23 mars 2026
Home » La RSE dans le secteur minier au Burkina: leurre ou réalité? Jonas Hien, expert des questions minières dit tout!

Nous entendons beaucoup parler de responsabilité sociale des entreprises (RSE) dans le secteur minier. Que recouvre cette notion et quelle est son importance ?

Vous abordez là un sujet très important et je vous en remercie vraiment. Vous me donnez l’occasion d’éclairer les gens car il y a trop de confusions dans cette notion de RSE, parfois à dessein pour berner les africains, comme d’habitude. Cette confusion a fait que jusqu’à présent, il n’y a pas de définition univoque de la notion de RSE. Même au niveau international, chacun vient avec sa compréhension. Alors que pour moi les choses sont simples. Dans la compréhension populaire, la RSE renvoie à la construction d’écoles, de centres de santé, de forages, etc., de façon volontaire, pour les communautés impactées.

Je précise d’abord que la RSE concerne tout projet de grande envergure qui a un impact négatif important sur des communautés. Par exemple, la construction de barrages, d’aéroports, de routes, de chemins de fer, etc., entraine des pertes pour des populations et parfois le déplacement des villages entiers. On fera donc la RSE dans ces cas. Ces impacts sont encore énormes dans la mise en œuvre des projets miniers. C’est pourquoi les gens entendent plus parler de RSE dans le secteur minier. Cette notion fait suite à une action des ONG, notamment les associations écologiques, humanitaires, religieuses qui étaient les premières à demander la prise en compte du social et du respect des communautés dans les affaires, notamment les problèmes environnementaux et économiques, parce que ces ONG ont constaté qu’en voulant chercher de l’argent ou résoudre un problème de développement, on a occasionné plusieurs scandales écologiques et humanitaires du fait des entreprises multinationales.

La revendication était de dire qu’il faut prendre en compte les normes d’éthique pour que ces types de projets ne soient pas la cause de situations malheureuses, dégradantes ou de préjudices énormes causés à une société ou à des sociétés au milieu desquelles ils mènent leurs activités.  Cela revient à dire que quand on met en œuvre ces grands projets, on doit prendre en compte la protection et la préservation de l’environnement physique et l’environnement social.

De façon pratique, les communautés impactées doivent être consultées de façon éclairée avec une attention particulière aux groupes vulnérables (enfants, invalides, femmes); l’entreprise doit veiller à ce que toute décision qui doit être prise et susceptible d’affecter les communautés se fasse dans la concertation et le dialogue avec toutes les parties prenantes; l’entreprise doit veiller à fournir de façon régulière les informations aux communautés sur les activités de l’entreprise qui ont un lien avec leurs conditions de vie; l’entreprise doit veiller à ce que les retombées de l’exploitation minière (par exemple) pour les communautés, soient visibles et à même d’atténuer de façon significative les effets/impacts négatifs de l’exploitation minière ; l’entreprise doit effectivement participer au développement durable de la localité. Les réalisations physiques ne sont qu’une infime partie de RSE.

En résumé, la responsabilité sociétale se traduit par la transparence de l’entreprise dans ses activités; l’éthique dans les affaires par une exploitation humanisée de l’or; l’écoute, l’enregistrement, le traitement et la communication des réponses aux plaintes des communautés; une gestion responsable de l’environnement dans l’exploitation minière afin de ne pas nuire à la santé des communautés du milieu d’exploitation; une compensation responsable des personnes impactées  ou déplacées; le respect des lois du pays. C’est tout ça la RSE.

Je pense que vous commencez à comprendre l’importance de la RSE tout comme la responsabilité sociale du journaliste. C’est pourquoi avec ce contexte, parfois on vous dit de faire doucement pour qu’un jour on ne dise pas que telle catastrophe est arrivée à cause d’un journaliste qui n’a pas su traiter un sujet sur le terrorisme (c’est un exemple) avec professionnalisme. C’est la même logique quand on parle de RSE.

Comme nous sommes en train de parler de RSE dans le secteur minier, est-ce que les sociétés minières au Burkina Faso s’inscrivent dans la logique que vous venez de décrire ?

J’ai toujours dit que quand on parle de RSE au Burkina Faso il faut éviter de globaliser comme si toutes les sociétés minières sont au même niveau d’efforts. Il y a des sociétés minières dans ce pays qui n’ont rien fait sur leurs sites d’exploitation. Elles ont plutôt spolié, à la limite détruit la vie des populations qu’elles sont venues trouver et qui vivaient mieux. Il y a en aussi quand elles achètent un pot de peinture pour une école, elles font beaucoup de bruit comme si ce sont elles qui ont construit l’école. Mais, il y a plus grave. Vous entendez dire que la RSE est volontaire, c’est-à-dire que si la société minière veut elle fait si elle ne veut pas elle ne fait pas. Je disais au début qu’on cherche comme d’habitude à embrouiller les africains. C’est ici là. Je vous explique comment ça se passe.

