIF, sur injonction à peine voilée de Paris. Mais où était cette fermeté lorsque Ouattara s’est octroyé un troisième mandat anticonstitutionnel en Côte d’Ivoire en marchant sur les corps sans vie de centaines d’ivoiriens ? Où étaient les grands principes de la Francophonie lorsque Alassane Ouattara verrouillait le pays avec des réformes taillées sur mesure pour se maintenir au pouvoir contre la Constitution et le Peuple ivoirien ? Rien. Pas une seule sanction. Pas un communiqué indigné. Juste un silence complice.
L’AES se libère de la tutelle francophone
Face à cette hypocrisie manifeste, le Mali, le Burkina Faso et le Niger n’avaient plus aucune raison de faire semblant. Leur sortie de l’OIF s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une rupture avec un système de domination maquillé en coopération. Après avoir quitté la CEDEAO, les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) poursuivent leur trajectoire d’affranchissement.
En réalité, l’OIF n’a jamais été un espace où l’Afrique francophone pouvait réellement peser sur son propre destin. C’est un outil façonné par la France pour maintenir son influence sur ses anciennes colonies, en les enfermant dans une relation de dépendance économique et culturelle. Quitter l’OIF, c’est envoyer un message clair : Les peuples du Sahel ne veulent plus être traités comme des élèves turbulents sous surveillance, mais comme des nations souveraines, maîtresses de leur avenir.
Throwback sur le scandale du Parlement de la Francophonie : un coup d’État électoral à la sauce Ouattara
Si des preuves étaient nécessaires pour démontrer la nature biaisée et manipulée de la Francophonie, l’épisode de l’élection d’Amadou Soumahoro (RIP) à la Présidence du Parlement de la Francophonie en 2019 est une illustration parfaite.
À cette époque, le poste revenait légitimement à Guillaume Soro, alors Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, un homme qui avait pourtant été un allié clé d’Alassane Ouattara. Mais dès lors que Guillaume Soro a pris ses distances avec son ancien mentor et a commencé à incarner une alternative politique crédible, il est devenu un homme à abattre.
Sous pression du pouvoir ivoirien et avec la complicité active de la Francophonie, un véritable coup d’État électoral a été orchestré pour barrer la route à Guillaume Soro. Amadou Soumahoro, pourtant sans légitimité réelle pour ce poste, a été imposé à la tête de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), en violation totale des règles démocratiques et du consensus établi.
L’OIF, censée défendre les principes de bonne gouvernance, a non seulement validé ce passage en force, mais a activement fermé les yeux sur cette mascarade. Encore une fois, la démocratie ne pèse rien face aux intérêts politiques et géopolitiques dictés par les parrains de l’organisation.
Le vrai visage de la Francophonie : une machine à punir les insoumis
Le Mali, le Niger et le Burkina Faso n’ont pas été suspendus de l’OIF en raison des coups d’État militaires. Ils l’ont été parce qu’ils ont osé remettre en question l’ordre néo-colonial. Ils ont osé expulser les bases militaires françaises, ils ont osé diversifier leurs partenariats, ils ont osé affirmer leur indépendance. Et pour cela, ils devaient être mis au ban.
Mais pendant ce temps, des dictateurs “fréquentables”, eux, restent bien en place, sans la moindre inquiétude. Ali Bongo par exemple a été président du Gabon pendant quatorze ans grâce à des élections truquées, mais l’OIF ne l’a jamais sanctionné. L’OIF ne défend pas la démocratie. Elle défend des intérêts. Et ceux qui s’écartent du chemin tracé par Paris sont immédiatement diabolisés.
L’avenir : une Francophonie exsangue et discréditée

Avec le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger, c’est une fracture historique qui s’opère. L’OIF, déjà en perte de vitesse, s’affaiblit encore davantage, incapable de masquer son incohérence. Car si cette organisation avait réellement à cœur la démocratie, elle devrait être la première à sanctionner des présidents qui s’accrochent au pouvoir par la fraude et la répression. Elle ne devrait pas être un instrument au service des puissants, mais un espace où la voix des peuples prime sur les jeux d’influence.

Mais ce ne fut jamais le cas. L’OIF restera un club où la France dicte les règles du jeu, où les petits arrangements diplomatiques priment sur les principes. Pendant ce temps, l’AES avance, forte de sa souveraineté retrouvée, libérée d’un cadre qui ne lui apportait que mépris et soumission.

L’heure de la vraie indépendance a sonné. L’Afrique n’a pas besoin d’une Francophonie qui trahit ses propres idéaux. Elle a besoin de construire son propre avenir, avec des institutions qui lui ressemblent et qui respectent réellement la voix de ses peuples.

Par Kader Diarrassouba

www.reveil-info.net

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