31 janvier 2026
Home » TRIBUNE- Repères et tares : école ou éducation familiale ? l’école abêtit- elle?
Dans un monde en perpétuelle mutation, où le savoir et les compétences sont devenus les leviers essentiels du développement individuel et collectif, l’école s’impose comme une institution incontournable. Elle est le socle sur lequel se bâtissent les rêves, les carrières et les sociétés modernes. Mais peut-elle, à elle seule, forger des êtres humains complets, dotés de repères solides et de valeurs profondes ? La réponse est non. Car si rien ne peut remplacer l’école, il est tout aussi vrai que l’école ne peut offrir ce que l’éducation familiale n’a pas transmis.
L’école : un lieu de savoir, pas de tous les repères fondamentaux
L’école enseigne. Elle transmet des connaissances, développe la pensée critique, initie aux sciences, aux arts et aux technologies. Elle donne à chacun les outils pour comprendre et transformer le monde. Mais l’école n’enseigne pas qui nous sommes. Elle ne forme pas l’identité culturelle, les valeurs éthiques ou les principes moraux qui structurent la personnalité.
Ces fondations se posent ailleurs : dans la famille, la communauté, la culture. Elles se transmettent dans les gestes du quotidien, les récits familiaux, les traditions, les savoirs endogènes et les valeurs qui guident les comportements. C’est dans cet espace intime que l’on apprend la responsabilité, le respect, l’intégrité, la solidarité et la résilience. Sans ces repères, l’école peut certes former des esprits brillants, mais aussi déconnectés de leurs racines, vulnérables face à la quête de sens.
L’éducation familiale : le socle invisible du développement
L’éducation familiale ne se limite pas à la discipline ou aux bonnes manières. Elle est la transmission de repères existentiels. C’est là que se forment les premières perceptions du monde : ce qui est bien ou mal, ce qui a de la valeur, ce qui mérite d’être défendu. C’est dans la famille que se construit la capacité d’aimer, de coopérer, de faire preuve d’empathie.
Une école, aussi performante soit-elle, ne peut enseigner ces éléments essentiels. Elle peut compléter, mais non substituer. Sans cette base, l’individu risque d’être éduqué dans la forme, mais vide dans le fond. Il aura appris à résoudre des équations complexes, mais sans savoir résoudre les conflits intérieurs qui minent sa stabilité émotionnelle et relationnelle.
Quand l’école et la famille se complètent : le véritable moteur du développement
Le vrai développement, qu’il soit individuel ou collectif, émerge de la synergie entre l’éducation familiale et l’instruction scolaire. L’école enseigne à penser, la famille enseigne à être. L’école ouvre des horizons, la famille ancre dans une identité.
Dans nos sociétés africaines, où les enjeux de développement exigent non seulement des compétences techniques mais aussi des repères culturels et éthiques solides, cette complémentarité est plus cruciale que jamais. Comment espérer un changement durable sans citoyens enracinés dans leurs valeurs ? Comment imaginer un développement harmonieux sans une jeunesse qui sait non seulement quoi faire, mais pourquoi le faire ?
Une urgence pour l’Afrique : réconcilier savoir et être
Le défi africain ne réside pas uniquement dans l’accès à une éducation de qualité. Il réside aussi dans la capacité à élever des individus complets, capables de conjuguer savoir, savoir-faire et savoir-être. Cela suppose de repenser la place de la famille dans la construction éducative, de valoriser les traditions positives, d’explorer davantage les savoirs endogènes, de redonner un sens à la transmission intergénérationnelle.
Nos écoles doivent former des ingénieurs, des médecins, des philosophes, des économistes, des chercheurs…, mais aussi des citoyens conscients, porteurs de valeurs capables de guider leurs choix. Nos familles, elles, doivent éduquer des enfants capables de tirer parti du savoir académique sans perdre leur essence.
Éduquer, ce n’est pas seulement instruire
Si l’école est la clé qui ouvre les portes du savoir, la famille est le socle sur lequel repose la sagesse. On peut instruire sans éduquer, mais on ne peut éduquer sans transmettre des repères. Un système éducatif performant ne saurait se substituer à la famille ; il ne fait que compléter le travail entamé dans les premières années de vie.
L’Afrique, pour se développer durablement, devra donc s’assurer que ses écoles produisent non seulement des esprits compétents, mais surtout des êtres ancrés, responsables et conscients de leur rôle dans la construction collective. Car en fin de compte, rien ne remplace l’école. Mais sans l’éducation familiale, l’école seule ne suffit. Alors ouvrez bien grandement les yeux et observez autour de vous. Les tares de la société et certains comportements qui dépassent souvent votre entendement tel l’inconstance, la boulimie, le mensonge, le pillage des deniers publics, la stigmatisation, l’ingratitude, la méchanceté gratuite , la bêtise etc.. ne sont pas de la responsabilité de l’école toute seule. Et bien sur l’école ne rend pas bête ! Absolument pas! Mais l’ignorance, si !
Dr Harouna Kaboré

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