Quand un investisseur est dans les conditions requises pour mettre en œuvre un projet minier au Burkina Faso, il travaille à mobiliser les fonds nécessaires pour le projet y compris les prêts avec les institutions financières internationales. Dans cette mobilisation des fonds, on prévoit toujours une partie pour «acheter la paix» avec les communautés impactées. Acheter la paix parce que la population peut vous empêcher de travailler car elle n’est plus dans son environnement d’avant et elle souffre du fait de votre projet. Dans ces conditions votre projet peut échouer. Donc ce budget RSE doit être investi dans la zone d’implantation en impliquant les autorités locales. C’est dans ça là que l’on veut qu’on accepte que la RSE est volontaire ! Ce n’est pas vrai. Il ne faut pas accepter ça. La RSE fait partie des obligations. Et c’est parce que nous acceptons que la RSE est volontaire que certaines sociétés minières font de la pagaille. Parfois les autorités locales ne sont même pas informées du peu de réalisations si ce n’est les inviter à des inaugurations pour leur balancer les coûts faramineux dont eux seuls savent si c’est vrai ou pas. On ne connaît pas leurs budget RSE. Or parmi les éléments constitutifs de RSE il y a la transparence. C’est ça tout que j’appelle pagaille.

Donc, en clair, beaucoup de sociétés minières n’ont rien fait de significatifs dans le cadre de RSE. Certaines même vont jusqu’à comptabiliser les maisons qu’elles ont reconstruites pour les villages qu’elles ont levées comme étant de la RSE, lesquelles maisons manquent parfois même de qualité. Celles dont on peut dire qu’elles font un peu d’effort, ce n’est pas à la hauteur des préjudices causés. On a vu plus de communication comme si elles sont venues en assistant humanitaire, avec de jolies photos à envoyer au siège pour montrer qu’elles s’occupent bien des communautés de leurs sites d’implantation. Même quand elles paient les impôts elles parlent comme si elles ont aidé l’Etat.

C’est à nous, dans la prise de nos textes, de faire en sorte à prescrire l’essentiel en obligations légales. Dieu merci on est dans cette dynamique et petit à petit on va redresser la barre. Les choses commencent à prendre le bon chemin. Le code minier qui a été adopté le 18 juillet 2024 a fait en sorte, par exemple, que la convention minière qui était en réalité un document inutile change de contenu pour régler cette question. Quand je dis que la convention minière ancienne version était inutile c’est parce qu’elle a repris tout ce que le code minier a déjà dit et c’était comme deux documents avec le même contenu. Avec la nouvelle version de la convention minière, on ne nous dira plus que certains aspects de RSE sont volontaires.

Je dis une fois encore grand merci aux autorités actuelles pour l’ordre qu’elles sont en train de mettre dans le secteur minier. Mais nous devons être vigilants. N’oublions pas que nous avons affaire à des multinationales. Elles ont des pratiques très affinées. Déjà avec la question du contenu local, nous sommes au courant du jeu qui est en train de se développer pour contourner la loi pour faire passer des Burkinabè comme étant propriétaires de telle ou telle société. Celles et ceux qui vont se laisser utiliser, quand on va les prendre, c’est de la complicité. Dans ce pays quand les gens veulent ruiner le pays, ils trouvent que c’est normal et quand on les prend ils trouvent qu’on leur fait la force. En tout cas, on est bien au courant de ce qui est en train d’être fait pour contourner la loi. Nos dirigeants actuels sont très patients. Ils vous laissent bien avancés avant de vous stopper. Donc, ceux qui sont en train de créer des sociétés de contournement du code minier sur le contenu local, je répète qu’on est tous au courant. Et ce sont les Burkinabè complices qui vont payer le plus fort.

J’encourage les autorités à mettre l’accès sur le retrait des titres miniers face à des fautes lourdes pareilles. Il faut maintenir la confiance que le peuple a aujourd’hui envers le gouvernement et le Président du Faso. Il faut retirer sans préavis le permis de toute société minière qui se rendrait coupable de tentative de contournement du code minier sur le contenu local. Vous aussi de la presse, mettez-vous au travail par des investigations et dénoncez ces faits. Vous aurez les éléments. Dans ce pays, il y a aussi de grands patriotes qui n’acceptent pas ça. Nous devons tous aider nos dirigeants à protéger les intérêts du pays. C’est la bagarre aujourd’hui au niveau mondial pour contrôler les ressources minières. Ça veut dire que c’est très important. Si les intérêts sont bien protégés, vous allez oublier même cette affaire de RSE.

Propos recueillis par Ben Alex Béogo

www.reveil-info.net 

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