4 février 2026
Home » DOCUMENT- COMMUNICATION DE Dr Cyriaque PARE, LE 7 FÉVRIER 2025, SUR LES CONCEPTS ET LES ENJEUX DE LA MANIPULATION DE L’INFORMATION
Dr Cyriaque Paré

A l’occasion d’une conférence publique organisée par le Conseil supérieur de la communication ( CSC), le ministère en chargé de la communication et celui en charge de la transformation digitale, le Dr Cyriaque PARE a donné une communication sur « Les concepts et les enjeux de la manipulation de l’information ». Extraits concernant la définition de quelques formes de manipulation de l’information.

Il faut déjà noter que la manipulation de l’information est un phénomène ancien qui s’est amplifié avec l’essor des technologies numériques et des réseaux sociaux. Elle repose sur des techniques variées visant à influencer l’opinion publique, souvent en déformant la réalité.

1. La manipulation de l’information
C’est un ensemble de techniques visant à orienter l’opinion publique en distordant, cachant ou amplifiant certaines informations.
C’est donc un processus intentionnel visant à influencer les perceptions et les comportements des individus ou des groupes sociaux en altérant la réalité des faits.
Cette manipulation peut se faire par différents moyens : omission d’informations, exagération, distorsion des faits, mise en scène trompeuse, etc.
Caractéristiques de la manipulation de l’information
– Intentionnalité : la manipulation est mise en place pour servir un objectif précis (politique, économique, idéologique, etc.).

-Distorsion de la réalité : L’information est modifiée, amplifiée ou tronquée pour orienter les opinions.
– Utilisation des biais cognitifs : Elle exploite les émotions (peur, colère, espoir) et les préjugés des individus pour rendre le message plus efficace.
– Vecteurs variés : Médias traditionnels, réseaux sociaux, messageries privées, publicités ciblées, etc.

2. La désinformation
C’est la diffusion intentionnelle de fausses informations dans le but d’induire en erreur ou d’influencer un groupe ou une société.
Elle consiste à fabriquer ou diffuser délibérément de fausses informations dans le but d’induire en erreur et de manipuler l’opinion publique.
Caractéristiques de la désinformation :
– L’information est volontairement fausse ou manipulée.
– Elle vise à tromper un public pour influencer ses décisions ou ses croyances.
• Souvent utilisée à des fins politiques, économiques ou géopolitiques.
Exemples :
– Publication d’une fausse étude prouvant que les vaccins sont dangereux pour dissuader la vaccination.
– Création de fausses images de guerre pour justifier une intervention militaire.

On notera que si la manipulation de l’information consiste à orienter la perception du public en jouant sur la présentation des faits qui peuvent être réels, la désinformation repose sur la création et la diffusion d’informations fausses.

3. La mésinformation
C’est la transmission involontaire de fausses informations sans intention malveillante.
Contrairement donc à la désinformation, la propagation de fausses informations est ici involontaire. L’individu ou le média qui diffuse cette information pense qu’elle est vraie et ne cherche pas à tromper.
• Caractéristiques :
– L’information est fausse mais partagée sans intention malveillante.

Elle résulte souvent d’un manque de vérification ou d’une crédulité excessive.
– Elle peut être amplifiée par les réseaux sociaux et les messageries privées.
• Exemples :
– Un internaute partage un article alarmiste sur une catastrophe naturelle qui s’avère être une fausse alerte.
– Une chaîne d’information relaie une rumeur non vérifiée sur la santé d’un dirigeant.
– Des parents diffusent des conseils médicaux erronés sur Internet en pensant aider les autres.

Différence clé : La désinformation est intentionnelle, tandis que la mésinformation est accidentelle.

