3 février 2026
Home » Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)- Education traditionnelle Moaaga : construire une personne intégrale  

Avant la pénétration coloniale, les sociétés africaines disposaient de systèmes éducatifs adaptés aux besoins des familles et des communautés. Dans le Riungu de Busma, la première école était la famille. C’est par la suite que la communauté prenait en charge l’éducation des enfants à travers les cadres d’initiation. Les différents métiers et les principales fonctions sociales représentent également des espaces efficaces d’éducation. Lorsqu’il est question aujourd’hui d’un système éducatif importé et contesté, il est urgent de jeter un regard sur les systèmes endogènes d’éducation pour en faire des synthèses adaptées aux besoins des communautés en transition comme celles du Burkina Faso et de l’Afrique.

« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris ! », note Victor Hugo dans ses « Feuilles d’automne » (1831). En Afrique, l’enfant est perçu comme une bénédiction pour la famille. Il est la propriété des familles, aussi bien du côté paternel que du côté maternel. Fille ou garçon, la venue de l’enfant représente une joie immense. Son éducation est de la responsabilité de toute la communauté. Elle se préoccupe de lui donner les meilleurs enseignements pour en faire un être humain sage et utile. En tant qu’être social, l’enfant est vite pris en charge depuis le berceau par des mères et des pères, des tantes et des oncles, des grands-parents, des connaissances directes et indirectes.

Dans la société moaaga de Busma, le « bon » enfant est l’enfant de toute la communauté et le « mauvais » enfant est l’enfant de son père et de sa mère. De cette perception se dégage la responsabilité collective dans l’éducation des enfants. Au sein de la famille et dans la société, des mécanismes existent pour assurer en permanence l’éducation des enfants. Polygames ou monogames, les familles moosé de Busma vivent au sein de grandes concessions où cohabitent plusieurs ménages. Une famille est constituée de plusieurs ménages. Elle a à sa tête un chef de famille qui est le doyen d’âge. Les membres vivent sous le leadership de responsable dont la sagesse lui confère le rôle de premier éducateur. Il puise dans les traditions et dans les coutumes pour enseigner les membres de sa famille. Il est assisté par les hommes et les femmes âgés de la famille.

La vie au sein de la famille s’illustre en véritable école. La répartition des tâches constitue en soi des opportunités d’apprentissage. Les garçons et les filles reçoivent des tâches qui peuvent être communes ou différentes selon le genre. Pour l’équilibre de la société, chaque individu, selon son sexe et son âge, bénéficie d’une tâche à sa taille et en fonction de ses capacités.

A titre d’illustration, les travaux champêtres sont effectués par les hommes et par les femmes. Les enfants sont également initiés aux travaux des champs. Les filles servent de garde-bébés. Il arrive souvent que les garçons jouent également le rôle de garde-bébés. En fonction de l’âge, les enfants, garçons ou filles, ont la responsabilité de la garde des animaux, notamment des petits ruminants et même du bétail.

Les familles de métiers comme les forgerons, les tisserands, les chasseurs, les pêcheurs et les musiciens initient leurs enfants aux métiers. Les familles constituent les premières écoles dans la société moaaga de Busma. L’enfant est d’abord apprécié selon son origine familiale. Il représente l’honneur de sa famille. Il incarne l’image de sa famille. Il est l’ambassadeur de sa famille. Il doit être la fierté de ses parents.

Au-delà des familles, la communauté moaaga de Busma prend en charge l’éducation des enfants à travers les initiations. Il y avait une initiation pour les garçons et une initiation pour les filles. Les premiers passent par l’épreuve de la circoncision pour vivre leur expérience éducative communautaire et collective. Les secondes expérimentent leur éducation collective et communautaire par la porte de l’excision.

Pour les garçons, l’école traditionnelle consiste à une éducation à la vie d’homme responsable. L’école se déroule pendant trois à quatre mois de novembre à février, juste après les récoltes dans un camp d’initiation à l’extérieur du village. L’enseignement comprend des séances de contes, de devinettes, de récits historiques et de leçons de vie. Les initiés apprennent également des travaux physiques et pratiquent des sports. Ils expérimentent la musique, la danse et la chanson. Ils apprennent la solidarité, la responsabilité et le courage.

Pour les filles, elles sont préparées pour être des femmes, des mères et des épouses responsables. Elles apprennent également des contes, des proverbes, des récits historiques, des chants et des danses propres aux femmes. Elles sont également initiées aux tâches féminines de la cuisine et ménagères. L’éducation des filles accorde une place importante à l’entretien du foyer. Cela exige l’obéissance au mari et le respect des beaux-parents.

Les initiations des garçons et des filles participent à créer des sociétés complémentaires et solidaires. L’équilibre des communautés dépend de ces systèmes éducatifs qui ont été désarticulés par la colonisation et qui ont fini par disparaître avec la généralisation de l’école occidentale.

Pour préserver les acquis de cette école traditionnelle par l’initiation, Sa Majesté Naaba Sigri, Rima de Busma, a institué le Kéoogo Royal en août 2021. Il s’agit d’une Académie Royale Kéoogo (ARK) conçue pour former des Burkinabè utiles à leurs sociétés en apportant l’ancrage culturel et spirituel indispensable pour construire la personnalité des apprenant-e-s. La culture est le socle du programme éducatif du kéoogo dont les enseignements sont tirés des contes, des proverbes, des devinettes et des récits historiques agrémentés par des rythmes musicaux.

Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)

In La Cohésion 2023

www.reveil-info.net

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