5 février 2026
Home » Côte d’Ivoire: L’exclusion politique ou le refus de vaincre à la loyale, maladie endémique de la politique ivoirienne
Par Jean-Pierre DOUBAHI
La présidentielle ivoirienne d’octobre 2025 se profile à l’horizon et avec elle, la forte probabilité de violence et de déchirure sociale, La raison de cet horizon sombre, le refus du pouvoir ivoirien d’établir des règles de jeu démocratiques, équitables ainsi que des conditions de transparence rassurantes pour tous. Plus inquiétante est sa volonté affichée d’exclure de la compétition, ce par des arguties et artifices politico-judiciaires, les adversaires les plus sérieux. C’est ainsi que Laurent GBAGBO du Parti des Peuples africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI) et Guillaume SORO de Générations et Peuples Solidaires (GPS) sont jusqu’à ce jour inéligibles parce que radiés de la liste électorale malgré des décisions de cours de justice supranationales (pour le premier de la Cour pénale internationale et pour le second de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples) les réhabilitant dans leurs droits civiques et politiques. C’est que l’arbitraire, identité remarquable de la gouvernance du Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), parti au pouvoir, s’impose rédhibitoire à leurs candidatures respectives.
Le pouvoir politique en Côte d’Ivoire, coutumier du fait depuis trois décennies, a fini par admettre l’exclusion politique comme l’arme fatale pour vaincre l’adversaire électoral à la déloyale. Qu’importe les flots de sang et de larmes que cela a coûté et pourrait coûter au peuple ivoirien. Le mal, invincible, est aujourd’hui endémique. Revisitons l’histoire pour s’en apercevoir :
En 1995, l’ivoirité, concept politique inspiré par le Président Henri Konan BÉDIÉ et qui se voulait une exaltation de la préférence identitaire, a trouvé encrage dans les textes de loi avec dans le viseur, l’exclusion de la présidentielle d’un certain Alassane OUATTARA, ex Premier ministre et Directeur général adjoint du Fonds Monétaire International (FMI), alors pressenti pour être le candidat du Rassemblement des Républicains (RDR) à la présidentielle d’octobre de cette année-là mais dont la nationalité ivoirienne était remise en cause. Le Président et candidat du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire n’a eu alors pour seul adversaire que Francis WODIÉ du Parti ivoirien des Travailleurs (PIT), un petit parti de gauche. Ce qui nous a valu l’épisode triste et meurtrier du boycott actif lancé conjointement par le RDR et le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent GBAGBO, les deux principales forces de l’opposition.
En octobre 2000, l’élection présidentielle qui a opposé principalement le Général Robert GUÉÏ, chef de la junte qui s’empara du pouvoir neuf mois plus tôt, à Laurent Gbagbo, a enregistré l’exclusion d’Alassane OUATTARA et du Président déchu Henri Konan BÉDIÉ. La victoire de Laurent GBAGBO, dans des conditions calamiteuses (l’expression est de lui-même) a été suivie d’une longue série de manifestations violentes de rue des militants du RDR qui réclamaient et la reprise de la présidentielle, et la réhabilitation juridique de leur leader qui avait eu sa candidature à l’élection législative suivante une fois de plus rejetée. La tension politique et les répressions sanglantes à leur paroxysme depuis deux ans, c’est sans grande surprise qu’une guerre éclata en septembre 2002 entre d’une part l’armée gouvernementale et d’autre part une rébellion armée constituée de soldats partis en exil pour fuir la purge identitaire dans l’armée, soldats appuyés de cadres civils, sympathisants ou militants du RDR d’Alassane OUATTARA. A leur tête, un certain Guillaume Kigbafori SORO, jeune syndicaliste étudiant, ex Secrétaire général de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). Leur principale revendication, la reprise de l’élection présidentielle dans des conditions transparentes et cette fois ouverte à tous.
En octobre 2010, après une décennie de crises et plusieurs rounds de négociation, le gouvernement et la rébellion armée des Forces nouvelles s’accordèrent à organiser la présidentielle conformément aux exigences d’ouverture et de transparence des insurgés. Cette élection fut la seule de ces trois dernières décennies dispensée de la malédiction de l’exclusion politique, même si l’issue fut des plus meurtrières avec le bilan record de plus de 3000 morts. Alassane OUATTARA, l’éternel exclu des compétitions électorales ivoiriennes finit par prendre sa revanche sur l’histoire en devenant Président.
En octobre 2015, Laurent GBAGBO, principal adversaire au Président Ouattara se trouvant prisonnier à la Haye, accusé des crimes de la crise postélectorale de 2010, ce dernier bénéficia d’un boulevard avec la bénédiction du troisième poids lourd politique Henri Konan Bédié. Cette année-là, il n’eut pas de compétition électorale véritable.
En octobre 2020, et rebelote ! L’alliance du RHDP disloquée avec le départ de Henri Konan BÉDIÉ et de l’ex leader de la rébellion armée des Forces nouvelles Guillaume SORO, OUATTARA devait faire face à ses deux derniers, adversaires sérieux dans la compétition. Si la candidature de BÉDIÉ a été validée, celles de SORO et de GBAGBO ont été quant à elles invalidées. OUATTARA dont la candidature était à tout point de vue inconstitutionnelle fut par contre validée. Les conditions d’équité et de transparence n’étant pas réunies, quasiment toute l’opposition y compris le PDCI-RDA, décida du boycott des élections en décrétant la désobéissance civile. Si le braquage électoral du RHDP a été couronné de succès, le bilan humain fut amer pour le pays avec une centaine de tués lors des manifestations de rue.
Que nous réserve octobre 2025 ? OUATTARA, l’éternel exclu politique aujourd’hui au pouvoir, entendra-t-il raison en jouant la carte de la légalité constitutionnelle et surtout de l’inclusion politique ? Si oui, ceci lui impose d’une part de renoncer à un deuxième mandat inconstitutionnel et d’autre part, d’inclure dans la compétition ce conformément aux décisions de justice en leur faveur, les opposants significatifs que sont Messieurs GBAGBO et SORO.
Le faisant, il aura le mérite historique d’être l’homme politique qui aura trouvé SOLUTION à l’endemie meurtrière de l’exclusion politique qui sévit en Côte d’Ivoire depuis une trentaine d’années.

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