4. La malinformation
La malinformation désigne la diffusion d’informations vraies, mais utilisées de manière trompeuse, nuisible ou hors de leur contexte dans le but de causer du tort à une personne, un groupe ou une institution.
Contrairement à la désinformation (fausses informations intentionnellement diffusées) et à la mésinformation (fausses informations partagées sans intention de nuire), la malinformation repose sur des faits réels qui sont manipulés ou décontextualisés pour induire en erreur ou nuire à une réputation.
Exemple : diffusion d’informations privées sur une ex-compagne pour se venger
Si la manipulation de l’information repose sur la falsification ou la distorsion des faits pour influencer l’opinion, la malinformation repose sur des faits réels mais utilisés de manière malveillante pour nuire à une personne ou à un groupe.

5. La non‑information
Elle consiste à propager des informations superflues et non pertinentes pour couvrir, cacher ou obscurcir des informations réelles, importantes pour le public. La non-information peut être aussi une stratégie de communication pour distraire l’opinion publique et détourner son attention d’un problème sérieux.

6. Les fake news ou fausses nouvelles
Ce terme désormais très populaire, grâce ou à cause de Donald Trump, désigne des informations volontairement erronées, souvent propagées à des fins politiques ou commerciales.
Caractéristiques de la fake news :
– Il s’agit d’informations totalement ou partiellement fabriquées.
– Leur but peut être commercial (clickbait) ou politique.
– Elles sont souvent conçues pour être virales.
• Exemples :
– Un site diffuse une fausse déclaration d’un président pour créer la polémique.
– Un média partisan invente une histoire sur un pays rival pour discréditer son gouvernement. Très fréquent sur les réseaux sociaux aujourd’hui.
– Un blog publie un faux témoignage sur un traitement miracle contre une maladie.
Remarque : Pour en revenir à Donald Trump, le terme « fake news » est souvent galvaudé et utilisé à tort pour discréditer des informations légitimes. C’est dire que « fake news, dans la bouche de certaines personnes, désigne des informations vraies que l’on veut discréditer.

7. La propagande
C’est la diffusion contrôlée d’informations biaisées
La propagande désigne la diffusion d’informations (vraies ou fausses) de manière orientée pour influencer massivement l’opinion publique. Elle est souvent utilisée par les États ou les organisations pour imposer une idéologie, une vision des choses.
• Caractéristiques :
– Elle vise à influencer la perception collective en favorisant un point de vue unique.
– Elle utilise des éléments de manipulation émotionnelle et symbolique.
– Elle est souvent diffusée par des institutions officielles ou des groupes militants.
• Exemples :
– Campagnes d’affiches, de vidéos, ou de simples publications, montrant un ennemi comme une menace existentielle.
– Messages répétés par des médias contrôlés par un gouvernement pour soutenir une guerre.
– Discours médiatiques construits pour renforcer un sentiment de nationalisme.
Différence clé : Contrairement aux fake news qui sont souvent ponctuelles, la propagande est une stratégie organisée et systématique sur un temps plus ou moins long.

8. Les théories du complot
Il s’agit d’une manipulation basée sur la suspicion.
Les théories du complot sont des narrations alternatives qui expliquent un événement en impliquant un groupe caché qui tirerait les ficelles en secret. Elles se nourrissent du sentiment que les autorités, les puissants, cachent certaines choses ou la réalité aux populations « On ne nous dit pas tout », « On nous cache des choses ».
• Caractéristiques :
– Elles présentent des événements complexes comme étant orchestrés par une élite secrète

Elles rejettent les explications officielles en les accusant d’être des mensonges.
– Elles peuvent être alimentées par la désinformation et amplifiées sur les réseaux sociaux.
• Exemples :
– L’idée que les astronautes n’ont jamais marché sur la Lune et que tout a été mis en scène par la NASA.
– Les rumeurs selon lesquelles une pandémie serait orchestrée par des laboratoires pharmaceutiques pour vendre des vaccins. (COVID, Target Malaria, vaccin contre la fièvre typhoïde)
– La croyance que certaines élites politiques ou économiques contrôlent les médias et dirigent secrètement le monde. Ainsi, plusieurs groupes sociaux réels ou fictifs sont ainsi régulièrement visés ou évoqués : les Juifs, les « Illuminati », les loges maçonniques, Big Pharma, le groupe Bielderberg, etc.
Danger principal : Ces théories minent la confiance dans les institutions et favorisent l’extrémisme.

