Dr Harouna Kaboré
Ma publication de mardi dernier a suscité des questions et des souhaits afin que je développe davantage mon affirmation selon laquelle « le terrain seul ne commande pas la manœuvre » alors qu’il semble comme établit dans certains esprits et dans le discours publique au Faso que « le terrain commande la manœuvre ». À travers les lignes suivantes je vous développe davantage mon affirmation.
Renversons ensemble la table en gardant la main
Dans bien des contextes, l’expression « le terrain commande la manœuvre » est invoquée pour justifier des décisions dictées par des contraintes immédiates, parfois insurmontables. Cette formule, bien qu’utile dans certaines situations tactiques, peut vite devenir une fatalité lorsqu’elle se transforme en un mode de pensée constant. Elle traduit alors un choix implicite : celui de subir le terrain plutôt que de s’affranchir de ses limites pour ouvrir de nouvelles perspectives.
Quand « le terrain commande » devient une posture passive
Affirmer que « le terrain commande la manœuvre », c’est admettre que les conditions extérieures seules dictent l’action. Cette assertion, si elle est compréhensible face à une urgence ou une crise, devient problématique lorsqu’elle est érigée en principe directeur.
Dans ce cas, l’acteur, qu’il soit un individu, une organisation ou une entreprise , renonce à son pouvoir de transformation et se réduit à un rôle purement réactif. Cette posture revient à subir le terrain : on ajuste ses actions aux circonstances, sans chercher à modifier la donne ni à s’affranchir des contraintes.
Or le terrain , qu’il s’agisse d’un contexte socio-économique, politique ou environnemental , ne doit jamais être une excuse pour l’immobilisme ou la résignation. Subir les conditions extérieures conduit à un appauvrissement stratégique, une perte de contrôle sur son destin et, souvent, une érosion de la créativité.
Refuser de subir : transformer les contraintes en opportunités
Face à l’adversité, l’enjeu est de ne pas se laisser enfermer par les limites imposées par le terrain. Rester créatif, c’est dépasser le réflexe de simple adaptation pour envisager des solutions audacieuses, parfois contre-intuitives. C’est refuser de se contenter du rôle de spectateur ou de victime et choisir celui d’acteur proactif.
Ce refus passe par :
* L’anticipation : Lire les évolutions du terrain avant qu’elles ne s’imposent comme des contraintes. Cela implique une veille stratégique et une capacité d’analyse approfondie.
* L’innovation : Chercher des approches nouvelles pour répondre aux défis, en mobilisant des ressources internes (humaines, culturelles, matérielles) souvent sous-exploitées.
* La prise de risque : Accepter l’incertitude et oser des choix audacieux, même si ceux-ci s’éloignent des normes établies tout en veillant à rester cohérent sur ses principes fondamentaux et ses valeurs « marqueurs .
L’Afrique et la nécessité de s’affranchir des fatalités
Pour les sociétés africaines, l’idée que « le terrain commande la manœuvre » est particulièrement lourde de conséquences. Elle reflète une posture héritée des systèmes qui ont longtemps voulu figer le continent dans une dépendance structurelle, incapable de s’autodéterminer.
Ne pas subir le terrain c’est refuser cette idée reçue, trop souvent intériorisée, selon laquelle l’Afrique doit s’adapter aux règles du jeu mondialisé. Il s’agit au contraire d’inventer ses propres modèles, en s’appuyant sur :
* La richesse culturelle et humaine : Une source inépuisable d’idées et de créativité, capable d’inspirer des solutions adaptées et innovantes.
* L’intégration régionale et panafricaine : Une manière de dépasser les frontières artificielles pour créer des espaces où les ressources circulent et se complètent.
* Un leadership visionnaire : Capable de mobiliser les forces endogènes et d’incarner un véritable projet d’émancipation.
Vers une posture créative et proactive
Rester créatif face au terrain, c’est reprendre le contrôle de la « manœuvre ». Cela implique de ne pas se laisser enfermer par des paradigmes anciens ni par des schémas imposés. Il s’agit de:
* Changer les règles du jeu : Ne pas se contenter de jouer dans un cadre défini, mais créer ses « propres règles » ou se donner les moyens d’influer le cours des « règles mondialisées » pour favoriser l’émergence de solutions adaptées.
* Valoriser l’échec comme moteur d’apprentissage : La prise de risque peut entraîner des erreurs, mais celles-ci sont autant d’opportunités d’affiner ses stratégies.
* Construire une vision à long terme : Plutôt que de répondre aux crises immédiates, poser les bases d’un futur désirable en s’appuyant sur des choix stratégiques.
En somme , l’expression « le terrain commande la manœuvre », dans sa forme passive, est une posture de résignation. Elle traduit une soumission aux contraintes externes, souvent perçues comme immuables. Mais cette approche n’est pas une fatalité. Refuser de subir le terrain, c’est choisir de rester créatif, audacieux, et de transformer chaque obstacle en tremplin vers une transformation significative.
En Afrique comme ailleurs, l’avenir appartient à ceux qui refusent les fatalités et osent bâtir leur propre trajectoire. Soyons les architectes d’un futur où le terrain ne dicte plus nos actions, mais devient le champ fertile de nos ambitions. Voilà précisée ma pensée, mon affirmation selon laquelle « le terrain seul ne commande pas la manœuvre ». Je suis preneur d’un débat fertile. Gardons le cap pour tirer davantage notre pays vers le haut. Et nous y arriverons ensemble en mutilassent nos intelligences. Car au-delà de tou c’est le Faso d’abord
Dr Harouna Kaboré
