30 janvier 2026
Home » Libre opinion- Faut-il continuer à avoir peur des chefs d’états de l’AES ?
La Confédération des États du Sahel (AES) est une organisation régionale récemment mise sous les feux de l’actualité en raison des bouleversements politiques dans cette région stratégique. Elle regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, des pays marqués par des coups d’État militaires récents.
Se positionnant comme une alternative souveraine face aux ingérences étrangères et aux institutions traditionnelles telles que la CEDEAO ou l’Union africaine, cette alliance suscite beaucoup d’espoir. Les régimes militaires qui dominent ces pays posent une question fondamentale : Faut-il continuer à avoir peur de ces chefs d’État ou, au contraire, les considérer comme une opportunité de transformation pour une région en crise ?
Un contexte explosif : des États en quête de stabilité
Le Sahel, vaste bande géographique entre le désert du Sahara et les savanes subsahariennes, est depuis longtemps en proie à des défis colossaux. L’insécurité causée par la montée des groupes djihadistes, les crises humanitaires chroniques et le sentiment d’abandon des populations rurales ont fragilisé les fondations des États de la région.
Dans ce contexte, les récents coups d’État au Mali (2020 et 2021), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023) ont été justifiés par leurs instigateurs comme une réponse nécessaire à l’effondrement des régimes civils, jugés incapables de garantir la sécurité et le développement. Ces chefs militaires, considérés par plusieurs comme des figures providentielles, promettent de restaurer l’ordre, de lutter contre les ingérences étrangères et de répondre aux aspirations de populations longtemps marginalisées.
Des chefs d’État à craindre ou des opportunités à considérer ?
La méfiance envers les dirigeants de l’AES repose principalement sur leur arrivée au pouvoir par des moyens militaires et la crainte d’une contagion des coups d’État dans certains pays de la région où des civils au pouvoir sont de véritables autocrates. Pourtant, ces chefs d’État militaires incarnent également une rupture potentielle avec des décennies de mauvaise gouvernance. Voici quelques points qui plaident en leur faveur :
• Un discours souverainiste affirmé : Les dirigeants de l’AES se présentent comme des défenseurs de l’autodétermination de leurs pays. Leur rejet des ingérences étrangères séduit une grande partie de la population, qui voit en eux des leaders capables de redonner aux États sahéliens une souveraineté et une dignité souvent perçues comme bafouées.
• Une priorité à la sécurité : Face à l’insécurité chronique qui mine la région, ces gouvernements placent la lutte contre le terrorisme au cœur de leur action. En centralisant les efforts militaires et en réorganisant les armées nationales, ils espèrent inverser la dynamique des violences.
• Une solidarité régionale renforcée : L’AES symbolise une tentative d’intégration entre États partageant des défis communs. En unissant leurs forces, ces pays aspirent à bâtir une alternative crédible à des institutions comme la CEDEAO, souvent critiquée pour son inefficacité et sa politisation.
Faut-il craindre l’AES ?
La peur que suscite l’AES découle principalement de la nature militaire de ses régimes, de leur méfiance envers les modèles de gouvernance traditionnels et de leurs nouvelles alliances stratégiques. Cependant, il serait réducteur de rejeter systématiquement ces dirigeants parce que les percevant comme des menaces. Ils incarnent une frustration populaire légitime face à des systèmes imposés, jugés inadaptés aux réalités locales. La réponse à la question posée n’est pas binaire. Si leur posture militaire et leur rejet des schémas traditionnels suscitent des inquiétudes chez certains, il est crucial de reconnaître les aspirations populaires qu’ils portent. Plutôt que de les diaboliser, il est indispensable de leur parler, de négocier et d’explorer des voies de coopération. C’est par le dialogue, et non par la stigmatisation, que des solutions durables pourront émerger dans cette région ouest-africaine tourmentée.
La Mauritanie, membre-fondateur de la CEDEAO l’a quittée en décembre 2020 mais la CEDEAO continue de collaborer avec ce pays jusqu’à ce jour. Pourquoi ne pas déjà songer à une collaboration sérieuse entre ces deux institutions sous-régionales, CEDEAO et AES, avec des approches moins bellicistes ?

Source : Focus Inter

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