8. Les biais cognitifs
Ce sont des distorsions systématiques dans la manière dont notre cerveau traite l’information et prend des décisions.
Ils sont souvent dus à des raccourcis mentaux que nous utilisons pour simplifier notre environnement complexe. Ces biais peuvent nous induire en erreur et affecter notre jugement de manière irrationnelle.
Les biais cognitifs sont nombreux et influencent nos décisions au quotidien, souvent sans que nous en ayons conscience. Ils favorisent ou participent à la manipulation de l’information. Nous en retenons quelques-uns qui sont très courants.

Le biais de confirmation : cela « consiste à systématiquement chercher des informations, voire provoquer des événements ou se rappeler sélectivement d’informations qui sont compatibles avec nos hypothèses ou nos croyances »
Ainsi, nous sommes poussés à privilégier, rechercher, interpréter et retenir les informations qui confirment nos croyances ou hypothèses préexistantes, tout en ignorant ou minimisant celles qui pourraient les contredire.
En politique, Un électeur partisan peut choisir de regarder exclusivement des chaînes d’information ou lire des articles qui renforcent sa vision politique. Ainsi, il ignore ou rejette les informations provenant de sources opposées, ce qui renforce encore davantage ses convictions initiales et peut conduire à une polarisation. (Exemple avec les partisans de D. Trump et ailleurs dans le monde).

La bulle de filtre : mécanisme de filtrage de l’information parvenant à un usager d’Internet qui résulte de la personnalisation des contenus en ligne et auraient des conséquences sur la diversité des informations reçues par les internautes. On peut arriver à manipuler des individus ou un groupe social en ne leur laissant accéder qu’à des informations bien déterminées. Les algorithmes des réseaux sociaux peuvent efficacement être utilisés dans ce sens comme on l’a vue avec le scandale Cambridge Analytica)

L’effet Dunning Kruger
Selon cette théorie, les personnes les moins compétentes tendent à surestimer leurs connaissances d’un sujet. Et en faire des démonstrations désordonnées et excessives. En revanche, plus un individu est véritablement expert, plus il remettra en question ses croyances.
Ainsi, les individus peu compétents manquent souvent des connaissances nécessaires pour reconnaître leurs erreurs, ce qui conduit à une confiance exagérée en leurs capacités. À l’inverse, ceux qui maîtrisent le sujet sont souvent plus conscients des complexités et des nuances, ce qui peut les amener à douter de la perfection de leurs connaissances.
Exemples : dans les discussions sur des sujets complexes comme l’économie ou la politique, certains individus peuvent exprimer des opinions très affirmées sans posséder une compréhension approfondie des enjeux. Leur manque de connaissances les empêche de reconnaître la complexité du sujet, et ils surestiment ainsi la validité de leur point de vue.
On voit ainsi aujourd’hui des analyses très tranchées sur la géopolitique, l’économie, le droit constitutionnel avec des arguments erronés ou totalement surréalistes. Ce qui rend les débats publics passionnels et conflictuels.

L’amplification inauthentique : l’amplification d’une information, d’un contenu sur Internet peut relever d’une stratégie concrète d’un acteur ou d’un groupe d’acteurs dans le but d’augmenter le volume du trafic ou la visibilité d’une tendance. Elle est dite inauthentique lorsqu’elle est l’affaire de bots et/ou de faux comptes ou de comptes hybrides (homme‑machine).
Les plateformes ont instauré différents garde‑fous pour lutter contre ces pratiques qui peuvent « déformer le débat démocratique en permettant à des petits groupes d’apparaître démesurément forts et influents ».
NB : En décembre 2020 Facebook a supprimé des dizaines de faux comptes pilotés depuis la Russie et la France, et qui animaient des campagnes de désinformation ayant pour cible des pays africains.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!